Une vérité est un jugement conforme à ce qui est ; l'utilité mesure l'aptitude à servir une fin extérieure. Le sujet demande si la valeur d'une vérité dépend de son rendement, ce qui reviendrait à juger le vrai par autre chose que lui-même.
L'utilité peut-elle servir de critère pour apprécier une vérité, sans qu'on cesse alors de parler de vérité ?
Le plan en trois parties
Oui : une vérité qui ne sert à rien est une curiosité
- Est vrai ce qui réussit dans l'expérience : une idée qui ne change rien à notre conduite ne mérite pas d'être retenue.William James, Le Pragmatisme
- Le savoir positif vaut par ce qu'il permet de prévoir, donc de pouvoir : le reste est spéculation stérile.Comte, Cours de philosophie positive
- Une rationalité tournée vers l'efficacité ne reconnaît de vérité que celle qui s'intègre à un processus.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la raison
Non : mesurer le vrai à l'utile, c'est déjà renoncer au vrai
- Le désir de savoir est premier : les hommes ont cherché à comprendre bien avant d'en tirer profit.Aristote, Métaphysique
- La science n'est pas un catalogue de recettes : elle cherche les conditions sous lesquelles quelque chose peut être connu.Kant, Critique de la raison pure
- Le critère du vrai est l'évidence, non le bénéfice : une proposition démontrée l'est même si nul n'en use.Descartes, Discours de la méthode
L'inutile d'aujourd'hui est la condition de l'utile de demain
- On ne sait jamais à l'avance quelle hypothèse résistera : la recherche désintéressée fournit la réserve des théories futures.Popper, Conjectures et réfutations
- Les vérités nées d'un problème théorique déplacent ensuite tout le champ technique : la géométrie non euclidienne avant la relativité.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Les vérités nécessaires n'ont pas besoin d'application pour être vraies : leur nécessité est leur valeur.Leibniz, Monadologie
Un État qui ne finance que la recherche appliquée prépare-t-il ou ruine-t-il les applications de demain ?