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La vérité et la raison

Connaissance, certitude et rationalité — thème « La connaissance » au programme de Terminale

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La vérité et la raison

Fiche méthode : dissertation et explication de texte

(Philosophie Terminale · Notions : la vérité, la raison)

La démarche pour tout sujet sur la vérité ou la raison

1. J’analyse les termes. Je distingue vérité (propriété d’un discours), réalité (ce qui est) et certitude (état d’esprit) ; pour « raison », je précise le sens en jeu : faculté de connaître ou règle de la conduite. Je pèse chaque mot du sujet (« peut-on », « faut-il », « toute »).

2. Je formule le problème. Deux réponses défendables s’opposent ; je les écris sous forme d’une question qui les met en tension.

3. Je construis trois moments. Chaque partie naît d’une difficulté laissée par la précédente ; la troisième gagne presque toujours à déplacer la question de l’objet vers le sujet : que nous coûte, et que nous engage, la recherche du vrai ?

4. Je conclus. Bilan, réponse explicite au problème, ouverture, et jamais « chacun sa vérité ».

Le réflexe — je sépare la vérité, objective, de la certitude, subjective : on peut être absolument certain d’une erreur, et c’est cet écart qui transforme une évidence en problème.

Cas 1 · Problématiser un sujet sur la vérité ou la raison

Réflexe — je cherche ce que le sujet met en jeu (le critère du vrai, le doute, les limites de la raison, la cité) et j’oppose deux réponses défendables.

Exemple. « Peut-on douter des pouvoirs de la raison ? »

Le sujet est réflexif : douter de la raison, c’est encore user d’elle. D’un côté, on ne peut nier le principe de non-contradiction sans s’en servir (Aristote) ; de l’autre, Hume montre qu’aucun raisonnement ne fonde l’induction, et Kant demande à la raison d’instruire le procès de ses propres pouvoirs.

Problème : le doute sur la raison se détruit-il lui-même, ou est-il au contraire l’acte le plus rationnel qui soit ?

Attention — « raison » a deux sens : un sujet comme « Faut-il suivre sa raison pour agir moralement ? » porte sur la raison qui commande, non sur la raison qui connaît.

Cas 2 · Construire le plan

Réflexe — le mouvement le plus sûr : I. la vérité comme accord du jugement avec ce qui est, qu’une méthode permet d’atteindre (Aristote, Descartes, Spinoza) ; II. une vérité révisable, construite ou historique (Hume, Popper, Nietzsche, Foucault) ; III. la vérité comme exigence et horizon d’une discussion réglée (Kant, Habermas, Arendt).

Exemple. « Débattre, est-ce chercher la vérité ? »

I. Le débat peut viser la victoire plutôt que le vrai : persuader, c’est emporter l’adhésion par tous les moyens, y compris l’émotion, et une discussion peut aligner les préjugés au lieu de les corriger.

II. Le dialogue réglé est pourtant le chemin du vrai : convaincre, c’est ne s’appuyer que sur des raisons que l’autre pourrait produire lui-même ; pour Habermas, seule y compte « la contrainte sans contrainte du meilleur argument ».

III. Le débat produit du vrai s’il obéit à des règles : le débat réglé, où l’on accepte d’avoir tort, n’est pas la controverse où l’on cherche à gagner ; et les vérités de fait ont besoin d’institutions qui ne sont pas soumises au débat d’opinion (Arendt).

Attention — chaque partie doit naître d’une difficulté laissée par la précédente : une transition rédigée, pas une liste d’auteurs.

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Cas 3 · Mobiliser un auteur

Réflexe — thèse exactement attribuée, puis argument, puis exemple analysé, puis limite qui fait avancer le devoir.

Exemple. Utiliser Protagoras dans une partie sur le relativisme.

Thèse : « L’homme est la mesure de toutes choses » : il n’y a pas de vérité en soi, chaque chose est telle qu’elle apparaît à celui qui la perçoit.

Argument : les apparences varient, et il n’existe aucun tribunal extérieur pour décider qui se trompe.

Exemple analysé : le même vent est froid pour l’un, tiède pour l’autre ; chacun dit vrai relativement à lui-même.

Limite : la thèse s’applique à elle-même : si toute opinion est vraie, l’opinion selon laquelle le relativisme est faux l’est aussi (Platon).

Attention — Protagoras n’est pas le « chacun sa vérité » des conversations : sa thèse a une portée politique, puisqu’elle fonde l’égale dignité des opinions dans la délibération démocratique.

Cas 4 · Expliquer un texte sur la vérité

Réflexe — je dégage la thèse du texte, la thèse qu’il combat, puis j’explique chaque concept dans l’ordre du texte.

Exemple. Nietzsche : « Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont. »

Thèse : nos vérités ne sont pas des découvertes mais des créations oubliées, des métaphores rendues obligatoires par l’usage social.

Thèse combattue : la vérité comme accord du jugement avec ce qui est, que l’esprit trouverait et ne fabriquerait pas.

Concept à expliquer : « oublié » : le concept naît en abandonnant la singularité des cas (nous appelons « feuille » ce qui n’est jamais deux fois la même feuille), puis on oublie qu’il a été fabriqué. D’où la vraie question : pourquoi préférer le vrai, s’il peut nuire à la vie ?

Attention — expliquer n’est pas paraphraser : je montre que le texte déplace le débat du critère du vrai vers le motif qui nous le fait préférer.

Cas 5 · Éviter les contresens

Réflexe — avant d’écrire une thèse, je vérifie qu’elle ne tombe pas dans le contresens classique sur l’auteur.

Exemple. Trois contresens fréquents.

Nietzsche et Foucault ne disent pas que tout se vaut : montrer qu’une vérité a une histoire ne l’annule pas.

Le doute de Descartes n’est pas celui de Montaigne : il est volontaire, hyperbolique et provisoire, il démolit pour rebâtir.

Kant ne dit pas que la minorité intellectuelle est un manque d’intelligence : c’est un manque de courage, d’où « Sapere aude ! »

Les pièges

  • Écrire « ma vérité » : on confond vérité et sincérité, alors qu’on peut dire sincèrement une chose fausse.
  • Confondre erreur, illusion et mensonge : l’erreur se corrige, l’illusion persiste après avoir été démasquée, le mensonge suppose de connaître le vrai.
  • Faire l’apologie de la science : répondre « la science dit le vrai » manque le besoin de sens qu’un sujet sur le besoin de vérité interroge.
  • Conclure par « chacun sa vérité » : la thèse s’annule en s’énonçant, et le correcteur l’attend.

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