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La religion

Croire, savoir et pratiquer : la religion entre raison et transcendance (programme de Terminale, thème La connaissance)

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La religion

Fiche méthode : dissertation et explication de texte

(Philosophie Terminale · Notion : la religion)

La démarche pour tout sujet sur la religion

1. J’analyse les termes. Je distingue religion (l’institution), foi (l’acte personnel d’adhésion) et croyance (l’assentiment sans preuve, qui déborde le religieux) ; je pèse chaque mot du sujet (« croire », « prouver », « n’est-elle que »).

2. Je formule le problème. Deux réponses défendables s’opposent ; je les écris sous forme d’une question qui les met en tension.

3. Je construis trois moments. Chaque partie contient un adversaire nommé et naît d’une difficulté laissée par la précédente.

4. Je conclus. Bilan, réponse explicite au problème, ouverture.

Le réflexe — je sépare trois questions : la religion est-elle vraie (dit-elle quelque chose du réel), utile (console, lie, ordonne) ou signifiante (exprime une expérience que le concept ne capte pas) ? Un sujet demande presque toujours de passer de la première aux deux autres.

Cas 1 · Problématiser un sujet sur la religion

Réflexe — je cherche ce que le sujet oppose (croire et savoir, croire et penser, foi et raison) et je mets face à face deux réponses défendables.

Exemple. « Croire, est-ce renoncer à penser ? »

Le sujet suppose que croire et penser s’excluent. D’un côté, la superstition naît de la crainte et s’entretient par l’ignorance des causes (Spinoza) ; de l’autre, croire, c’est adhérer sans preuve suffisante, ce qui reste un mode du jugement (Kant).

Problème : la croyance suspend-elle l’exercice de la pensée, ou peut-elle être le point de départ d’une pensée qui se sait croyante ?

Attention — « croire » ne veut pas dire « croire en Dieu » : on croit aussi en la science des autres, en la parole d’un ami, en la valeur d’un billet de banque.

Cas 2 · Construire le plan

Réflexe — le mouvement le plus sûr : I. la religion prétend dire le vrai (Anselme, Thomas d’Aquin) ; II. la religion expliquée par autre chose qu’elle-même (Spinoza, Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud) ; III. expliquer n’est pas réfuter : ce que la religion fait et signifie (Durkheim, Bergson, Ricœur).

Exemple. « La religion est-elle une illusion ? »

I. Oui, si l’on regarde sa genèse : la croyance réalise un désir (Freud), l’homme adore ses propres prédicats projetés au ciel (Feuerbach).

II. Mais une genèse n’est pas une réfutation : repère origine / fondement ; la raison ne peut ni prouver ni réfuter Dieu (Kant).

III. Après le soupçon, la foi devient critique (Ricœur) ; la religion se juge alors à ce qu’elle produit : le lien social (Durkheim), l’élan qui ouvre la morale close (Bergson).

Attention — une copie qui démontre pendant quatre heures que la religion est une illusion, ou qu’elle est nécessaire, est une plaidoirie, pas une dissertation.

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Cas 3 · Mobiliser un auteur

Réflexe — thèse exactement attribuée, puis argument, puis exemple analysé, puis limite qui fait avancer le devoir.

Exemple. Utiliser Locke dans une partie sur la religion dans la cité.

Thèse : « Il n’y a personne qui puisse, quand il le voudrait, régler sa foi sur la conscience d’un autre. »

Argument : la contrainte produit des hypocrites, jamais des fidèles ; le magistrat civil, qui ne dispose que de la force, est donc incompétent en matière d’âmes.

Exemple analysé : les guerres de religion, qui posent la question moderne de la tolérance.

Limite : une pratique peut être vécue comme légitime par le croyant et rester illégale ; reste à savoir au nom de quoi l’ordre commun l’emporte (repère légal / légitime).

Attention — pas d’actualité militante : le correcteur attend une distinction conceptuelle (tolérance / indifférence, liberté de conscience / liberté de culte), pas une opinion.

Cas 4 · Expliquer un texte sur la religion

Réflexe — je dégage la thèse du texte, la thèse qu’il combat, puis j’explique chaque concept dans l’ordre du texte.

Exemple. Pascal : « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. »

Thèse : la foi n’est pas le terme d’une démonstration, c’est un sentiment donné au cœur.

Thèse combattue : la foi raisonnable d’Anselme et de Thomas d’Aquin, pour qui croire et comprendre s’appellent mutuellement.

Concepts à expliquer : « cœur » désigne un ordre distinct de celui de la raison ; « sent » : Dieu est éprouvé, non conclu, si bien qu’une preuve obtenue ferait de la foi un constat.

Attention — Pascal ne méprise pas la raison : il fait lui-même calculer le libertin dans le pari ; il dit seulement que le raisonnement ne suffit pas à faire un croyant.

Cas 5 · Éviter les contresens

Réflexe — avant d’écrire une thèse, je vérifie qu’elle ne tombe pas dans le contresens classique sur l’auteur.

Exemple. Trois contresens fréquents.

Le pari de Pascal n’est pas une preuve de l’existence de Dieu : c’est un calcul adressé au libertin, sur ce qu’il est rationnel de faire quand la raison ne peut trancher.

Marx ne fait pas de la religion une drogue qui abrutit : l’opium est un analgésique, la consolation d’une détresse réelle, donc le symptôme d’un monde à changer.

Freud ne dit pas que la religion est une erreur : une illusion est crue parce qu’on la désire, et elle peut se révéler vraie.

Les pièges

  • Définir la religion comme « une croyance en Dieu » : le bouddhisme originel, sans dieu créateur, ruine cette définition.
  • Écrire que la science a réfuté la religion : les sciences expliquent l’origine des croyances, elles ne décident pas de leur fondement.
  • Présenter la foi comme un savoir raté, une science qui n’aurait pas encore les moyens de se prouver.
  • Glisser un témoignage personnel : ni profession de foi, ni profession d’athéisme, la philosophie examine ce que croire veut dire.

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