L'expression « affaire de goût » sert d'ordinaire à clore une discussion : elle suppose que rien n'est objectivement en jeu. Le sujet demande si le désaccord esthétique est un simple constat de différence ou une véritable controverse.
Le jugement esthétique n'exprime-t-il qu'une préférence subjective, ou prétend-il à une validité que l'on peut discuter ?
Le plan en trois parties
Le beau semble relatif à chacun
- Le jugement de goût repose sur un sentiment de plaisir, non sur une propriété de l'objet.Kant, Critique de la faculté de juger, § 5
- Les préférences esthétiques reflètent une trajectoire sociale : elles disent d'où l'on vient.Bourdieu, La Distinction
- Les canons changent d'une époque à l'autre : le beau a une histoire.Hegel, Esthétique
Pourtant nous discutons de nos goûts
- En disant « c'est beau », j'exige l'accord d'autrui : le jugement prétend à l'universalité.Kant, Critique de la faculté de juger, § 6
- Le goût s'éduque et se compare : certains juges sont plus qualifiés que d'autres.Hume, De la règle du goût
- Nos jugements s'appuient sur des raisons partageables : ils relèvent d'un monde de l'art commun.Danto, La Transfiguration du banal
Une universalité sans preuve, mais non sans exigence
- Le jugement de goût est subjectif quant à son principe et universel quant à sa prétention.Kant, Critique de la faculté de juger, § 6
- Discuter du beau, c'est apprendre à voir : la controverse éduque la perception.Bergson, Le Rire
- L'œuvre appelle une liberté : le désaccord esthétique est un dialogue, non une fin de non-recevoir.Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?
Quand nous disons « chacun ses goûts », renonçons-nous à juger ou refusons-nous d'argumenter ?