La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d'un nouvel ordre mondial
Bilan de la guerre, procès de Nuremberg et Tokyo, ONU, Bretton Woods, État d'Israël, premières décolonisations (programme d'histoire de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en terminale sur « La fin de la Seconde Guerre mondiale et les débuts d'un nouvel ordre mondial » suit le programme officiel d'histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : 1945 : la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Asie, Un bilan humain, matériel et moral sans précédent, Nuremberg et Tokyo : juger au nom du droit international, L'ONU et les droits de l'homme : fonder la paix sur le droit. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — La Charte des Nations unies : les principes d'un nouvel ordre
Facile
Extrait de traité international (charte constitutive d'une organisation) · Charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, entrée en vigueur le 24 octobre 1945 : préambule et articles 1, 2 et 27 (rédaction de 1945).
La Charte est signée le 26 juin 1945 par les représentants de 50 États réunis à San Francisco, alors que la guerre est finie en Europe mais se poursuit contre le Japon. Elle s'adresse aux gouvernements signataires, mais le préambule parle au nom des « peuples ».
Préambule. Nous, peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances, à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, […] et à ces fins […] à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales […].
Article 1. Les buts des Nations unies sont les suivants : 1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix […] ; 2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes […] ; 3. Réaliser la coopération internationale […] en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion […].
Article 2, § 4. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies.
Article 27, § 3. Les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions [que de procédure] sont prises par un vote affirmatif de sept de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents […].
Note : en 1945, le Conseil de sécurité compte onze membres, dont cinq permanents (Chine, France, URSS, Royaume-Uni, États-Unis). Depuis la révision de 1965, il en compte quinze et la majorité requise est de neuf voix.
En analysant le document, montrez sur quels principes les vainqueurs veulent fonder l'ordre international en 1945, et quelles en sont les limites.
Présentez le document : nature, date, auteurs et contexte.
Quels buts la Charte assigne-t-elle à l'ONU ?
Montrez que la Charte tire les leçons des deux guerres mondiales et de l'échec de la SDN.
Quelle limite l'article 27 introduit-il dans ce nouvel ordre ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'extraits de la Charte des Nations unies, traité signé à San Francisco le 26 juin 1945 par 50 États, à l'issue d'une conférence ouverte le 25 avril. Le texte entre en vigueur le 24 octobre 1945, date de naissance juridique de l'ONU. Il est rédigé par les vainqueurs de la guerre, au moment où l'Allemagne a capitulé (8 mai) et où le Japon combat encore : c'est l'acte fondateur de l'ordre international d'après-guerre.
2. L'article 1 fixe trois buts. D'abord « maintenir la paix et la sécurité internationales » par des « mesures collectives efficaces » : c'est le principe de la sécurité collective. Ensuite développer des « relations amicales » fondées sur « l'égalité de droits des peuples et leur droit à disposer d'eux-mêmes ». Enfin organiser la coopération internationale et encourager « le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous ». La paix est donc pensée comme inséparable du droit et du progrès des peuples.
3. Le préambule évoque « le fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine » a frappé l'humanité : les deux guerres mondiales sont explicitement visées. L'affirmation de « la dignité et la valeur de la personne humaine » répond aux crimes de masse révélés en 1945. L'article 2 interdit « la menace ou l'emploi de la force », ce que le pacte de la SDN ne faisait pas aussi nettement. Surtout, les « mesures collectives efficaces » tirent la leçon de l'impuissance de la SDN, incapable d'arrêter l'Italie en Éthiopie (1935) : le Conseil de sécurité pourra décider de sanctions et d'une action armée.
4. L'article 27 exige, pour toute décision de fond, « les voix de tous les membres permanents ». Chacun des cinq Grands dispose donc d'un droit de veto. Le préambule proclame l'égalité des « nations, grandes et petites », mais la Charte consacre en réalité la hiérarchie des vainqueurs de 1945. Le veto rend impossible toute action contre un membre permanent ou son allié : la sécurité collective dépend de l'entente entre les Grands, ce qui explique les blocages à venir.
Ce que cette analyse apprend — Confronter les principes proclamés (préambule) aux règles de fonctionnement (articles) pour faire apparaître une limite.
Document 2 — Le bilan humain de la Seconde Guerre mondiale
Moyen
Tableau statistique (ordres de grandeur) · Tableau construit pour l'exercice : ordres de grandeur arrondis d'après les estimations couramment retenues par les historiens (état des connaissances vers 2020) ; pour l'URSS, chiffre de près de 27 millions avancé par les autorités soviétiques en 1990 ; pour les militaires allemands, R. Overmans, Deutsche militärische Verluste im Zweiten Weltkrieg, Munich, Oldenbourg, 1999.
Ces chiffres sont des estimations établies après la guerre, souvent révisées depuis par les historiens et les démographes. Ils permettent de mesurer l'ampleur et l'inégale répartition des pertes au moment où se construit l'ordre d'après-guerre.
Pays
Morts, militaires et civils (ordre de grandeur)
Part de la population d'avant-guerre (ordre de grandeur)
URSS
≈ 26 à 27 millions
≈ 14 %
Chine
≈ 10 à 20 millions (forte incertitude)
≈ 2 à 4 %
Allemagne
≈ 6 à 7 millions (dont ≈ 5,3 millions de militaires)
≈ 8 %
Pologne
≈ 5,5 à 6 millions (dont ≈ 3 millions de Juifs polonais)
≈ 16 %
Japon
≈ 2,5 à 3 millions
≈ 4 %
Yougoslavie
≈ 1 million
≈ 6 %
France
≈ 550 000 à 600 000
≈ 1,5 %
Royaume-Uni
≈ 450 000
≈ 1 %
États-Unis
≈ 400 000 (presque tous militaires)
≈ 0,3 %
Total mondial
≈ 60 millions (estimations de 50 à plus de 70 millions), dont une majorité de civils
—
Montrez que ce document révèle un bilan humain sans précédent et très inégal, puis expliquez en quoi ce bilan pèse sur le monde d'après-guerre.
Comparez les pertes en valeur absolue et en proportion de la population : quels pays sont les plus touchés ?
Expliquez pourquoi l'Europe de l'Est, l'URSS et la Chine sont si lourdement frappées.
Pourquoi ces chiffres sont-ils donnés sous forme de fourchettes ?
En quoi ce bilan pèse-t-il sur l'ordre mondial qui se construit après 1945 ?
Voir la réponse rédigée
1. En valeur absolue, l'URSS domine de loin avec 26 à 27 millions de morts, près de la moitié du total mondial estimé à 60 millions ; viennent ensuite la Chine (10 à 20 millions), l'Allemagne (6 à 7 millions) et la Pologne (5,5 à 6 millions). En proportion, c'est la Pologne qui est la plus touchée (environ 16 % de sa population), devant l'URSS (environ 14 %). À l'inverse, les pertes des démocraties occidentales sont bien plus faibles : environ 1,5 % pour la France, 1 % pour le Royaume-Uni, 0,3 % pour les États-Unis. Le tableau note enfin que les civils sont majoritaires parmi les morts, ce qui distingue ce conflit de la Première Guerre mondiale.
2. À l'Est, l'Allemagne nazie mène à partir de 1941 une guerre d'anéantissement contre l'URSS et impose en Pologne une occupation d'une extrême dureté : les populations civiles sont visées en tant que telles. C'est aussi en Pologne et dans l'Ouest soviétique que se concentre la Shoah : le tableau rappelle qu'environ 3 millions de Juifs polonais ont été assassinés. La Chine, elle, est en guerre contre le Japon depuis 1937 : huit années de combats, d'occupation et de famines expliquent l'ampleur de ses pertes.
3. Les fourchettes traduisent l'incertitude des sources : destruction des archives, changements de frontières (la Pologne est déplacée vers l'ouest en 1945), déplacements massifs de population, difficulté de distinguer morts de guerre et morts de famine. Les chiffres soviétiques ont longtemps été manipulés : Staline minimisait les pertes, et le chiffre de près de 27 millions n'est avancé qu'en 1990. Pour la Chine, l'écart du simple au double montre que l'estimation reste très fragile.
4. Ce bilan explique d'abord la volonté des vainqueurs de fonder un ordre qui empêche une nouvelle guerre : la Charte de l'ONU évoque le « fléau de la guerre ». La part des civils et l'ampleur des crimes conduisent à juger les responsables à Nuremberg et à Tokyo. Il éclaire aussi la nouvelle hiérarchie des puissances : l'URSS tire de ses sacrifices un immense prestige et une exigence de sécurité à ses frontières ; l'Europe, saignée, perd sa centralité ; les États-Unis, épargnés sur leur sol, deviennent la première puissance mondiale.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en valeurs absolues puis relatives, et toujours interroger la fiabilité des chiffres avant de les interpréter.
Document 3 — Le plan de partage de la Palestine proposé par l'ONU
Moyen
Carte (description) · Carte du « Plan de partage avec union économique », annexée à la résolution 181 (II) de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 29 novembre 1947.
En 1947, le Royaume-Uni, puissance mandataire depuis 1920, remet la question de la Palestine à l'ONU, qui envoie une commission d'enquête sur place. Sur sa proposition, l'Assemblée générale vote le 29 novembre 1947 ce plan de partage, destiné aux États membres et aux populations de Palestine.
Description de la carte. La carte représente la Palestine sous mandat britannique, entre la Méditerranée à l'ouest, le Jourdain et la mer Morte à l'est, le Liban et la Syrie au nord, l'Égypte au sud-ouest. Le territoire est divisé en trois ensembles, figurés par des couleurs différentes.
• L'État juif, formé de trois parties : la plaine côtière de la région de Haïfa jusqu'au sud de Tel-Aviv, la Galilée orientale autour du lac de Tibériade, et le vaste désert du Néguev jusqu'au golfe d'Aqaba. Il couvre un peu plus de la moitié du territoire, dont une grande part désertique.
• L'État arabe, formé lui aussi de trois parties : la Galilée occidentale, les hauteurs de Cisjordanie (Naplouse, Hébron) et une bande côtière autour de Gaza jusqu'à la frontière égyptienne ; la ville de Jaffa, au contact de Tel-Aviv, forme une enclave arabe.
• Jérusalem et Bethléem, placées sous un régime international particulier (corpus separatum) administré par les Nations unies.
Les parties de chaque État ne se touchent qu'en deux points de croisement. Une légende précise que les deux États doivent être liés par une union économique. Selon les estimations de la commission de l'ONU (1947), la Palestine compte alors environ 1,2 million d'Arabes et 600 000 Juifs ; l'État juif prévu comprendrait environ 500 000 Juifs et une importante minorité arabe, de l'ordre de 400 000 personnes.
Vote de la résolution : 33 voix pour, 13 contre, 10 abstentions.
Après avoir présenté la carte, montrez ce que le plan de partage révèle des ambitions et des limites de l'ONU au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Présentez le document et le contexte de son adoption.
Décrivez le découpage proposé : quelles difficultés pose-t-il ?
Comment les acteurs réagissent-ils au plan ?
En quoi ce plan illustre-t-il à la fois les ambitions et les limites du nouvel ordre mondial ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit de la carte annexée à la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU, adoptée le 29 novembre 1947 par 33 voix contre 13 et 10 abstentions. Le Royaume-Uni, qui administre la Palestine depuis 1920 sous un mandat de la SDN, n'arrive plus à concilier les revendications des Juifs et des Arabes et fait face à des organisations armées juives : il remet la question à l'ONU en 1947. La nouvelle organisation, née deux ans plus tôt, est ainsi chargée de régler une question de souveraineté.
2. La carte divise la Palestine en un État juif et un État arabe, chacun formé de trois parties, et place Jérusalem et Bethléem sous régime international. Le découpage est très morcelé : les parties de chaque État « ne se touchent qu'en deux points de croisement », et Jaffa forme une enclave arabe au contact de Tel-Aviv. Il suit la répartition des populations, mais imparfaitement : l'État juif comprendrait une minorité arabe « de l'ordre de 400 000 personnes ». L'« union économique » prévue suppose une coopération entre des communautés déjà en conflit.
3. L'Agence juive, qui représente les Juifs de Palestine, accepte le plan, qui lui ouvre la voie d'un État. Le Haut Comité arabe et les États arabes le rejettent, jugeant illégitime de partager le territoire contre l'avis de la majorité arabe de la population. Le vote montre que les deux Grands, États-Unis et URSS, soutiennent le partage, tandis que le Royaume-Uni s'abstient. Une guerre civile éclate dès décembre 1947.
4. Le plan illustre l'ambition de l'ONU : régler par le droit et par un vote une question héritée des empires, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Mais il n'est jamais appliqué. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l'État d'Israël ; les armées arabes interviennent le lendemain. Les armistices de 1949 fixent des lignes différentes de celles de la carte, l'État arabe prévu ne voit pas le jour et environ 700 000 Palestiniens deviennent des réfugiés. L'ONU peut voter un plan, elle ne dispose pas des moyens de l'imposer.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une carte avant de l'interpréter, puis confronter le projet qu'elle dessine à ce qui s'est réellement produit.
Document 4 — Le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg
Difficile
Texte juridique d'époque (statut annexé à un accord international) · Statut du Tribunal militaire international, annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945 conclu entre les gouvernements des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et de l'URSS, articles 6, 7 et 8.
Trois mois après la capitulation allemande, les quatre puissances occupantes de l'Allemagne fixent à Londres les règles du procès des principaux dirigeants nazis. Le procès s'ouvre à Nuremberg le 20 novembre 1945 et le jugement est rendu le 1er octobre 1946.
Article 6. Le Tribunal […] sera compétent pour juger et punir toutes personnes qui, agissant pour le compte des pays européens de l'Axe, auront commis, individuellement ou à titre de membres d'organisations, l'un quelconque des crimes suivants. Les actes suivants, ou l'un quelconque d'entre eux, sont des crimes soumis à la juridiction du Tribunal et entraînent une responsabilité individuelle :
a) Les crimes contre la paix : c'est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d'une guerre d'agression, ou d'une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux […] ;
b) Les crimes de guerre : c'est-à-dire les violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées, l'assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l'assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre […], l'exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés […] ;
c) Les crimes contre l'humanité : c'est-à-dire l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime.
Article 7. La situation officielle des accusés, soit comme chefs d'État, soit comme hauts fonctionnaires, ne sera considérée ni comme une excuse absolutoire, ni comme un motif de diminution de la peine.
Article 8. Le fait que l'accusé a agi conformément aux instructions de son Gouvernement ou d'un supérieur hiérarchique ne le dégagera pas de sa responsabilité, mais pourra être considéré comme un motif de diminution de la peine, si le Tribunal décide que la justice l'exige.
En analysant ce document, montrez que le statut de Nuremberg constitue une rupture dans le droit international, tout en portant la marque des conditions de sa création.
Présentez le document : auteurs, date, destinataires, contexte.
Distinguez les trois catégories de crimes définies par l'article 6.
En quoi les articles 7 et 8 constituent-ils une rupture ?
Quelles critiques ce texte a-t-il suscitées ? Appuyez-vous sur des éléments précis du document.
Quelle est la portée de ce texte après 1946 ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce texte est le statut du Tribunal militaire international, annexé à l'accord signé à Londres le 8 août 1945 par les États-Unis, le Royaume-Uni, l'URSS et la France, les quatre puissances qui occupent l'Allemagne. Il fixe la compétence du tribunal qui jugera à Nuremberg, du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946, les principaux dirigeants nazis. Il s'adresse aux juges, aux accusés et, au-delà, à l'opinion internationale, au moment où l'ouverture des camps a révélé l'ampleur des crimes.
2. L'article 6 définit trois crimes. Les crimes contre la paix visent le fait même de déclencher une « guerre d'agression » ou une guerre violant les traités. Les crimes de guerre sont « les violations des lois et coutumes de la guerre », notamment contre les prisonniers et les civils des « territoires occupés ». Les crimes contre l'humanité, notion nouvelle, visent « l'extermination », la « déportation » ou les « persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux » commises contre des populations civiles, y compris « avant » la guerre et même si elles étaient légales dans le pays concerné (« qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne »). Le texte permet ainsi de juger la persécution des Juifs d'Allemagne décidée par des lois nazies.
3. Jusque-là, les États répondaient de la guerre, pas les individus. L'article 6 pose une « responsabilité individuelle » ; l'article 7 refuse que la qualité de « chef d'État » ou de « haut fonctionnaire » protège un accusé ; l'article 8 affirme que l'ordre d'un « supérieur hiérarchique » ne dégage pas de sa responsabilité. Obéir n'excuse plus le crime : c'est une rupture majeure, qui vise directement la défense attendue des dirigeants nazis.
4. Le texte ne concerne que ceux qui ont agi « pour le compte des pays européens de l'Axe » : les crimes des vainqueurs échappent au tribunal, d'où l'accusation de « justice des vainqueurs ». Les incriminations, notamment le crime contre la paix et le crime contre l'humanité, sont définies en 1945 pour des faits antérieurs, ce que la défense dénonce comme une application rétroactive. Enfin, le crime contre l'humanité n'est jugé que s'il est commis « en liaison » avec la guerre ou un autre crime du statut : il n'est pas encore autonome. L'URSS, qui siège parmi les juges, a elle-même envahi la Pologne en 1939.
5. Les principes de ce statut sont repris à Tokyo (1946-1948), puis reconnus par l'Assemblée générale de l'ONU dès 1946. La convention du 9 décembre 1948 fait du génocide un crime autonome. Ils fondent le droit pénal international contemporain : tribunaux pour l'ex-Yougoslavie (1993) et le Rwanda (1994), Cour pénale internationale (statut de Rome, 1998). En France, la loi du 26 décembre 1964 rend le crime contre l'humanité imprescriptible.
Ce que cette analyse apprend — Citer précisément un texte juridique pour en dégager la nouveauté, puis mettre en regard le contexte de sa production pour en montrer les limites.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.