À propos de cette page
Ce cours de histoire-géographie en terminale sur « La Guerre froide (1947–1991) : une bipolarisation du monde » suit le programme officiel de histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les origines de la Guerre froide (1945–1947), La bipolarisation du monde : deux blocs antagonistes, Les grandes crises de la Guerre froide, La décolonisation et le Tiers-Monde dans la Guerre froide. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
Au programme
1 · Les origines de la Guerre froide (1945–1947)
2 · La bipolarisation du monde : deux blocs antagonistes
3 · Les grandes crises de la Guerre froide
4 · La décolonisation et le Tiers-Monde dans la Guerre froide
5 · La détente et ses limites (1962–1979)
6 · Le regain de tensions et la fin de la Guerre froide (1979–1991)
7 · Bilan : héritages et leçons de la Guerre froide
1Les origines de la Guerre froide (1945–1947)
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'URSS émergent comme les deux superpuissances mondiales. Mais la coalition anti-hitlérienne se désintègre rapidement dès 1945. Plusieurs facteurs expliquent la rupture :
- L'idéologie : les États-Unis défendent le capitalisme libéral et la démocratie ; l'URSS promeut le communisme et un régime à parti unique.
- Les désaccords à Yalta (février 1945) : malgré les accords de principe, la question du sort de l'Europe de l'Est cristallise les tensions. Staline impose des régimes prosoviétiques en Europe centrale et orientale.
- La méfiance réciproque : les Anglo-Américains ont tardé à ouvrir un second front (1944) ; les Soviétiques se sentent menacés par le monopole nucléaire américain (bombe atomique, août 1945).
Définition. La Guerre froide désigne l'état de tension et d'affrontement indirect entre les États-Unis et l'URSS de 1947 à 1991, sans guerre ouverte directe entre les deux superpuissances (expression popularisée par le journaliste Walter Lippmann en 1947).
En mars 1946, Winston Churchill prononce son célèbre discours de Fulton (Missouri) : « Un rideau de fer est descendu à travers le continent », dénonçant l'expansion soviétique. C'est le premier signal public de la rupture.
En 1947, la rupture devient officielle :
- La doctrine Truman (mars 1947) : le président américain Harry Truman demande au Congrès des crédits pour aider la Grèce et la Turquie menacées par le communisme. Il pose la doctrine du containment (endiguement) : les États-Unis s'engagent à contenir l'expansion soviétique partout dans le monde.
- Le plan Marshall (juin 1947) : aide économique américaine de 13 milliards de dollars proposée aux pays européens pour reconstruire leurs économies et résister à l'attrait du communisme. L'URSS l'interdit à ses satellites.
- Le rapport Jdanov (septembre 1947) : Andreï Jdanov, idéologue soviétique, répond en proclamant que le monde est désormais divisé en deux camps : l'impérialiste (américain) et le démocratique (soviétique). Création du Kominform pour coordonner les partis communistes.
Méthode. Retenez les deux grandes ruptures de 1947 : la doctrine Truman (containment) côté américain et le rapport Jdanov (deux camps) côté soviétique. Ce sont les deux textes fondateurs de la Guerre froide.
2La bipolarisation du monde : deux blocs antagonistes
Entre 1947 et 1955, le monde se divise en deux blocs structurés autour de chaque superpuissance, sur les plans militaire, économique et idéologique.
Le bloc occidental
- Militairement : création de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) en 1949, alliance militaire sous commandement américain.
- Économiquement : les pays d'Europe occidentale bénéficient du plan Marshall ; le modèle capitaliste libéral s'impose.
- Idéologiquement : démocraties libérales, économie de marché, liberté individuelle.
Le bloc soviétique
- Militairement : création du Pacte de Varsovie en 1955 en réponse à l'entrée de l'Allemagne de l'Ouest dans l'OTAN.
- Économiquement : création du CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle) en 1949 pour intégrer les économies des démocraties populaires.
- Idéologiquement : régimes à parti unique, économie planifiée, collectivisation, culte de la personnalité.
Définition. Les démocraties populaires sont les régimes communistes imposés par l'URSS en Europe de l'Est (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Allemagne de l'Est) après 1945.
Exemple. L'Allemagne devient le symbole de la division du monde : à l'Ouest, la RFA (République fédérale d'Allemagne) ; à l'Est, la RDA (République démocratique allemande), sous influence soviétique. Berlin, enclave occidentale en territoire soviétique, est le point de friction permanent.
Cette bipolarisation s'illustre notamment par la division du monde en zones d'influence :
Attention ! La bipolarisation n'est pas totale : certains pays restent non-alignés (Inde, Égypte, Yougoslavie…). Le mouvement des non-alignés, fondé à la conférence de Bandung (1955) et formalisé à Belgrade (1961), regroupe des pays qui refusent d'appartenir à l'un ou l'autre bloc.
3Les grandes crises de la Guerre froide
La Guerre froide est jalonnée de crises aiguës où les deux superpuissances s'affrontent indirectement, au risque d'un conflit nucléaire.
| Crise | Date | Acteurs | Enjeu / Dénouement |
|---|
| Blocus de Berlin | 1948–1949 | URSS / USA, RU, France | Staline bloque Berlin-Ouest ; pont aérien allié ; levée du blocus après 11 mois. |
| Guerre de Corée | 1950–1953 | Corée du Nord (URSS/Chine) / ONU (USA) | Conflit par procuration ; armistice au 38e parallèle ; statu quo. |
| Crise de Cuba | octobre 1962 | Kennedy / Khrouchtchev | Installation de missiles soviétiques à Cuba ; ultimatum américain ; retrait soviétique contre retrait de missiles US en Turquie. |
| Guerre du Vietnam | 1955–1975 | USA / Vietnam du Nord (URSS, Chine) | Conflit le plus long ; défaite américaine ; réunification du Vietnam sous régime communiste (1975). |
| Printemps de Prague | 1968 | URSS / Tchécoslovaquie | Intervention soviétique pour écraser les réformes de Dubček ; doctrine Brejnev. |
Définition. La dissuasion nucléaire (ou « équilibre de la terreur ») repose sur le principe MAD (Mutually Assured Destruction) : toute frappe nucléaire entraînerait la destruction totale des deux camps, ce qui empêche le déclenchement d'une guerre directe.
Méthode. Pour la crise de Cuba (octobre 1962), retenez : c'est l'apogée de la tension — le monde est au bord de la guerre nucléaire. Elle débouche sur la création du téléphone rouge (ligne directe Moscou-Washington) et marque le début de la détente.
4La décolonisation et le Tiers-Monde dans la Guerre froide
Le processus de décolonisation (années 1950–1970) se déroule dans le contexte de la Guerre froide. Les nouvelles nations indépendantes deviennent des enjeux de la rivalité américano-soviétique.
Bandung et le mouvement des non-alignés
En avril 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) réunit 29 pays d'Afrique et d'Asie récemment décolonisés. Ses principes :
- Refus de s'aligner sur l'un ou l'autre bloc.
- Soutien à la décolonisation et à l'indépendance nationale.
- Coopération Sud-Sud.
En 1961, la conférence de Belgrade institutionnalise le mouvement des non-alignés, porté par Nehru (Inde), Nasser (Égypte) et Tito (Yougoslavie).
Définition. Le Tiers-Monde (expression de l'économiste Alfred Sauvy, 1952) désigne les pays qui ne font partie ni du premier monde (capitaliste) ni du second monde (communiste). Ces pays partagent pauvreté, sous-développement et histoire coloniale.
Les zones de conflits par procuration
Les États-Unis et l'URSS s'affrontent indirectement en finançant et armant des camps opposés dans les conflits du Tiers-Monde :
- Corée (1950–1953) : premier conflit par procuration.
- Vietnam (1955–1975) : engagement direct des États-Unis puis retrait humiliant.
- Angola (à partir de 1975) : guerre civile entre factions soutenues par les superpuissances.
- Afghanistan (1979–1989) : intervention soviétique ; les États-Unis soutiennent les moudjahidines.
Attention ! Les non-alignés ne sont pas neutres : ils jouent souvent les deux blocs pour en tirer des avantages (aides économiques, armements). Nasser accepte ainsi une aide soviétique pour le barrage d'Assouan (1956) après le refus américain.
Exemple. Cuba : en 1959, la révolution castriste renverse Batista. Fidel Castro, d'abord nationaliste, se rapproche de l'URSS après l'échec de la Baie des Cochons (tentative américaine de débarquement, avril 1961). Cuba devient un avant-poste soviétique aux portes des États-Unis.
5La détente et ses limites (1962–1979)
Après la crise de Cuba (1962), les deux superpuissances prennent conscience du danger d'un conflit nucléaire. S'ouvre une période de détente : les tensions s'apaisent, les échanges s'intensifient, mais la rivalité demeure.
Les manifestations de la détente
- Téléphone rouge (1963) : ligne directe Moscou-Washington pour éviter les malentendus en cas de crise.
- Traité de Moscou (1963) : interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace et sous l'eau.
- TNP (Traité de non-prolifération nucléaire, 1968) : engagement des puissances nucléaires à ne pas diffuser l'arme atomique.
- SALT I (1972) : accords de limitation des armements stratégiques entre Nixon et Brejnev.
- Visite de Nixon en Chine (1972) : réconciliation américano-chinoise, qui isole davantage l'URSS.
- Accords d'Helsinki (1975) : reconnaissance des frontières européennes ; clauses sur les droits de l'homme.
Les limites de la détente
La détente ne signifie pas la fin de la rivalité : chaque superpuissance continue d'étendre son influence.
- La doctrine Brejnev (1968) : l'URSS s'arroge le droit d'intervenir dans toute démocratie populaire pour y maintenir le socialisme.
- Regain de tensions en Asie, Afrique, Amérique latine.
- Course aux armements qui continue malgré les accords (SALT II non ratifié par le Sénat américain).
Méthode. La détente est relative et pragmatique, non une réconciliation idéologique. Retenez : « coexistence pacifique » ne signifie pas abandon de la compétition.
6Le regain de tensions et la fin de la Guerre froide (1979–1991)
À partir de 1979, la Guerre froide connaît un regain de tensions (parfois appelé « Guerre froide II »), avant de s'achever brusquement en 1991.
Le regain de tensions (1979–1985)
- Invasion soviétique de l'Afghanistan (décembre 1979) : l'URSS intervient militairement pour soutenir un régime communiste. Les États-Unis organisent un boycott des JO de Moscou (1980) et soutiennent les moudjahidines afghans.
- Élection de Ronald Reagan (1980) : politique de fermeté, relance de la course aux armements. Reagan désigne l'URSS comme l'« empire du Mal ».
- Initiative de Défense Stratégique (IDS, « guerre des étoiles », 1983) : projet de bouclier antimissile spatial, qui pèse sur l'économie soviétique.
- Déploiement des euromissiles : missiles Pershing II américains en Europe de l'Ouest en réponse aux SS-20 soviétiques.
Gorbatchev et la fin de la Guerre froide (1985–1991)
En 1985, Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS. Il engage deux grandes réformes :
- Perestroïka (restructuration économique) : libéralisation partielle de l'économie soviétique.
- Glasnost (transparence) : liberté d'expression relative, critique du passé soviétique.
Sur le plan international, Gorbatchev renonce à la doctrine Brejnev et retire les troupes soviétiques d'Afghanistan (1989). Les régimes communistes d'Europe de l'Est s'effondrent les uns après les autres.
Exemple clé. Le 9 novembre 1989 : chute du mur de Berlin, symbole de la fin de la division du monde. Les Allemands démantèlent le mur, la réunification allemande s'ensuit (octobre 1990).
Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne. Le drapeau rouge est abaissé sur le Kremlin. L'URSS est dissoute et remplacée par la CEI (Communauté des États Indépendants). La Guerre froide s'achève.
Attention ! La fin de la Guerre froide ne signifie pas la fin des tensions internationales. Elle ouvre une période d'instabilité (conflits régionaux, nouvelles puissances). L'historien John Lewis Gaddis parle de « long paix » pour désigner la période 1947–1991, où la dissuasion nucléaire a évité une guerre mondiale.
7Bilan : héritages et leçons de la Guerre froide
La Guerre froide a profondément reconfiguré le monde contemporain. Ses héritages sont multiples :
Un monde transformé
- La décolonisation s'est achevée dans ce contexte, créant de nombreux États nouveaux.
- La construction européenne s'est accélérée sous la protection américaine (OTAN).
- L'ONU a été souvent paralysée par le droit de veto des deux superpuissances au Conseil de sécurité.
- La course aux armements a coûté des dizaines de milliers de milliards de dollars, épuisant l'économie soviétique.
Des héritages durables
- Nucléaire : prolifération malgré le TNP ; arsenaux considérables maintenus par les anciens protagonistes.
- Géopolitique : la carte du monde actuelle (Corée divisée, tensions à Cuba, anciens blocs…) porte l'empreinte de la Guerre froide.
- Culturel : la Guerre froide a généré une culture de la peur (abris antiatomiques, propagande) et une rivalité dans le domaine spatial (Spoutnik 1957, Apollo 1969).
À retenir. La Guerre froide illustre comment deux idéologies opposées peuvent structurer l'ensemble des relations internationales pendant près d'un demi-siècle, sans jamais se traduire en conflit direct entre les deux superpuissances, grâce à la dissuasion nucléaire.
Course à l'espace. La rivalité s'étend au domaine spatial : l'URSS lance Spoutnik (1957, premier satellite artificiel) et envoie Gagarine dans l'espace (1961). Les États-Unis répondent avec le programme Apollo et le premier pas sur la Lune de Neil Armstrong (juillet 1969). Cette course illustre la dimension totale de la compétition.
★À retenir
À retenir — La Guerre froide (1947–1991) :
• 1947 : début officiel — doctrine Truman (containment) + rapport Jdanov (deux camps).
• Deux blocs : USA (OTAN, 1949) vs URSS (Pacte de Varsovie, 1955).
• Crises majeures : blocus de Berlin (1948), Corée (1950–1953), Cuba (1962), Vietnam (1955–1975).
• 1955 : Bandung — naissance du Tiers-Monde et des non-alignés.
• Détente (1962–1979) : SALT I, Helsinki, mais rivalité maintenue.
• 1985–1991 : Gorbatchev (perestroïka/glasnost) → chute du mur (1989) → dissolution de l'URSS (1991).
• Notions-clés : containment, dissuasion nucléaire, équilibre de la terreur, non-alignés, démocraties populaires, rideau de fer.