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La Guerre froide (1947–1991) : une bipolarisation du monde
Thème 2 — La multipolarisation du monde : affrontement idéologique, courses aux armements et décolonisation dans un monde bipolaire (programme de Terminale générale)
À propos de cette page
Les origines de la Guerre froide (1945–1947)
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'URSS émergent comme les deux superpuissances mondiales. Mais la coalition anti-hitlérienne se désintègre rapidement dès 1945. Plusieurs facteurs expliquent la rupture :
- L'idéologie : les États-Unis défendent le capitalisme libéral et la démocratie ; l'URSS promeut le communisme et un régime à parti unique.
- Les désaccords à Yalta (février 1945) : malgré les accords de principe, la question du sort de l'Europe de l'Est cristallise les tensions. Staline impose des régimes prosoviétiques en Europe centrale et orientale.
- La méfiance réciproque : les Anglo-Américains ont tardé à ouvrir un second front (1944) ; les Soviétiques se sentent menacés par le monopole nucléaire américain (bombe atomique, août 1945).
En mars 1946, Winston Churchill prononce son célèbre discours de Fulton (Missouri) : « Un rideau de fer est descendu à travers le continent », dénonçant l'expansion soviétique. C'est le premier signal public de la rupture.
En 1947, la rupture devient officielle :
- La doctrine Truman (mars 1947) : le président américain Harry Truman demande au Congrès des crédits pour aider la Grèce et la Turquie menacées par le communisme. Il pose la doctrine du containment (endiguement) : les États-Unis s'engagent à contenir l'expansion soviétique partout dans le monde.
- Le plan Marshall (juin 1947) : aide économique américaine de 13 milliards de dollars proposée aux pays européens pour reconstruire leurs économies et résister à l'attrait du communisme. L'URSS l'interdit à ses satellites.
- Le rapport Jdanov (septembre 1947) : Andreï Jdanov, idéologue soviétique, répond en proclamant que le monde est désormais divisé en deux camps : l'impérialiste (américain) et le démocratique (soviétique). Création du Kominform pour coordonner les partis communistes.
La bipolarisation du monde : deux blocs antagonistes
Entre 1947 et 1955, le monde se divise en deux blocs structurés autour de chaque superpuissance, sur les plans militaire, économique et idéologique.
Le bloc occidental
- Militairement : création de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) en 1949, alliance militaire sous commandement américain.
- Économiquement : les pays d'Europe occidentale bénéficient du plan Marshall ; le modèle capitaliste libéral s'impose.
- Idéologiquement : démocraties libérales, économie de marché, liberté individuelle.
Le bloc soviétique
- Militairement : création du Pacte de Varsovie en 1955 en réponse à l'entrée de l'Allemagne de l'Ouest dans l'OTAN.
- Économiquement : création du CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle) en 1949 pour intégrer les économies des démocraties populaires.
- Idéologiquement : régimes à parti unique, économie planifiée, collectivisation, culte de la personnalité.
Cette bipolarisation s'illustre notamment par la division du monde en zones d'influence :
Les grandes crises de la Guerre froide
La Guerre froide est jalonnée de crises aiguës où les deux superpuissances s'affrontent indirectement, au risque d'un conflit nucléaire.
| Crise | Date | Acteurs | Enjeu / Dénouement |
|---|---|---|---|
| Blocus de Berlin | 1948–1949 | URSS / USA, RU, France | Staline bloque Berlin-Ouest ; pont aérien allié ; levée du blocus après 11 mois. |
| Guerre de Corée | 1950–1953 | Corée du Nord (URSS/Chine) / ONU (USA) | Conflit par procuration ; armistice au 38e parallèle ; statu quo. |
| Crise de Cuba | octobre 1962 | Kennedy / Khrouchtchev | Installation de missiles soviétiques à Cuba ; ultimatum américain ; retrait soviétique contre retrait de missiles US en Turquie. |
| Guerre du Vietnam | 1955–1975 | USA / Vietnam du Nord (URSS, Chine) | Conflit le plus long ; défaite américaine ; réunification du Vietnam sous régime communiste (1975). |
| Printemps de Prague | 1968 | URSS / Tchécoslovaquie | Intervention soviétique pour écraser les réformes de Dubček ; doctrine Brejnev. |
La décolonisation et le Tiers-Monde dans la Guerre froide
Le processus de décolonisation (années 1950–1970) se déroule dans le contexte de la Guerre froide. Les nouvelles nations indépendantes deviennent des enjeux de la rivalité américano-soviétique.
Bandung et le mouvement des non-alignés
En avril 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) réunit 29 pays d'Afrique et d'Asie récemment décolonisés. Ses principes :
- Refus de s'aligner sur l'un ou l'autre bloc.
- Soutien à la décolonisation et à l'indépendance nationale.
- Coopération Sud-Sud.
En 1961, la conférence de Belgrade institutionnalise le mouvement des non-alignés, porté par Nehru (Inde), Nasser (Égypte) et Tito (Yougoslavie).
Les zones de conflits par procuration
Les États-Unis et l'URSS s'affrontent indirectement en finançant et armant des camps opposés dans les conflits du Tiers-Monde :
- Corée (1950–1953) : premier conflit par procuration.
- Vietnam (1955–1975) : engagement direct des États-Unis puis retrait humiliant.
- Angola (à partir de 1975) : guerre civile entre factions soutenues par les superpuissances.
- Afghanistan (1979–1989) : intervention soviétique ; les États-Unis soutiennent les moudjahidines.
La détente et ses limites (1962–1979)
Après la crise de Cuba (1962), les deux superpuissances prennent conscience du danger d'un conflit nucléaire. S'ouvre une période de détente : les tensions s'apaisent, les échanges s'intensifient, mais la rivalité demeure.
Les manifestations de la détente
- Téléphone rouge (1963) : ligne directe Moscou-Washington pour éviter les malentendus en cas de crise.
- Traité de Moscou (1963) : interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace et sous l'eau.
- TNP (Traité de non-prolifération nucléaire, 1968) : engagement des puissances nucléaires à ne pas diffuser l'arme atomique.
- SALT I (1972) : accords de limitation des armements stratégiques entre Nixon et Brejnev.
- Visite de Nixon en Chine (1972) : réconciliation américano-chinoise, qui isole davantage l'URSS.
- Accords d'Helsinki (1975) : reconnaissance des frontières européennes ; clauses sur les droits de l'homme.
Les limites de la détente
La détente ne signifie pas la fin de la rivalité : chaque superpuissance continue d'étendre son influence.
- La doctrine Brejnev (1968) : l'URSS s'arroge le droit d'intervenir dans toute démocratie populaire pour y maintenir le socialisme.
- Regain de tensions en Asie, Afrique, Amérique latine.
- Course aux armements qui continue malgré les accords (SALT II non ratifié par le Sénat américain).
Le regain de tensions et la fin de la Guerre froide (1979–1991)
À partir de 1979, la Guerre froide connaît un regain de tensions (parfois appelé « Guerre froide II »), avant de s'achever brusquement en 1991.
Le regain de tensions (1979–1985)
- Invasion soviétique de l'Afghanistan (décembre 1979) : l'URSS intervient militairement pour soutenir un régime communiste. Les États-Unis organisent un boycott des JO de Moscou (1980) et soutiennent les moudjahidines afghans.
- Élection de Ronald Reagan (1980) : politique de fermeté, relance de la course aux armements. Reagan désigne l'URSS comme l'« empire du Mal ».
- Initiative de Défense Stratégique (IDS, « guerre des étoiles », 1983) : projet de bouclier antimissile spatial, qui pèse sur l'économie soviétique.
- Déploiement des euromissiles : missiles Pershing II américains en Europe de l'Ouest en réponse aux SS-20 soviétiques.
Gorbatchev et la fin de la Guerre froide (1985–1991)
En 1985, Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS. Il engage deux grandes réformes :
- Perestroïka (restructuration économique) : libéralisation partielle de l'économie soviétique.
- Glasnost (transparence) : liberté d'expression relative, critique du passé soviétique.
Sur le plan international, Gorbatchev renonce à la doctrine Brejnev et retire les troupes soviétiques d'Afghanistan (1989). Les régimes communistes d'Europe de l'Est s'effondrent les uns après les autres.
Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne. Le drapeau rouge est abaissé sur le Kremlin. L'URSS est dissoute et remplacée par la CEI (Communauté des États Indépendants). La Guerre froide s'achève.
Bilan : héritages et leçons de la Guerre froide
La Guerre froide a profondément reconfiguré le monde contemporain. Ses héritages sont multiples :
Un monde transformé
- La décolonisation s'est achevée dans ce contexte, créant de nombreux États nouveaux.
- La construction européenne s'est accélérée sous la protection américaine (OTAN).
- L'ONU a été souvent paralysée par le droit de veto des deux superpuissances au Conseil de sécurité.
- La course aux armements a coûté des dizaines de milliers de milliards de dollars, épuisant l'économie soviétique.
Des héritages durables
- Nucléaire : prolifération malgré le TNP ; arsenaux considérables maintenus par les anciens protagonistes.
- Géopolitique : la carte du monde actuelle (Corée divisée, tensions à Cuba, anciens blocs…) porte l'empreinte de la Guerre froide.
- Culturel : la Guerre froide a généré une culture de la peur (abris antiatomiques, propagande) et une rivalité dans le domaine spatial (Spoutnik 1957, Apollo 1969).
- 1947 : début officiel — doctrine Truman (containment) + rapport Jdanov (deux camps).
- Deux blocs : USA (OTAN, 1949) vs URSS (Pacte de Varsovie, 1955).
- Crises majeures : blocus de Berlin (1948), Corée (1950–1953), Cuba (1962), Vietnam (1955–1975).
- 1955 : Bandung — naissance du Tiers-Monde et des non-alignés.
- Détente (1962–1979) : SALT I, Helsinki, mais rivalité maintenue.
- 1985–1991 : Gorbatchev (perestroïka/glasnost) → chute du mur (1989) → dissolution de l'URSS (1991).
- Notions-clés : containment, dissuasion nucléaire, équilibre de la terreur, non-alignés, démocraties populaires, rideau de fer.
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