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Les régimes totalitaires

Fascisme italien, nazisme, stalinisme, idéologies, terreur, propagande, embrigadement, politiques expansionnistes (programme d'histoire de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Les régimes totalitaires » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les régimes totalitaires : un mot, une notion, des critères, L'URSS de Staline : transformer la société par la force, L'Italie fasciste : l'invention de l'« État totalitaire », L'Allemagne nazie : mise au pas et État racial. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
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Les repères à connaître

16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.

  1. Octobre 1917Prise du pouvoir par les bolcheviks de LénineNaissance du régime soviétique : parti unique et police politique (Tchéka, décembre 1917) précèdent Staline.
  2. 28 octobre 1922Marche sur Rome ; Mussolini président du Conseil (30 octobre)Le fascisme accède légalement au pouvoir, sous la menace de la violence des chemises noires.
  3. 10 juin 1924Assassinat du député socialiste MatteottiLa crise qu'il ouvre débouche sur le discours du 3 janvier 1925 et les lois fascistissimes (1925-1926).
  4. 1929Staline seul maître de l'URSS ; collectivisation forcée (hiver 1929-1930)Début du « grand tournant » : plans quinquennaux, dékoulakisation, culte de Staline.
  5. 1932-1933Famine en URSS, en particulier en Ukraine (Holodomor)Conséquence des réquisitions de grain : de l'ordre de 6 millions de morts.
  6. 30 janvier 1933Hitler nommé chancelier par le président HindenburgHitler est nommé, pas élu : le NSDAP n'a jamais eu la majorité des voix.
  7. 23 mars 1933Loi des pleins pouvoirsCœur de la mise au pas : le gouvernement légifère seul ; parti unique le 14 juillet 1933.
  8. 30 juin 1934Nuit des Longs CouteauxHitler élimine les chefs de la SA et rassure l'armée ; Führer à la mort de Hindenburg (2 août 1934).
  9. 1er décembre 1934Assassinat de Kirov à LeningradPrétexte d'une répression qui vise désormais le parti lui-même.
  10. 15 septembre 1935Lois de NurembergLes Juifs sont privés de la citoyenneté : l'antisémitisme devient loi d'État.
  11. Octobre 1935-mai 1936Conquête de l'Éthiopie par l'ItaliePremière grande agression d'un régime totalitaire ; elle rapproche Mussolini de Hitler (Axe, novembre 1936).
  12. Juillet 1936-avril 1939Guerre d'Espagne ; bombardement de Guernica (26 avril 1937)Terrain d'affrontement des régimes : Allemagne et Italie pour Franco, URSS pour la République.
  13. 1937-1938Grande Terreur en URSSEnviron 1,5 million d'arrestations et près de 700 000 exécutions : la terreur comme mode de gouvernement.
  14. Mars-septembre 1938Anschluss (12-13 mars) et accords de Munich (29-30 septembre)L'expansion allemande progresse sans réaction armée de la France et du Royaume-Uni.
  15. 9-10 novembre 1938Nuit de CristalPogrom organisé dans tout le Reich : le passage de l'exclusion légale à la violence ouverte.
  16. 23 août 1939Pacte germano-soviétiqueDeux ennemis idéologiques se partagent l'Europe orientale : la voie est libre pour l'invasion de la Pologne.
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Les régimes totalitaires : un mot, une notion, des critères

Le mot naît en Italie. En mai 1923, l'antifasciste libéral Giovanni Amendola dénonce le « système totalitaire » que les fascistes imposent aux élections locales. Mussolini retourne l'insulte en programme : le 22 juin 1925, il célèbre la « farouche volonté totalitaire » de son mouvement ; le 28 octobre 1925, à Milan, il la résume d'une formule : « Tout dans l'État, rien en dehors de l'État, rien contre l'État ».

Régime totalitaire : régime qui prétend contrôler la totalité de l'existence des individus (opinions, travail, loisirs, famille) au nom d'une idéologie. Il s'appuie sur un parti unique dirigé par un chef, la propagande, l'embrigadement et la terreur. Il n'exige pas seulement l'obéissance : il veut l'adhésion et prétend façonner un « homme nouveau ».

Trois régimes de l'entre-deux-guerres sont étudiés : l'Italie fasciste de Mussolini (1922-1943), l'URSS stalinienne (de 1929 à la mort de Staline en 1953) et l'Allemagne nazie de Hitler (1933-1945). Leurs idéologies s'opposent (la nation et l'État pour le fascisme, la race pour le nazisme, la classe pour le communisme soviétique), mais leurs pratiques se ressemblent.

Deux définitions savantes structurent les copies. En 1951, la philosophe Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme, fait de l'idéologie et de la terreur l'essence du phénomène, et du camp son institution centrale. En 1956, les politistes Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski retiennent six critères : une idéologie officielle, un parti unique de masse conduit par un chef, une police politique qui terrorise, le monopole des moyens d'information, le monopole des armes et une économie dirigée par l'État.

Un régime autoritaire, comme le Portugal de Salazar (Estado Novo, 1933), supprime les libertés mais attend de la population qu'elle se taise. Un régime totalitaire exige qu'elle participe, applaudisse et se transforme.
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L'URSS de Staline : transformer la société par la force

Le 25 octobre 1917 (7 novembre dans notre calendrier), les bolcheviks de Lénine prennent le pouvoir à Petrograd. Dès décembre 1917, une police politique, la Tchéka, traque les « ennemis du peuple » ; au sortir de la guerre civile (1918-1921), les autres partis sont éliminés. L'URSS naît le 30 décembre 1922.

Secrétaire général du parti depuis avril 1922, Staline profite de la mort de Lénine (21 janvier 1924) pour écarter ses rivaux : Trotski est exclu du parti en novembre 1927 puis expulsé d'URSS en 1929 ; Boukharine est évincé la même année. En 1929, Staline est le seul maître du pays.

Il lance alors le « grand tournant ». Le premier plan quinquennal (1928-1932) donne la priorité absolue à l'industrie lourde. Dans les campagnes, la collectivisation forcée, à partir de l'hiver 1929-1930, regroupe les paysans dans des kolkhozes (coopératives) et des sovkhozes (fermes d'État). Staline annonce en décembre 1929 la « liquidation des koulaks en tant que classe » : environ 1,8 million de paysans sont déportés en 1930-1931. Les réquisitions de grain provoquent la famine de 1932-1933 : de l'ordre de 6 millions de morts, dont près de 4 millions en Ukraine, où cette famine est appelée Holodomor. En 1937, plus de 90 % des exploitations sont collectivisées.

L'idéologie est le marxisme-léninisme : bâtir une société sans classes, sous la direction du parti, « avant-garde » des travailleurs. Le régime veut un homme nouveau, ouvrier dévoué et militant : le 31 août 1935, le mineur Alexeï Stakhanov aurait extrait 102 tonnes de charbon en moins de six heures, soit quatorze fois la norme ; la propagande en fait un modèle, le stakhanovisme. Le 5 décembre 1936, une nouvelle Constitution proclame les libertés, au moment même où la terreur s'amplifie.

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L'Italie fasciste : l'invention de l'« État totalitaire »

Le 23 mars 1919, à Milan, l'ancien socialiste Benito Mussolini fonde les Faisceaux italiens de combat. Ils exploitent la « victoire mutilée » (l'Italie n'a pas obtenu tous les territoires promis en 1915) et la peur suscitée par les grèves de 1919-1920 : les squadristi en chemises noires attaquent syndicats, coopératives et mairies socialistes. Le Parti national fasciste (PNF) est créé en novembre 1921.

Le 28 octobre 1922, la marche sur Rome intimide le pouvoir : le roi Victor-Emmanuel III refuse de proclamer l'état de siège et nomme Mussolini président du Conseil le 30 octobre. Le fascisme accède au pouvoir légalement, sous la menace de la violence. Le 10 juin 1924, le député socialiste Giacomo Matteotti, qui avait dénoncé les fraudes et les violences des élections d'avril, est enlevé et assassiné par des fascistes. Le 3 janvier 1925, Mussolini assume devant la Chambre « la responsabilité politique, morale, historique » de tout ce qui est arrivé.

Les lois fascistissimes (1925-1926) installent la dictature : Mussolini, désormais « chef du gouvernement », ne répond plus qu'au roi ; la presse est censurée ; les partis sont dissous en novembre 1926 ; un Tribunal spécial juge les opposants et une police politique, l'OVRA, les traque. Le PNF devient parti unique et le Duce l'objet d'un culte.

L'idéologie exalte la nation, l'État et la force, rejette le libéralisme, la démocratie et le marxisme, et puise ses symboles dans la Rome antique. Mais le totalitarisme italien reste incomplet : le roi demeure chef de l'État, et les accords du Latran (11 février 1929) reconnaissent à l'Église catholique une autorité propre. En 1938, dans le sillage de l'alliance allemande, le régime adopte des lois antisémites (septembre-novembre 1938).

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L'Allemagne nazie : mise au pas et État racial

Adolf Hitler prend en 1921 la tête du NSDAP, le parti national-socialiste. Après l'échec du putsch de Munich (8-9 novembre 1923), il expose son programme dans Mein Kampf (1925-1926) : un antisémitisme obsessionnel, la hiérarchie des races, la conquête d'un « espace vital » à l'Est, le principe du chef (Führerprinzip). Dans une Allemagne frappée par le chômage de masse, le NSDAP passe de 2,6 % des voix en 1928 à 37,3 % en juillet 1932, sans jamais obtenir la majorité.

Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg nomme Hitler chancelier : les droites conservatrices croient pouvoir l'utiliser. En dix-huit mois, la mise au pas (Gleichschaltung) détruit la démocratie de Weimar. Après l'incendie du Reichstag (27 février), le décret du 28 février suspend les libertés ; le camp de Dachau ouvre le 22 mars ; la loi des pleins pouvoirs du 23 mars (444 voix contre 94) donne au gouvernement le pouvoir de faire les lois. Les syndicats sont dissous le 2 mai, et le NSDAP devient parti unique par la loi du 14 juillet 1933. Lors de la nuit des Longs Couteaux (30 juin 1934), Hitler fait assassiner Ernst Röhm et les chefs de la SA, ce qui rassure l'armée. À la mort de Hindenburg (2 août 1934), il cumule les fonctions de chancelier et de président : il est le Führer.

L'idéologie raciale se traduit en lois. Les Juifs sont exclus de la fonction publique (loi du 7 avril 1933), puis privés de la citoyenneté par les lois de Nuremberg (15 septembre 1935). Les 9 et 10 novembre 1938, la nuit de Cristal, pogrom lancé par Goebbels après l'assassinat d'un diplomate allemand à Paris, fait près d'une centaine de morts ; des centaines de synagogues sont incendiées, environ 7 500 commerces saccagés, et quelque 30 000 hommes juifs sont internés en camp. Les victimes doivent en outre payer une amende d'un milliard de Reichsmarks.

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Encadrer et faire adhérer : propagande, embrigadement, culte du chef

Les trois régimes veulent contrôler les esprits. En Allemagne, Joseph Goebbels dirige dès mars 1933 un ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande ; le 10 mai 1933, des étudiants brûlent en public les livres jugés « non allemands ». La radio, le congrès de Nuremberg filmé par Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la volonté (1935), les Jeux olympiques de Berlin (août 1936) exaltent le régime. En URSS, le « réalisme socialiste » est imposé aux artistes à partir de 1934 ; en Italie, l'institut LUCE produit actualités et documentaires à la gloire du Duce.

L'embrigadement commence dès l'enfance : Opera nazionale Balilla en Italie (1926), Jeunesses hitlériennes rendues obligatoires par la loi du 1er décembre 1936, Pionniers et Komsomol en URSS. Le travail et les loisirs sont encadrés : Dopolavoro en Italie (1925), Front allemand du travail et organisation « la Force par la joie » (Kraft durch Freude, novembre 1933), qui propose vacances et croisières.

Le culte du chef unifie le tout : « Mussolini a toujours raison », dit un slogan ; le Führer incarne la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) ; Staline, célébré à partir de son cinquantième anniversaire (décembre 1929), devient le « guide » et le « petit père des peuples ».

L'adhésion est réelle mais inégale. Au plébiscite du 19 août 1934, près de 90 % des votants approuvent le cumul des fonctions de Hitler ; le recul du chômage et les succès extérieurs nourrissent le « mythe Hitler » étudié par l'historien Ian Kershaw. Entre l'enthousiasme et l'opposition s'étend un vaste espace de consentement, d'accommodement et de résignation. Les résistances existent, minoritaires : en 1931, une douzaine de professeurs d'université italiens seulement, sur plus d'un millier, refusent de prêter serment au fascisme ; en 1934, des pasteurs fondent l'Église confessante ; en mars 1937, l'encyclique Mit brennender Sorge du pape Pie XI condamne les violations du concordat et l'idolâtrie de la race.

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La terreur, mode de gouvernement

La terreur n'est pas un accident : elle est un mode de gouvernement. Chaque régime dispose d'une police politique (Tchéka, puis Guépéou et NKVD en URSS ; Gestapo et SS de Heinrich Himmler, chef de toute la police allemande en 1936 ; OVRA en Italie) et de lieux d'enfermement.

En URSS, l'administration centrale des camps, le Goulag, est créée en 1930. Ses détenus, près de 2 millions à la veille de la guerre, creusent des canaux, abattent des forêts, exploitent les mines de Sibérie et de l'Arctique. Après l'assassinat de Kirov, chef du parti à Leningrad (1er décembre 1934), la répression vise le parti lui-même. Les procès de Moscou (1936, 1937, 1938) font avouer à de vieux bolcheviks (Zinoviev, Kamenev, Boukharine) des complots imaginaires. La Grande Terreur (août 1937-novembre 1938) est lancée par l'ordre n° 00447 du NKVD du 30 juillet 1937, qui fixe des quotas d'arrestations et d'exécutions par région ; des « troïkas » condamnent sans avocat ni appel. Bilan : environ 1,5 million d'arrestations et près de 700 000 exécutions (681 692 selon les archives du NKVD). L'Armée rouge est décapitée : le maréchal Toukhatchevski est fusillé en juin 1937.

En Allemagne, les camps de concentration (Dachau en mars 1933, Sachsenhausen en 1936, Buchenwald en 1937) enferment d'abord des communistes et des socialistes, puis des « asociaux », des Témoins de Jéhovah, des homosexuels et, après la nuit de Cristal, des dizaines de milliers de Juifs. La loi du 14 juillet 1933 impose la stérilisation forcée des personnes jugées « héréditairement malades ».

En Italie, la répression est réelle mais bien moins meurtrière : le Tribunal spécial condamne plusieurs milliers d'opposants, d'autres sont relégués (confino) sur des îles ou dans des villages isolés du Sud.

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Des politiques expansionnistes qui menacent la paix (1935-1939)

Les idéologies portent des projets de conquête : l'empire méditerranéen pour Mussolini, l'« espace vital » à l'Est pour Hitler, l'extension du socialisme pour l'URSS, qui anime depuis 1919 l'Internationale communiste (Komintern), même si Staline privilégie depuis 1924 le « socialisme dans un seul pays ».

L'Italie attaque l'Éthiopie le 3 octobre 1935 ; son armée emploie des gaz de combat et entre dans Addis-Abeba le 5 mai 1936. Les sanctions de la SDN, limitées, rapprochent Mussolini de Hitler : c'est l'« Axe » Rome-Berlin (novembre 1936). L'Allemagne quitte la SDN (octobre 1933), rétablit le service militaire (16 mars 1935) et remilitarise la Rhénanie (7 mars 1936) sans réaction de la France ni du Royaume-Uni. Le pacte anti-Komintern avec le Japon (25 novembre 1936), rejoint par l'Italie en 1937, dresse ces régimes contre l'URSS.

La guerre d'Espagne (juillet 1936-avril 1939) devient leur terrain d'affrontement. Hitler et Mussolini soutiennent les nationalistes du général Franco ; l'URSS arme la République et le Komintern organise les Brigades internationales ; la France et le Royaume-Uni choisissent la non-intervention (août 1936). Le 26 avril 1937, la légion Condor allemande, appuyée par des avions italiens, bombarde la petite ville basque de Guernica un jour de marché ; Picasso en tire la toile exposée à Paris en juillet 1937.

L'expansion s'accélère ensuite : Anschluss de l'Autriche (12-13 mars 1938) ; annexion des Sudètes tchécoslovaques, acceptée par la France et le Royaume-Uni aux accords de Munich (29-30 septembre 1938) ; entrée de la Wehrmacht à Prague (15 mars 1939) ; invasion de l'Albanie par l'Italie (7 avril 1939) ; pacte d'Acier germano-italien (22 mai 1939). Enfin, le 23 août 1939, le pacte germano-soviétique rapproche les deux ennemis idéologiques : un protocole secret partage l'Europe orientale entre eux. Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne : c'est l'objet du chapitre suivant.

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Un concept débattu, des pièges à éviter

Le concept de totalitarisme a été discuté. Très utilisé pendant la guerre froide pour rapprocher l'URSS de l'Allemagne vaincue, il a été critiqué par des historiens qui, comme Sheila Fitzpatrick dans les années 1980, ont étudié la société soviétique « par en bas ». Hannah Arendt ne rangeait pas l'Italie fasciste parmi les régimes pleinement totalitaires ; l'historien italien Emilio Gentile y voit au contraire une « voie italienne au totalitarisme » (1995). En 1986, en Allemagne, la « querelle des historiens » a opposé ceux qui, comme Ernst Nolte, rapprochaient les crimes nazis des crimes soviétiques, à ceux qui, comme le philosophe Jürgen Habermas, défendaient la singularité du génocide nazi. Aujourd'hui, le concept sert à comparer, non à confondre : des pratiques communes n'effacent pas des projets différents.

Pièges à éviter.
• « Hitler a été élu » : faux. Il a été nommé chancelier le 30 janvier 1933 ; le NSDAP n'a jamais dépassé 37,3 % des voix lors d'une élection libre.
• Confondre fascisme et nazisme : le racisme biologique est au cœur du nazisme ; il n'entre dans les lois italiennes qu'en 1938.
• Confondre camp de concentration (Dachau, 1933) et centre de mise à mort : ces derniers n'apparaissent qu'à la fin de 1941, pendant la guerre.
• Présenter l'adhésion comme totale ou comme une pure manipulation : elle mêle enthousiasme, intérêt, peur et résignation.
• Qualifier de totalitaires des régimes seulement autoritaires, comme celui de Salazar.
• Oublier la singularité de chaque régime : l'ennemi de classe en URSS, l'ennemi de race en Allemagne, l'ennemi de la nation en Italie.
• Déborder sur la crise de 1929 ou sur la guerre : le sujet s'arrête au 1er septembre 1939.
En bref
  • Trois régimes totalitaires dans l'Europe de l'entre-deux-guerres : l'Italie de Mussolini (1922), l'URSS de Staline (1929), l'Allemagne de Hitler (1933).
  • Leurs idéologies diffèrent (la nation et l'État, la classe, la race) mais toutes veulent créer un homme nouveau.
  • Mêmes instruments : parti unique, culte du chef, propagande, embrigadement de la jeunesse, police politique, camps.
  • La terreur est un mode de gouvernement : Grande Terreur (1937-1938, près de 700 000 exécutions), lois de Nuremberg (1935), nuit de Cristal (9-10 novembre 1938).
  • L'adhésion est réelle mais graduée : enthousiasme, consentement, résignation ; les résistances restent minoritaires.
  • Des politiques expansionnistes menacent la paix : Éthiopie (1935), Rhénanie (1936), Espagne et Guernica (1937), Anschluss et Munich (1938), pacte germano-soviétique (23 août 1939).
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