Collège · 3ᵉ · Histoire
Les régimes totalitaires dans l'entre-deux-guerres
Stalinisme, fascisme et nazisme
À propos de cette page
Qu'est-ce qu'un régime totalitaire ?
Après 1918, les démocraties libérales semblent avoir gagné. Pourtant, en vingt ans, des régimes d'un type nouveau s'installent en Russie, en Italie puis en Allemagne : ils ne veulent pas seulement gouverner, mais transformer l'homme et la société tout entière.
Pourquoi à ce moment-là ? La guerre a habitué les sociétés à la violence et à l'État tout-puissant (brutalisation). Les traités ont laissé des vaincus humiliés (Allemagne) et des vainqueurs frustrés (Italie). La crise de 1929 jette des millions de chômeurs dans la rue : en 1932, l'Allemagne compte 6 millions de sans-emploi. Les partis démocratiques paraissent impuissants ; les extrêmes promettent l'ordre, le travail et la grandeur.
L'URSS de Staline : construire le socialisme par la force
Les bolcheviks ont pris le pouvoir en octobre 1917 et fondé l'URSS en 1922. À la mort de Lénine (1924), Joseph Staline, secrétaire général du Parti communiste, élimine ses rivaux — Trotski est exclu, exilé en 1929 puis assassiné au Mexique en 1940. Vers 1929, Staline est le maître absolu du pays.
Une économie entièrement dirigée par l'État. Les plans quinquennaux (le premier en 1928) fixent des objectifs de production : l'URSS s'industrialise à marche forcée (aciéries, barrages, usines de tracteurs). Dans les campagnes, la collectivisation (1929-1933) supprime la propriété privée : les paysans doivent rejoindre des fermes collectives, les kolkhozes. Les paysans aisés, les koulaks, sont déportés ou tués ; la résistance paysanne et les réquisitions provoquent une famine qui fait au moins 4 millions de morts en Ukraine (Holodomor), au Kazakhstan et dans le Caucase en 1932-1933.
La propagande fait de Staline le « petit père des peuples », guide infaillible, dont le portrait est partout : c'est le culte de la personnalité. L'Histoire est réécrite, les photographies retouchées pour effacer les disparus.
L'Italie fasciste de Mussolini, premier « État totalitaire »
Dans une Italie déçue par la « victoire mutilée » et secouée par les grèves, Benito Mussolini fonde en 1919 les Faisceaux de combat, dont les chemises noires attaquent syndicats et socialistes. Après la marche sur Rome (octobre 1922), le roi Victor-Emmanuel III le nomme chef du gouvernement.
Entre 1925 et 1926, les lois fascistissimes installent la dictature : partis interdits sauf le Parti national fasciste, presse contrôlée, police politique (OVRA), opposants emprisonnés ou assignés à résidence sur des îles (le confino). Mussolini, le Duce, résume son projet en 1925 : « Tout dans l'État, rien en dehors de l'État, rien contre l'État ».
Le régime encadre la société : jeunesse dans les Balilla, loisirs organisés, économie corporatiste (patrons et ouvriers réunis sous contrôle de l'État), accords du Latran avec le pape (1929). Il exalte la Rome antique et la conquête : Éthiopie envahie en 1935-1936.
L'Allemagne nazie : la dictature d'Hitler (1933-1939)
Une prise de pouvoir légale. Le parti nazi (NSDAP) d'Adolf Hitler, marginal en 1928, profite de la crise : premier parti d'Allemagne en 1932, sans majorité. Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg nomme Hitler chancelier. En quelques mois, la démocratie de Weimar est détruite : l'incendie du Reichstag (27 février) sert de prétexte pour suspendre les libertés ; les pleins pouvoirs sont votés le 23 mars ; les partis et syndicats sont dissous (juillet 1933). La Nuit des longs couteaux (30 juin 1934) élimine les rivaux internes ; à la mort de Hindenburg (août 1934), Hitler cumule tous les pouvoirs : il est le Führer.
La communauté du peuple (Volksgemeinschaft) doit être unie derrière le Führer : grands travaux (autoroutes), réarmement qui fait reculer le chômage, fêtes de masse, Jeunesses hitlériennes obligatoires (1936). Ceux qui n'en font pas partie — opposants, Juifs, « asociaux » — sont exclus ou enfermés.
Encadrer, embrigader, terroriser
Les trois régimes utilisent les mêmes outils pour fabriquer un « homme nouveau » et étouffer toute opposition.
| URSS | Italie | Allemagne | |
|---|---|---|---|
| Chef et titre | Staline, le « petit père des peuples » | Mussolini, le Duce | Hitler, le Führer |
| Parti unique | Parti communiste (PCUS) | Parti national fasciste | NSDAP |
| Jeunesse | Komsomol, pionniers | Balilla | Jeunesses hitlériennes |
| Police politique | NKVD | OVRA | Gestapo ; SS de Himmler |
| Camps | Goulag | confino (îles Lipari) | Camps de concentration (Dachau, 1933) |
La propagande occupe tout l'espace : presse et radio d'État, affiches, cinéma (Leni Riefenstahl filme le congrès de Nuremberg en 1934), architecture monumentale, sport, défilés. Le ministre nazi Goebbels organise dès mai 1933 des autodafés de livres « non allemands ». À l'école, les manuels sont réécrits ; à l'usine et dans les loisirs, chacun est encadré.
Les victimes des totalitarismes
En URSS, les cibles changent avec le temps : « ennemis de classe » (koulaks, prêtres, anciens bourgeois), puis cadres du Parti et de l'armée pendant la Grande Terreur, peuples entiers déportés. Bilan des années 1930 : des millions de morts par la famine, les exécutions et le Goulag.
En Allemagne, la persécution des Juifs (environ 500 000 personnes, moins de 1 % de la population) est progressive : boycott des commerces (avril 1933), exclusion de la fonction publique, lois de Nuremberg (septembre 1935) qui leur retirent la citoyenneté et interdisent les mariages « mixtes », Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938) : synagogues incendiées, magasins pillés, 30 000 hommes envoyés en camp. La moitié des Juifs allemands émigrent avant 1939. Sont aussi persécutés les opposants (communistes, socialistes, syndicalistes), les Tsiganes, les homosexuels, les Témoins de Jéhovah, et les personnes handicapées, assassinées à partir de 1939 (programme « T4 »).
En Italie, la violence est réelle mais moins massive : le député socialiste Matteotti est assassiné en 1924, le communiste Gramsci meurt après dix ans de prison, des milliers d'opposants sont exilés ou relégués.
Des démocraties fragilisées : la France du Front populaire
Face aux dictatures, les démocraties doutent. En France, la crise arrive en 1931 : chômage, faillites, scandales. Le 6 février 1934, des ligues d'extrême droite manifestent violemment devant la Chambre des députés (15 morts) : la gauche craint un coup de force fasciste et s'unit.
L'expérience s'essouffle dès 1937 (difficultés financières, opposition de la droite, division sur la guerre d'Espagne) et s'achève en 1938. Mais elle a montré qu'une démocratie pouvait répondre à la crise sans renoncer aux libertés.
Reculer devant les dictateurs. Pendant ce temps, la SDN ne réagit ni à l'invasion de l'Éthiopie (1935) ni à la remilitarisation de la Rhénanie (mars 1936). Allemagne et Italie soutiennent Franco dans la guerre d'Espagne (1936-1939), l'URSS aide la République. En 1938, Hitler annexe l'Autriche (Anschluss, mars) puis obtient les Sudètes à la conférence de Munich (septembre), où France et Royaume-Uni cèdent pour éviter la guerre. Le pacte germano-soviétique (23 août 1939) ouvre la voie à l'invasion de la Pologne.
- Un régime totalitaire = parti unique + chef adulé + idéologie officielle + propagande et embrigadement + terreur.
- URSS : Staline (vers 1929-1953) — plans quinquennaux, collectivisation, famine de 1932-1933, Grande Terreur, Goulag.
- Italie : Mussolini (1922-1943) — marche sur Rome, lois fascistissimes, Duce, chemises noires.
- Allemagne : Hitler (1933-1945) — chancelier le 30 janvier 1933, pleins pouvoirs, Führer en 1934 ; racisme, antisémitisme (Nuremberg 1935, Nuit de Cristal 1938), espace vital.
- Même outillage : jeunesse embrigadée, police politique, camps, culte du chef.
- Démocraties fragilisées : 6 février 1934, Front populaire (1936 : congés payés, 40 heures), reculs face à Hitler (Munich, 1938).
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