Une nouvelle donne géopolitique : bipolarisation et émergence du tiers-monde
Guerre froide (1947-début des années 1970), crises de Berlin et Cuba, décolonisations, Bandung, non-alignement (programme d'histoire de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en terminale sur « Une nouvelle donne géopolitique : bipolarisation et émergence du tiers-monde » suit le programme officiel d'histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : 1947 : la rupture qui fait naître un monde bipolaire, Deux blocs organisés, armés et idéologiques (1948-1957), Berlin, symbole de la Guerre froide (1948-1963), Des guerres chaudes à la périphérie : Corée, puis Cuba. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — La doctrine Truman : « soutenir les peuples libres »
Facile
Discours officiel (message du président au Congrès) · Harry S. Truman, message spécial au Congrès sur la Grèce et la Turquie, Washington, 12 mars 1947 (extraits, traduction).
En février 1947, le Royaume-Uni, épuisé par la guerre, annonce qu'il ne peut plus soutenir la Grèce et la Turquie. Le président démocrate Harry Truman demande alors au Congrès, à majorité républicaine, 400 millions de dollars d'aide à ces deux pays.
« Les États-Unis ont reçu du gouvernement grec un appel urgent à une aide financière et économique. [...] L'existence même de l'État grec est aujourd'hui menacée par les activités terroristes de plusieurs milliers d'hommes armés, dirigés par des communistes, qui défient l'autorité du gouvernement en plusieurs points, en particulier le long des frontières du Nord. [...] À l'heure actuelle de l'histoire du monde, presque toutes les nations doivent choisir entre deux modes de vie. Trop souvent, ce choix n'est pas libre. L'un de ces modes de vie est fondé sur la volonté de la majorité. Il se distingue par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, des garanties de la liberté individuelle, la liberté de parole et de religion, et l'absence d'oppression politique. Le second mode de vie est fondé sur la volonté d'une minorité imposée par la force à la majorité. Il s'appuie sur la terreur et l'oppression, une presse et une radio contrôlées, des élections truquées et la suppression des libertés individuelles. Je crois que les États-Unis doivent avoir pour politique de soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d'asservissement par des minorités armées ou par des pressions extérieures. [...] Je crois que notre aide doit être avant tout économique et financière [...]. Les germes des régimes totalitaires sont nourris par la misère et le besoin. Ils se répandent et grandissent sur le sol mauvais de la pauvreté et de la discorde. Ils atteignent leur plein développement lorsque l'espoir d'un peuple en une vie meilleure est mort. »
Après avoir présenté le document, montrez comment ce discours traduit l'entrée des États-Unis dans la Guerre froide.
Présentez le document : son auteur, son destinataire et son contexte.
Quels sont les deux « modes de vie » décrits par Truman ? Qui désignent-ils ?
Quelle politique Truman propose-t-il, et par quels moyens ?
En quoi ce discours marque-t-il une rupture ? Comment l'URSS y répond-elle ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait du message adressé par le président des États-Unis Harry S. Truman au Congrès, le 12 mars 1947. Truman, président depuis la mort de Roosevelt en avril 1945, demande aux parlementaires de voter une aide de 400 millions de dollars à la Grèce et à la Turquie. Le moment est celui de la rupture de la Grande Alliance : la Grèce est en pleine guerre civile contre des insurgés que le texte décrit comme « plusieurs milliers d'hommes armés, dirigés par des communistes », et le Royaume-Uni, qui soutenait Athènes, vient de renoncer faute de moyens. Le discours s'adresse au Congrès mais aussi, au-delà, à l'opinion américaine et au monde entier.
2. Truman oppose deux « modes de vie ». Le premier, « fondé sur la volonté de la majorité », repose sur « des institutions libres », « des élections libres » et « la liberté de parole et de religion » : c'est la démocratie libérale incarnée par les États-Unis. Le second repose sur « la terreur et l'oppression », « une presse et une radio contrôlées » et « des élections truquées » : sans le nommer, Truman désigne le modèle soviétique et les régimes que Moscou installe en Europe de l'Est. En affirmant que « presque toutes les nations doivent choisir », il décrit un monde coupé en deux : c'est déjà une lecture bipolaire.
3. Truman propose de « soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d'asservissement par des minorités armées ou par des pressions extérieures » : c'est la politique d'endiguement (containment) de l'expansion communiste. Le moyen privilégié est une aide « avant tout économique et financière », car « les germes des régimes totalitaires sont nourris par la misère et le besoin » : combattre la pauvreté, c'est priver le communisme de son terreau. Cette logique annonce le plan Marshall, proposé moins de trois mois plus tard, le 5 juin 1947.
4. Ce discours marque une rupture : les États-Unis, revenus à l'isolationnisme après 1919, s'engagent désormais durablement hors de leur continent, en temps de paix, contre un ancien allié. Moscou y voit une déclaration de guerre idéologique. En septembre 1947, lors de la fondation du Kominform, Andreï Jdanov répond en opposant un camp « impérialiste et antidémocratique » dirigé par les États-Unis à un camp « anti-impérialiste et démocratique » dirigé par l'URSS. La doctrine Truman et la doctrine Jdanov sont ainsi les deux actes de naissance de la bipolarisation : chacun des deux Grands accepte l'idée d'un monde partagé en deux camps.
Ce que cette analyse apprend — Présenter un discours, c'est relier l'auteur, la date et le destinataire à la décision qu'il veut obtenir ; l'interpréter, c'est montrer ce que les mots choisis révèlent de la vision du monde.
Document 2 — L'ONU, miroir des décolonisations (1945-1970)
Moyen
Tableau statistique · D'après Organisation des Nations unies, « Croissance du nombre d'États Membres de l'Organisation des Nations Unies de 1945 à nos jours » (dates d'admission des États, 1945-1970).
L'ONU, fondée en 1945 par 51 États, repose sur deux organes : le Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d'un droit de veto sur les admissions, et l'Assemblée générale, où chaque État a une voix.
Année
Nombre d'États membres de l'ONU
Variation sur cinq ans
1945
51
(membres fondateurs)
1950
60
+ 9
1955
76
+ 16
1960
99
+ 23
1965
117
+ 18
1970
127
+ 10
Note 1. Aucun État n'est admis entre octobre 1950 et décembre 1955. Le 14 décembre 1955, seize États sont admis le même jour, parmi lesquels l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, l'Albanie, le Laos, le Cambodge, Ceylan et la Libye.
Note 2. En 1960, dix-sept États sont admis : seize États africains (Cameroun, Togo, Madagascar, Somalie, Congo-Léopoldville, Dahomey, Niger, Haute-Volta, Côte d'Ivoire, Tchad, Congo-Brazzaville, Gabon, République centrafricaine, Sénégal, Mali, Nigeria) et Chypre.
En vous appuyant sur le tableau et sur vos connaissances, montrez que l'évolution du nombre d'États membres de l'ONU révèle à la fois la Guerre froide et l'émergence du tiers-monde.
Décrivez l'évolution du nombre d'États membres de 1945 à 1970 en distinguant des phases.
Expliquez la hausse de l'année 1960 à l'aide de la note 2.
Pourquoi la hausse de 1955 ne s'explique-t-elle pas d'abord par la décolonisation ? (note 1)
Montrez comment ces nouveaux membres transforment l'ONU, puis indiquez une limite de ce document.
Voir la réponse rédigée
1. Le nombre d'États membres de l'ONU est multiplié par près de 2,5 en vingt-cinq ans, passant de 51 en 1945 à 127 en 1970. On distingue trois phases. De 1945 à 1955, la croissance est lente (+ 25 États en dix ans) et même bloquée entre 1950 et 1955. De 1955 à 1965, elle s'accélère fortement (+ 41 États en dix ans), avec un maximum entre 1955 et 1960 (+ 23). De 1965 à 1970, elle ralentit (+ 10), la plupart des grands empires coloniaux ayant déjà disparu.
2. En 1960, dix-sept États sont admis, dont seize africains : c'est l'« année de l'Afrique ». La note montre qu'il s'agit surtout d'anciennes colonies françaises d'Afrique subsaharienne (Sénégal, Côte d'Ivoire, Tchad, Gabon...) et de territoires sous tutelle (Cameroun, Togo), mais aussi du Congo belge (Congo-Léopoldville), de la Somalie et du Nigeria britannique. L'ONU enregistre ainsi, presque en temps réel, la seconde vague des décolonisations, africaine après la vague asiatique des années 1945-1949.
3. La hausse de 1955 correspond à une admission groupée de seize États le même jour. Parmi eux, on trouve des pays européens anciens (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) et des démocraties populaires (Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Albanie), à côté de quelques États asiatiques et africains récemment indépendants (Laos, Cambodge, Ceylan, Libye). Depuis 1950, chacun des deux Grands bloquait au Conseil de sécurité les candidats proches de l'autre camp : l'admission de 1955 résulte d'un compromis entre les blocs. C'est donc d'abord la Guerre froide qui explique à la fois le blocage de 1950-1955 et le déblocage de 1955.
4. À l'Assemblée générale, où chaque État a une voix, les nouveaux États d'Asie et d'Afrique deviennent, avec les États d'Amérique latine, majoritaires. Ils font de l'ONU une tribune anticoloniale : dès le 14 décembre 1960, l'Assemblée adopte la résolution 1514 sur « l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux », et en 1964 les pays du Sud forment le Groupe des 77 à la première CNUCED. Mais le document a ses limites : il ne montre ni le Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents gardent le veto, ni les guerres qui ont précédé certaines indépendances, ni la dépendance économique qui les suit.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique, c'est calculer des évolutions, découper des phases et expliquer chaque rupture par un événement daté, puis dire ce que les chiffres ne montrent pas.
Document 3 — La crise de Cuba vue par un caricaturiste britannique
Moyen
Caricature de presse (dessin) · Leslie Illingworth, « OK Mr President, let's talk », dessin paru dans le Daily Mail, Londres, 29 octobre 1962.
Le dessin paraît le lendemain du 28 octobre 1962, jour où Khrouchtchev accepte de retirer les missiles installés à Cuba. Leslie Illingworth est alors l'un des caricaturistes politiques les plus connus de la presse britannique.
Description du document. Dessin en noir et blanc. Deux hommes sont assis face à face, chacun sur une énorme bombe nucléaire. L'un, chauve et trapu, est Nikita Khrouchtchev, dirigeant de l'URSS ; l'autre, reconnaissable à sa chevelure et à son visage jeune, est John F. Kennedy, président des États-Unis. Ils sont engagés dans un bras de fer, les avant-bras dressés et les mains serrées, le visage crispé et couvert de sueur. De leur main libre, chacun se tient prêt à appuyer sur un bouton de mise à feu. Aucun des deux ne prend le dessus. La légende, en anglais, fait parler Khrouchtchev : « OK Mr President, let's talk » (« D'accord, monsieur le Président, parlons »).
Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il révèle de la crise de Cuba et de ses conséquences, en portant un regard critique sur ce point de vue.
Présentez le document : auteur, date, contexte de publication.
Décrivez la posture des deux personnages et interprétez chacun de ses éléments.
Expliquez la légende : à quel dénouement renvoie-t-elle ?
Quel regard le dessinateur britannique porte-t-il sur la crise ? Quelles sont les limites de ce point de vue ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une caricature de Leslie Illingworth, dessinateur du quotidien londonien Daily Mail, publiée le 29 octobre 1962. Elle paraît au lendemain de la fin de la crise des missiles de Cuba : des photographies prises par un avion espion U-2 avaient révélé, le 14 octobre, l'installation de missiles soviétiques à Cuba ; le 22 octobre, Kennedy avait annoncé une « quarantaine » navale de l'île ; le 28 octobre, Khrouchtchev a accepté de retirer les missiles.
2. Les deux dirigeants sont « assis sur des bombes nucléaires » : le dessinateur montre que leur puissance repose sur l'arsenal atomique, mais aussi qu'ils sont eux-mêmes menacés par lui. Le bras de fer figure l'épreuve de force d'octobre 1962 ; comme aucun des deux ne l'emporte, il traduit l'égalité des forces, c'est-à-dire l'équilibre de la terreur. La sueur et les visages crispés disent la peur, et la main posée près du bouton de mise à feu rappelle qu'un seul geste peut déclencher l'apocalypse : la crise a bien été le paroxysme de la Guerre froide, le moment où elle a failli devenir une guerre nucléaire.
3. La légende, « D'accord, monsieur le Président, parlons », fait de Khrouchtchev celui qui cède le premier et propose la négociation. Elle renvoie au dénouement du 28 octobre : l'URSS retire ses missiles en échange de l'engagement américain de ne pas envahir Cuba. Le dessinateur ignore en revanche la concession américaine restée secrète, le retrait des missiles Jupiter de Turquie : la négociation a été réciproque. Le mot « parlons » annonce aussi la suite : la détente, avec le téléphone rouge (juin 1963) et le traité de Moscou sur les essais nucléaires (août 1963).
4. Le regard du dessinateur est celui d'un Européen soulagé mais inquiet : l'Europe, qui aurait été le premier champ de bataille d'une guerre nucléaire, n'apparaît pas ; elle assiste en spectatrice à un duel qui se joue sans elle. La caricature a toutefois ses limites. Elle réduit la crise à un face-à-face entre deux hommes, alors que les états-majors, les conseillers et la diplomatie ont pesé. Surtout, Fidel Castro est absent du dessin, alors que le sort de Cuba était en jeu : c'est d'ailleurs sans lui que l'accord a été conclu, ce qui montre que les petits pays restent, en 1962, des pions de la bipolarisation.
Ce que cette analyse apprend — Analyser une caricature, c'est décrire chaque élément avant de l'interpréter, confronter le dessin aux faits, puis situer le point de vue du dessinateur et ce qu'il laisse hors du cadre.
Document 4 — Bandung, le tiers-monde prend la parole
Difficile
Extrait de texte officiel (communiqué diplomatique d'époque) · Communiqué final de la conférence afro-asiatique de Bandung (Indonésie), adopté le 24 avril 1955 : extraits des parties « Problèmes des peuples dépendants » et « Déclaration sur la promotion de la paix et de la coopération mondiales » (traduction).
Du 18 au 24 avril 1955, 29 États d'Asie et d'Afrique se réunissent à Bandung, à l'invitation de l'Indonésie, de l'Inde, du Pakistan, de la Birmanie et de Ceylan. Le communiqué, adopté à l'unanimité, s'adresse aux puissances coloniales, aux deux Grands et à l'opinion mondiale.
« La conférence afro-asiatique a examiné les problèmes des peuples dépendants et du colonialisme, ainsi que les maux qui résultent de la soumission des peuples à l'assujettissement, à la domination et à l'exploitation étrangers. La conférence est d'accord : a) pour déclarer que le colonialisme, dans toutes ses manifestations, est un mal auquel il doit être rapidement mis fin ; b) pour affirmer que la soumission des peuples à l'assujettissement, à la domination et à l'exploitation étrangers constitue une négation des droits fondamentaux de l'homme, est contraire à la Charte des Nations unies et empêche de favoriser la paix et la coopération mondiales ; c) pour déclarer qu'elle soutient la cause de la liberté et de l'indépendance de tous ces peuples ; d) pour appeler les puissances concernées à accorder la liberté et l'indépendance à ces peuples. [...] Libérées de la méfiance et de la peur, animées de confiance et de bonne volonté les unes envers les autres, les nations devraient pratiquer la tolérance, vivre ensemble en paix comme de bons voisins et développer une coopération amicale sur la base des principes suivants : [...] 2. Respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de toutes les nations. 3. Reconnaissance de l'égalité de toutes les races et de l'égalité de toutes les nations, grandes et petites. 4. Abstention de toute intervention ou ingérence dans les affaires intérieures d'un autre pays. 5. Respect du droit de chaque nation de se défendre seule ou collectivement, conformément à la Charte des Nations unies. 6. a) Refus de recourir à des arrangements de défense collective destinés à servir les intérêts particuliers de l'une quelconque des grandes puissances ; b) refus, par tout pays, d'exercer des pressions sur d'autres pays. [...] »
Après avoir présenté le document, montrez qu'il exprime l'affirmation d'un nouvel acteur des relations internationales, tout en révélant les ambiguïtés de celui-ci.
Présentez le document et ses auteurs.
Comment le colonialisme est-il condamné ? Sur quelles références le texte s'appuie-t-il ?
Montrez que les principes 4 et 6 visent la logique des blocs. Pourquoi le principe 5 la nuance-t-il ?
En quoi Bandung marque-t-il l'émergence du tiers-monde ? Quelles en sont les limites ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait du communiqué final de la conférence afro-asiatique de Bandung, adopté le 24 avril 1955. Ses auteurs sont collectifs : les délégations de 29 États d'Asie et d'Afrique, pour la plupart récemment indépendants, réunies à l'initiative de cinq pays d'Asie (Indonésie, Inde, Pakistan, Birmanie, Ceylan). Parmi les principaux participants figurent Sukarno, président indonésien et hôte de la conférence, Nehru (Inde), Nasser (Égypte) et Zhou Enlai (Chine populaire). C'est la première grande conférence internationale réunie sans les Européens ni les deux Grands.
2. La condamnation est sans nuance : « le colonialisme, dans toutes ses manifestations, est un mal auquel il doit être rapidement mis fin ». Le texte définit la domination coloniale par trois mots, « assujettissement, domination et exploitation », et en fait une « négation des droits fondamentaux de l'homme ». Il s'appuie sur la « Charte des Nations unies », qui affirme depuis 1945 le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : les anciens colonisés retournent contre les puissances coloniales les principes qu'elles ont elles-mêmes signés. La formule « dans toutes ses manifestations » est un compromis : certaines délégations, comme celle de Ceylan, voulaient y inclure la domination soviétique en Europe de l'Est, ce que la Chine refusait.
3. Le principe 4 (« abstention de toute intervention ou ingérence ») répond aux pressions des deux Grands sur les États faibles. Le principe 6 a) condamne les « arrangements de défense collective » qui servent « les intérêts particuliers » des grandes puissances : il vise les pactes conclus par Washington autour du monde communiste, comme l'OTASE (1954) ou le pacte de Bagdad (février 1955). Mais le principe 5 reconnaît « le droit de chaque nation de se défendre seule ou collectivement » : cette concession permet au Pakistan, à la Turquie ou aux Philippines, alliés des États-Unis, de signer le texte. Bandung critique donc la logique des blocs sans pouvoir l'interdire.
4. Bandung marque l'émergence du tiers-monde, nommé par Alfred Sauvy en 1952 : pour la première fois, des peuples anciennement colonisés parlent d'une seule voix et exigent « l'égalité de toutes les nations, grandes et petites ». Mais cette unité a ses limites. Les participants sont hétérogènes : on y trouve un État communiste (la Chine), des alliés de Washington et des pays neutralistes comme l'Inde. La conférence ne crée aucune institution : le mouvement des non-alignés ne naît qu'à Belgrade, en septembre 1961. Enfin, les rivalités demeurent : sept ans plus tard, l'Inde et la Chine, présentes à Bandung, se font la guerre (octobre-novembre 1962).
Ce que cette analyse apprend — Face à un texte diplomatique, il faut repérer les compromis cachés dans les formules et expliquer pourquoi chaque signataire a pu les accepter.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.