Deuxième ZEE mondiale, outre-mer, ports (Le Havre, Marseille), marine nationale, ressources, limites (programme de géographie de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « La France : une puissance maritime ? » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Un espace maritime immense : la deuxième ZEE du monde, Des façades et des ports insérés dans la mondialisation, Des ressources à valoriser… et à protéger, Une puissance navale, stratégique et diplomatique. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Un espace maritime dispersé sur tous les océans
Facile
Tableau statistique · Valeurs arrondies d'après le SHOM (portail national des limites maritimes) pour les superficies et l'INSEE pour les populations, données 2023.
Le SHOM, service de la Marine nationale, publie les limites des espaces maritimes français fixées par la loi de 1976, les décrets qui l'appliquent et les accords avec les États voisins. Le tableau croise ces superficies avec la population de chaque territoire.
Territoire
Océan
ZEE (millions de km², arrondi)
Part de la ZEE française
Population (ordre de grandeur)
Polynésie française
Pacifique
4,8
47 %
280 000
Terres australes (Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam)
Les parts sont arrondies ; leur somme peut différer légèrement de 100 %.
En analysant le document, montrez que la puissance maritime française repose sur l'outre-mer et identifiez les défis que pose cette répartition.
Présentez le document et calculez la part de la ZEE française située outre-mer.
Quels territoires fournissent l'essentiel de la ZEE ? Localisez-les par océan.
Comparez la répartition de la ZEE et celle de la population. Que constatez-vous ?
Montrez que cette répartition est à la fois un atout et un défi pour la France.
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique, établi d'après les données du SHOM et de l'INSEE (2023), répartit la zone économique exclusive française, d'environ 10,2 millions de km², entre les territoires qui la génèrent. La métropole n'en fournit que 0,35 million de km², soit 3,5 % : l'outre-mer représente donc près de 97 % de la ZEE française (10,2 − 0,35 = 9,85 millions de km²).
2. Trois ensembles dominent. La Polynésie française, dans le Pacifique, fournit à elle seule 4,8 millions de km², soit près de la moitié (47 %) ; ses 118 îles dispersées sur une surface comparable à celle de l'Europe multiplient les cercles de 200 milles. Viennent ensuite les Terres australes (1,7 million de km², océans Indien et Austral) et la Nouvelle-Calédonie (1,4 million de km², Pacifique). À eux trois, ces territoires dépassent les trois quarts du total (78 %). Le Pacifique, avec en plus Clipperton et Wallis-et-Futuna, concentre environ les deux tiers de la ZEE.
3. Les deux répartitions sont inversées. La métropole rassemble 66 millions d'habitants mais 3,5 % de la ZEE ; à l'inverse, les Terres australes, les îles Éparses et Clipperton, sans population permanente, fournissent ensemble 27 % de la ZEE. Des îles minuscules et isolées, comme Clipperton (0,43 million de km²), ouvrent des espaces plus vastes que ceux de la métropole. La ZEE française est donc largement une mer sans hommes, éloignée des ports et des centres de décision.
4. C'est un atout : grâce à ces îles, la France est présente dans tous les grands océans, dispose de ressources potentielles (pêche, fonds marins) et d'un poids diplomatique mondial, notamment dans l'Indo-Pacifique. C'est aussi un défi : surveiller des millions de km² sans population ni port proche exige des navires et des avions coûteux ; des îles inhabitées sont revendiquées par des voisins (les îles Éparses par Madagascar, Tromelin par Maurice) ou discutées au regard du droit de la mer (Clipperton) ; enfin, l'avenir politique de certains territoires peuplés, comme la Nouvelle-Calédonie, reste débattu. La puissance que procure cet espace dépend donc de la capacité de l'État à l'occuper, à le surveiller et à le mettre en valeur.
Ce que cette analyse apprend — Transformer un tableau en raisonnement : calculer une part, comparer deux colonnes, puis interpréter l'écart entre l'espace et les hommes.
Document 2 — Le droit de la mer, fondement et limite de l'espace maritime français
Moyen
Extraits d'un traité international · Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay (Jamaïque) le 10 décembre 1982, articles 56, 57, 76 et 121 (version française officielle) ; ratifiée par la France en 1996.
Négociée pendant près de dix ans lors de la troisième conférence des Nations unies sur le droit de la mer, la convention est signée en 1982 et entre en vigueur en 1994. La France, qui avait créé sa ZEE dès 1976, la ratifie en 1996.
Article 56 – Droits, juridiction et obligations de l'État côtier dans la zone économique exclusive. 1. Dans la zone économique exclusive, l'État côtier a : a) des droits souverains aux fins d'exploration et d'exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux surjacentes aux fonds marins, des fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu'en ce qui concerne d'autres activités tendant à l'exploration et à l'exploitation de la zone à des fins économiques, telles que la production d'énergie à partir de l'eau, des courants et des vents ; b) juridiction [...] en ce qui concerne : i) la mise en place et l'utilisation d'îles artificielles, d'installations et d'ouvrages ; ii) la recherche scientifique marine ; iii) la protection et la préservation du milieu marin [...].
Article 57 – Largeur de la zone économique exclusive. La zone économique exclusive ne s'étend pas au-delà de 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale.
Article 76 – Définition du plateau continental. 1. Le plateau continental d'un État côtier comprend les fonds marins et leur sous-sol au-delà de sa mer territoriale, sur toute l'étendue du prolongement naturel du territoire terrestre de cet État jusqu'au rebord externe de la marge continentale, ou jusqu'à 200 milles marins des lignes de base [...] lorsque le rebord externe de la marge continentale se trouve à une distance inférieure.
Article 121 – Régime des îles. 1. Une île est une étendue naturelle de terre entourée d'eau qui reste découverte à marée haute. 2. Sous réserve du paragraphe 3, la mer territoriale, la zone contiguë, la zone économique exclusive et le plateau continental d'une île sont délimités conformément aux dispositions de la Convention applicables aux autres territoires terrestres. 3. Les rochers qui ne se prêtent pas à l'habitation humaine ou à une vie économique propre n'ont pas de zone économique exclusive ni de plateau continental.
En analysant le document, montrez comment le droit de la mer fonde l'espace maritime français, puis en quoi il en fixe les limites.
Présentez le document : nature, date, portée.
Quels droits l'article 56 accorde-t-il à la France dans sa ZEE ? Quelle est leur limite ?
Expliquez comment l'article 76 a permis à la France d'étendre ses droits au-delà de 200 milles.
En quoi l'article 121 explique-t-il l'étendue de la ZEE française, et en quoi peut-il la fragiliser ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'extraits de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay le 10 décembre 1982, entrée en vigueur en 1994 et ratifiée par la France en 1996. C'est un traité multilatéral, ratifié par la grande majorité des États : il fixe les règles qui délimitent les espaces maritimes et les droits des États côtiers. Pour la France, il consacre en droit international la ZEE qu'elle avait créée par la loi du 16 juillet 1976.
2. L'article 56 accorde à l'État côtier des « droits souverains » sur l'« exploration » et l'« exploitation » des ressources « biologiques ou non biologiques » de l'eau, des fonds et du sous-sol : pour la France, cela concerne la pêche (légine des Kerguelen, thon), les minerais des grands fonds et la « production d'énergie à partir de l'eau, des courants et des vents », c'est-à-dire l'éolien en mer, comme le parc de Saint-Nazaire mis en service en 2022. Il lui donne aussi juridiction sur la recherche scientifique et la « protection et la préservation du milieu marin », base juridique des aires marines protégées. Mais ces droits portent sur les ressources : ce ne sont pas des droits de pleine souveraineté. Les autres États conservent dans la ZEE la liberté de navigation et de survol : la ZEE n'est pas un territoire.
3. L'article 57 borne la ZEE à 200 milles, mais l'article 76 définit le plateau continental comme le « prolongement naturel du territoire terrestre » jusqu'au « rebord externe de la marge continentale ». Un État peut donc obtenir des droits sur les fonds au-delà de 200 milles s'il prouve ce prolongement par des données géologiques. C'est l'objet du programme français EXTRAPLAC, lancé en 2002 : ses dossiers, examinés par la Commission des limites du plateau continental, ont conduit aux décrets de 2015 qui fixent plus de 500 000 km² de plateau étendu au large de la Guyane, des Antilles, de la Nouvelle-Calédonie et des Kerguelen. Ces droits ne portent que sur le sol et le sous-sol, non sur l'eau.
4. Selon l'article 121, une île, même petite, génère les mêmes espaces maritimes qu'un continent : c'est ce qui explique que la France, grâce à des îles dispersées, possède la deuxième ZEE du monde. Mais le paragraphe 3 prive de ZEE les « rochers qui ne se prêtent pas à l'habitation humaine ou à une vie économique propre ». Or plusieurs territoires français sont inhabités : Clipperton, atoll du Pacifique attribué à la France par un arbitrage de 1931, fournit à lui seul environ 430 000 km² de ZEE. Si sa qualification d'île était contestée devant une juridiction internationale, cet espace pourrait être remis en cause. Le droit qui fonde la puissance maritime française en fixe donc aussi la fragilité : il oblige l'État à justifier et à entretenir sa présence.
Ce que cette analyse apprend — Lire un texte juridique en géographe : appliquer chaque article à des lieux et à des faits précis, puis en tirer une limite.
Document 3 — Les façades et les grands ports de la France métropolitaine
Moyen
Carte thématique (description détaillée) · Carte construite pour l'exercice ; trafics arrondis d'après SDES (ministère chargé des Transports), Chiffres clés du transport, édition 2024, et les bilans annuels des ports de Rotterdam et d'Anvers-Bruges, 2023.
La carte présente l'organisation portuaire de la métropole au début des années 2020, après la création d'HAROPA Port (2021), et la replace à l'échelle du range nord-européen. Elle intègre les fonctions militaires, énergétiques et environnementales des littoraux.
Fond de carte : la France métropolitaine et ses abords (Benelux, sud de l'Angleterre, Méditerranée occidentale). Les trois façades (Manche–mer du Nord, Atlantique, Méditerranée) sont soulignées par un liseré de couleur différente.
1. Les ports de commerce (cercles proportionnels au trafic total, ordres de grandeur du début des années 2020) : • plus de 50 millions de tonnes (Mt) : Marseille-Fos, Le Havre ; • de 20 à 50 Mt : Dunkerque, Nantes-Saint-Nazaire, Rouen ; • moins de 20 Mt : La Rochelle, Bordeaux, Sète, Brest. Hors de France, deux cercles beaucoup plus gros : Rotterdam (plus de 400 Mt) et Anvers-Bruges (plus de 250 Mt). Calais porte un symbole spécifique : premier port français de voyageurs (transmanche).
2. Les axes : flèche épaisse Le Havre–Rouen–Paris (axe Seine, HAROPA Port) ; flèche Marseille–Lyon (vallée du Rhône) ; tireté « canal Seine-Nord Europe, en travaux » entre l'Oise et le canal Dunkerque-Escaut ; faisceau de flèches maritimes très dense dans le détroit du Pas-de-Calais.
3. Les autres fonctions du littoral : ancres pour les bases navales (Brest et l'Île Longue, Toulon, Cherbourg) ; symboles d'éoliennes pour les parcs en mer en service (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp) ; hachures pour les zones industrialo-portuaires (Fos, Dunkerque, estuaire de la Seine) ; aplat vert pour le parc naturel marin d'Iroise.
Encart : trafic de conteneurs, en millions d'EVP (ordres de grandeur) : Rotterdam ≈ 13 à 14 ; Anvers-Bruges ≈ 12 à 13 ; Le Havre ≈ 3 ; Marseille-Fos ≈ 1,5.
En analysant la carte, montrez que les ports français sont des interfaces actives de la mondialisation, mais distancées à l'échelle européenne.
Décrivez la hiérarchie des ports français et la spécialisation des deux premiers.
Quel rôle jouent l'axe Seine et la vallée du Rhône ? Utilisez la notion d'hinterland.
Comparez les ports français à Rotterdam et à Anvers-Bruges. Comment expliquer l'écart ?
Montrez que les littoraux métropolitains assurent d'autres fonctions de puissance que le commerce.
Voir la réponse rédigée
1. Deux ports dominent, avec plus de 50 millions de tonnes chacun : Marseille-Fos, premier port français en tonnage, et Le Havre. Leurs profils diffèrent : Marseille-Fos doit son tonnage aux vracs (hydrocarbures) et à sa zone industrialo-portuaire, tandis que Le Havre est le premier port à conteneurs, avec environ 3 millions d'EVP contre 1,5 million pour Marseille-Fos. Suit un deuxième rang (Dunkerque, Nantes-Saint-Nazaire, Rouen), puis des ports secondaires (La Rochelle, Bordeaux, Sète, Brest). Calais se distingue par les voyageurs. Les trois façades sont donc équipées, mais la Manche–mer du Nord concentre le plus de grands ports.
2. L'hinterland est l'arrière-pays desservi par un port. L'axe Seine relie Le Havre et Rouen à Paris, premier bassin de consommation du pays : c'est pour l'organiser que les trois ports ont été réunis dans HAROPA Port en 2021. La vallée du Rhône joue le même rôle pour Marseille-Fos, vers Lyon et l'Europe centrale. Ces axes sont la condition du dynamisme des ports : un port vaut autant par ses liaisons terrestres que par ses quais.
3. Rotterdam (plus de 400 Mt, 13 à 14 millions d'EVP) et Anvers-Bruges (plus de 250 Mt, 12 à 13 millions d'EVP) traitent plusieurs fois le trafic des ports français : Le Havre manipule environ quatre fois moins de conteneurs qu'Anvers-Bruges. L'écart s'explique par l'hinterland : ces ports desservent par le Rhin et un réseau ferroviaire dense le cœur industriel de l'Europe, jusqu'à l'Allemagne, et captent même une partie des marchandises destinées à la France. Le tireté du canal Seine-Nord Europe, encore en travaux, souligne la faiblesse des liaisons fluviales françaises vers le nord de l'Europe. On peut ajouter des facteurs non cartographiés : fiabilité perturbée par des conflits sociaux, réformes tardives.
4. La carte montre des littoraux multifonctionnels. Les ancres de Brest, de l'Île Longue et de Toulon rappellent que la mer porte la dissuasion nucléaire et la projection des forces. Les parcs éoliens de Saint-Nazaire, Saint-Brieuc et Fécamp font de la mer un espace de production d'énergie décarbonée. Le parc naturel marin d'Iroise témoigne d'une fonction de protection. La puissance maritime française ne se résume donc pas au commerce portuaire, où elle est distancée : elle est aussi militaire, énergétique et environnementale.
Ce que cette analyse apprend — Lire une carte par sa légende : hiérarchiser les figurés, changer d'échelle (France, range nord-européen), puis relier la carte à ce qu'elle ne montre pas.
Document 4 — Marseille en 1754 : l'image d'une puissance maritime
Difficile
Tableau (document iconographique d'époque) · Claude Joseph Vernet, L'Intérieur du port de Marseille, vu du pavillon de l'Horloge du Parc, 1754, huile sur toile, série des Ports de France peinte pour Louis XV ; Paris, musée national de la Marine (dépôt du musée du Louvre).
En 1753, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi, commande à Joseph Vernet (1714-1789) une série de vues des ports du royaume pour Louis XV. La France sort de la guerre de Succession d'Autriche (1748) et entrera en 1756 dans la guerre de Sept Ans, qui l'oppose notamment à la Grande-Bretagne.
Description du tableau. Toile de grand format, en largeur, qui offre une vue panoramique du bassin du port de Marseille (l'actuel Vieux-Port) depuis l'un de ses bords.
Premier plan : un quai animé, occupé par une foule nombreuse et variée — négociants en habits soignés, marins, portefaix, femmes du peuple, promeneurs — au milieu de marchandises : ballots, caisses, tonneaux. Des scènes de travail (chargement, transport de charges) se mêlent à des scènes de conversation.
Second plan : le plan d'eau, encombré de navires à l'ancre ou à quai, de tailles diverses, dont les mâts et les vergues forment une forêt ; des embarcations plus petites circulent entre eux. Des pavillons flottent aux mâts.
Arrière-plan : les bâtiments de la ville qui entourent le port et, au loin, les reliefs qui dominent Marseille, sous un ciel lumineux.
Le peintre soigne à la fois l'exactitude topographique du lieu et le foisonnement des activités humaines. La série à laquelle appartient la toile compte quinze tableaux, peints entre 1753 et 1765, qui représentent notamment Marseille, Toulon, Bordeaux, Bayonne, La Rochelle et Rochefort.
En analysant ce document d'époque et en le confrontant à vos connaissances, montrez qu'il témoigne d'une ambition maritime ancienne de l'État, puis discutez ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas de la puissance maritime française.
Présentez le document : auteur, commanditaire, date, destination.
Que montre le tableau de l'activité du port de Marseille au XVIIIe siècle ?
Quelle image du royaume la commande royale cherche-t-elle à donner ?
Quelles sont les limites de cette représentation, en 1754 et au regard du port de Marseille aujourd'hui ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau est une huile sur toile de Joseph Vernet, peintre de marines reconnu, datée de 1754. Il appartient à la série des Ports de France commandée en 1753 par le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi, pour Louis XV : quinze toiles peintes entre 1753 et 1765. C'est donc une commande officielle, destinée au roi et exposée au public (plusieurs toiles de la série sont présentées au Salon) ; elle est aujourd'hui conservée au musée national de la Marine.
2. Le tableau montre un port densément actif : au premier plan, la foule du quai associe négociants, marins et portefaix, au milieu de ballots, de caisses et de tonneaux, signes d'un commerce abondant ; au second plan, la « forêt » de mâts d'un bassin encombré de navires. Il illustre la place de Marseille au XVIIIe siècle : port franc depuis l'édit de 1669 pris sous Colbert, elle domine le commerce du royaume avec le Levant (Empire ottoman) et, plus largement, avec la Méditerranée. Le port est aussi un espace social, où se côtoient toutes les conditions.
3. La commande a une fonction de propagande monarchique : en représentant les grands ports de commerce et de guerre du royaume, elle célèbre la richesse que la mer apporte à la France et la protection que lui assure la marine royale. Elle prolonge une politique maritime d'État engagée par Richelieu et par Colbert (ordonnance de la marine de 1681). L'exactitude topographique donne au tableau une valeur de document, mais la composition harmonieuse, la lumière et l'ordre de la foule construisent l'image d'un royaume prospère et pacifié.
4. L'image est partielle. En 1754, elle ne montre ni la dureté du travail portuaire, ni les épidémies (la peste de 1720 a tué une grande partie de la population marseillaise), ni surtout la rivalité avec la Grande-Bretagne : la guerre de Sept Ans (1756-1763) s'achève par le traité de Paris (1763), qui prive la France de l'essentiel de son premier empire colonial ; elle ne conserve alors en Amérique du Nord que Saint-Pierre-et-Miquelon, dont la ZEE actuelle est un héritage de cet épisode. La puissance mise en scène est donc fragile face à la première puissance navale du temps. Aujourd'hui, le Vieux-Port peint par Vernet est devenu un port de plaisance et un lieu touristique : le trafic marchand s'est déplacé vers les bassins de la Joliette au XIXe siècle, puis vers Fos, dont la zone industrialo-portuaire est aménagée à partir de la fin des années 1960. Marseille-Fos reste le premier port français en tonnage, mais pèse bien moins que Rotterdam. Le document rappelle ainsi que l'ambition maritime de l'État français est ancienne, et que l'écart entre l'image de la puissance et sa réalité l'est aussi.
Ce que cette analyse apprend — Critiquer un document iconographique : identifier la commande et son intention, séparer ce que l'image montre de ce qu'elle tait, puis le confronter au présent.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.