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Histoire-Géographie Terminale

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La construction européenne entre élargissement, approfondissement et remises en question

Maastricht, euro, élargissements de 2004-2007, traité de Lisbonne, crises, Brexit, euroscepticisme (programme d'histoire de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en terminale sur « La construction européenne entre élargissement, approfondissement et remises en question » suit le programme officiel d'histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : 1989-1992 : la fin de la guerre froide relance la construction européenne, Le traité de Maastricht (1992) : de la Communauté à l'Union, L'euro : réussites et difficultés, Schengen, le tunnel sous la Manche, Amsterdam : l'intégration au quotidien. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Les traités de l'Union européenne depuis 1992

Facile

Chronologie sous forme de tableau · Tableau construit pour l'exercice d'après les textes publiés au Journal officiel des Communautés européennes puis de l'Union européenne : C 191 du 29 juillet 1992 (Maastricht), C 340 du 10 novembre 1997 (Amsterdam), C 80 du 10 mars 2001 (Nice), C 310 du 16 décembre 2004 (traité constitutionnel), C 306 du 17 décembre 2007 (Lisbonne).

Depuis 1992, les États membres révisent les traités fondateurs à peu près tous les cinq ans. Chaque traité doit être ratifié par tous les États, par leur Parlement ou par référendum, selon leurs règles constitutionnelles.

TraitéSignatureEntrée en vigueurPrincipaux apportsRatification en France
Traité sur l'Union européenne (Maastricht)7 février 19921er novembre 1993Crée l'Union européenne et ses trois piliers ; citoyenneté européenne ; Union économique et monétaire et critères de convergence ; codécision ; subsidiaritéRévision de la Constitution (juin 1992), puis référendum du 20 septembre 1992 : oui à 51,04 %
Traité d'Amsterdam2 octobre 19971er mai 1999Intègre Schengen au droit de l'Union ; étend la codécision ; crée un Haut représentant pour la PESCRévision de la Constitution (janvier 1999), puis vote du Parlement
Traité de Nice26 février 20011er février 2003Repondère les voix au Conseil et réforme la Commission en vue de l'élargissementVote du Parlement (2001)
Traité établissant une Constitution pour l'Europe29 octobre 2004JamaisPrésident stable du Conseil européen, ministre des Affaires étrangères de l'Union, double majorité, Charte des droits fondamentaux intégréeRéférendum du 29 mai 2005 : non à 54,7 %
Traité de Lisbonne13 décembre 20071er décembre 2009Reprend l'essentiel des réformes de 2004 sans le vocabulaire constitutionnel ; Charte contraignante ; initiative citoyenne ; clause de retrait (article 50)Révision de la Constitution (Congrès, 4 février 2008), puis vote du Parlement

En vous appuyant sur le document et sur vos connaissances, montrez que les traités signés depuis 1992 approfondissent la construction européenne, mais que leur ratification révèle aussi des résistances.

  1. Identifiez le traité qui crée l'Union européenne et relevez trois de ses apports.
  2. Quel lien peut-on établir entre les traités de Nice et de Lisbonne et les élargissements de 2004-2007 ?
  3. Que révèle la dernière colonne sur les modes de ratification en France et sur l'opinion des Français ?
  4. Montrez que le traité de Lisbonne est à la fois une continuité et une réponse à l'échec de 2005.
Voir la réponse rédigée

1. Le traité qui crée l'Union européenne est le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et entré en vigueur le 1er novembre 1993, comme l'indique la première ligne du tableau. Il institue l'Union et ses trois piliers ; il crée une citoyenneté européenne qui s'ajoute à la nationalité et donne le droit de voter aux élections municipales et européennes dans son pays de résidence ; il prévoit une Union économique et monétaire, avec des critères de convergence à respecter pour adopter la monnaie unique. On peut y ajouter la codécision, qui renforce le Parlement européen, et le principe de subsidiarité. C'est bien un approfondissement : l'Europe ne se limite plus à un marché.

2. Le traité de Nice est signé en février 2001, trois ans avant l'élargissement du 1er mai 2004 : en repondérant les voix au Conseil et en réformant la Commission, il cherche à permettre à une Union de vingt-cinq, puis vingt-sept membres, de continuer à décider. Jugé insuffisant, il est suivi du traité constitutionnel (2004), puis du traité de Lisbonne (2007), qui introduit la double majorité et un président stable du Conseil européen. Le tableau illustre ainsi le lien central du chapitre : chaque élargissement oblige à approfondir les institutions.

3. La colonne « Ratification en France » montre deux voies : le référendum en 1992 et en 2005, le vote du Parlement pour Amsterdam, Nice et Lisbonne, souvent précédé d'une révision de la Constitution, car ces traités touchent à la souveraineté. Les deux référendums donnent un « petit oui » (51,04 %), puis un non net (54,7 %) : chaque fois que le peuple est consulté, la construction européenne apparaît contestée. Le document révèle un décalage entre des responsables politiques qui ratifient sans difficulté et une partie des électeurs qui doutent.

4. Le traité de Lisbonne est une continuité : signé le 13 décembre 2007, il reprend l'essentiel des réformes prévues en 2004, comme le président du Conseil européen, la double majorité ou la Charte des droits fondamentaux, désormais contraignante. Mais il répond aussi à l'échec de 2005 : il abandonne le vocabulaire constitutionnel et, en France, il est ratifié par le Parlement en février 2008, ce qui évite un second référendum. Ses adversaires y voient un contournement du vote de 2005 ; ses défenseurs rappellent que la procédure est parfaitement constitutionnelle. C'est l'une des sources de l'euroscepticisme des années suivantes.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau chronologique ligne par ligne, puis colonne par colonne : on y repère une évolution (l'approfondissement) et une tension (la ratification).

Document 2 — Élargir l'Union : population et richesse des nouveaux membres (1995-2020)

Moyen

Tableau statistique · Tableau construit pour l'exercice d'après Eurostat, séries « Population au 1er janvier » et « PIB par habitant en standards de pouvoir d'achat », données consultées en 2024 ; valeurs arrondies.

Entre 1995 et 2013, l'Union passe de douze à vingt-huit membres, surtout par l'entrée d'anciens pays communistes d'Europe centrale et orientale. En 2020, pour la première fois, un État en sort.

DateMouvementPopulation concernée (millions)Population de l'Union après (millions)PIB par habitant des pays concernés (moyenne de l'Union = 100, en SPA)
Avant 1995Europe des Douze—≈ 350—
1995Entrée de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède≈ 22≈ 372 (UE à 15)≈ 100 ou plus
2004Entrée de 10 pays (8 PECO, Chypre, Malte)≈ 74≈ 457 (UE à 25)≈ 55 en moyenne (de ≈ 45 à ≈ 90 selon les pays)
2007Entrée de la Bulgarie et de la Roumanie≈ 29≈ 495 (UE à 27)≈ 40
2013Entrée de la Croatie≈ 4≈ 506 (UE à 28)≈ 60
2020Sortie du Royaume-Uni≈ − 67≈ 447 (UE à 27)≈ 100

SPA : standards de pouvoir d'achat, unité qui neutralise les écarts de prix entre pays. La moyenne de référence est celle de l'Union à la date indiquée.

En vous appuyant sur le document et sur vos connaissances, montrez que les élargissements de 2004-2007 changent la nature de l'Union européenne.

  1. Présentez le document et identifiez l'élargissement qui apporte le plus d'habitants ; calculez la hausse de population qu'il représente.
  2. Comparez le niveau de richesse des entrants de 1995 et de ceux de 2004-2007. Qu'en déduisez-vous ?
  3. À l'aide de vos connaissances, présentez les conditions posées aux candidats et les craintes suscitées en Europe de l'Ouest.
  4. Que montre la dernière ligne ? En quoi rompt-elle avec le reste du tableau ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique, construit d'après les données d'Eurostat, mesure pour chaque élargissement depuis 1995 la population concernée, la population de l'Union après le changement et la richesse des pays concernés, exprimée en PIB par habitant en standards de pouvoir d'achat, la moyenne de l'Union valant 100. L'élargissement du 1er mai 2004 apporte le plus d'habitants : environ 74 millions. Avant lui, l'Union comptait environ 457 − 74 = 383 millions d'habitants : sa population augmente donc d'environ 19 %, près d'un cinquième. Avec la Bulgarie et la Roumanie en 2007, ce sont environ 103 millions d'habitants qui entrent en moins de trois ans.

2. Les entrants de 1995, l'Autriche, la Finlande et la Suède, ont un PIB par habitant égal ou supérieur à la moyenne : ce sont des pays riches et stables, qui rejoignent facilement l'Union. À l'inverse, les entrants de 2004 atteignent en moyenne environ 55 % de la moyenne, et ceux de 2007 environ 40 %. Pour la première fois à cette échelle, l'Union accueille des pays nettement plus pauvres qu'elle : l'élargissement est d'abord politique, il s'agit de réunifier un continent divisé par la guerre froide. Il suppose une forte solidarité, par les fonds structurels, d'autant que les dix entrants de 2004 ne pèsent qu'environ 5 % du PIB de l'Union.

3. Les candidats doivent respecter les critères fixés à Copenhague en juin 1993 : des institutions démocratiques garantissant l'État de droit et les droits des minorités, une économie de marché capable de supporter la concurrence, et la reprise de tout l'acquis communautaire. À l'Ouest, l'écart de richesse fait craindre des délocalisations et une concurrence salariale : en France, la figure du « plombier polonais » s'impose dans la campagne référendaire de 2005, et plusieurs États, dont la France, limitent pendant quelques années la libre circulation des travailleurs des nouveaux membres. S'y ajoute la crainte d'une Union ingouvernable à vingt-sept, qui explique les réformes de Nice et de Lisbonne.

4. La dernière ligne ne décrit pas une entrée mais une sortie : le départ du Royaume-Uni, le 31 janvier 2020, retire à l'Union environ 67 millions d'habitants, soit près de 13 % de sa population, et un pays dont la richesse par habitant était proche de la moyenne. C'est une rupture : pour la première fois, l'Union rétrécit. Elle montre que l'appartenance n'est pas irréversible, puisque le traité de Lisbonne a prévu une clause de retrait (article 50), et que les remises en question peuvent aller jusqu'au départ.

Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau : calculer (une part, une hausse), comparer deux lignes, puis relier chaque chiffre à un fait daté.

Document 3 — L'Union européenne en 2026 : une construction par cercles successifs

Moyen

Carte (description) · Carte construite pour l'exercice d'après les informations officielles de l'Union européenne (portail europa.eu : pays membres, zone euro, espace Schengen, pays candidats), état au 1er janvier 2026.

La carte superpose trois ensembles qui ne coïncident pas : l'Union, la zone euro et l'espace Schengen. Elle permet de lire, dans l'espace, trente ans d'élargissements et d'intégration différenciée.

Fond de carte : l'Europe, de l'Islande à la mer Noire et de la Norvège à Chypre, avec la Turquie, le Caucase et l'ouest de la Russie. La légende compte trois parties.

1. Les 27 États membres, selon leur date d'entrée (aplats de couleur, du plus foncé au plus clair) : six fondateurs en 1957 (France, RFA, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) ; 1973 : Danemark et Irlande ; 1981 : Grèce ; 1986 : Espagne et Portugal ; 1990 : territoire de l'ex-RDA, intégré par la réunification allemande ; 1995 : Autriche, Finlande, Suède ; 2004 : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Malte, Chypre ; 2007 : Bulgarie, Roumanie ; 2013 : Croatie. Le Royaume-Uni est hachuré, avec la mention « membre de 1973 à 2020 ».

2. Les cercles de l'intégration : un contour épais délimite la zone euro, 21 États en 2026, soit tous les membres sauf la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Roumanie, la Suède et le Danemark. Un trait pointillé suit la frontière extérieure de l'espace Schengen : 29 États, soit 25 membres de l'Union (sans l'Irlande ni Chypre) et quatre non-membres, l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein.

3. Les pays candidats (aplat orange) : Turquie (candidate depuis 1999), Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Moldavie, Ukraine et Géorgie ; le Kosovo, en orange clair, est candidat potentiel. Une flèche rouge signale l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février 2022.

Analysez la carte pour montrer que l'Union européenne s'est élargie et approfondie de manière inégale depuis les années 1990.

  1. Relevez les élargissements postérieurs à 1990 et décrivez leur direction générale.
  2. Pourquoi l'Union, la zone euro et l'espace Schengen ne coïncident-ils pas ? Donnez deux exemples de décalage pour chacun.
  3. Que signifie le traitement du Royaume-Uni sur la carte ?
  4. Quels débats soulève la liste des pays candidats ?
Voir la réponse rédigée

1. Depuis 1990, la carte fait apparaître cinq étapes : l'intégration de l'ex-RDA par la réunification allemande (1990), l'entrée de trois pays riches et neutres, l'Autriche, la Finlande et la Suède (1995), le grand élargissement de 2004 à dix pays, puis la Bulgarie et la Roumanie (2007) et la Croatie (2013). La direction générale est d'abord le nord, puis surtout l'est et le sud-est : l'Union s'étend vers l'Europe centrale, les pays baltes et les Balkans, c'est-à-dire vers l'ancien bloc soviétique. La couleur la plus claire, celle des derniers entrants, dessine ainsi la carte de l'Europe coupée en deux par la guerre froide.

2. Les trois ensembles ne coïncident pas parce que l'intégration est différenciée. Pour entrer dans la zone euro, il faut respecter les critères de convergence de Maastricht, et certains États ne le veulent pas : le Danemark a obtenu une exemption en 1992, les Suédois ont refusé l'euro par référendum en 2003, tandis que la Pologne ou la Hongrie gardent leur monnaie. Quant à Schengen, né d'un accord intergouvernemental de 1985, il ne recouvre pas l'Union : l'Irlande reste à l'écart pour conserver sa libre circulation avec le Royaume-Uni, et Chypre, divisée, n'y est pas entrée, alors que la Norvège et la Suisse, non membres de l'Union, en font partie. La carte montre donc une Europe à plusieurs vitesses.

3. Le Royaume-Uni est hachuré avec la mention « membre de 1973 à 2020 » : c'est le seul État sorti de l'Union, après le référendum du 23 juin 2016 et le départ effectif du 31 janvier 2020. Le figuré rappelle que l'appartenance n'est pas irréversible. On remarque aussi que le Royaume-Uni n'appartenait déjà ni à la zone euro ni à Schengen : c'était le membre qui avait le plus refusé l'approfondissement, et c'est lui qui part.

4. La liste des candidats pose trois débats. D'abord celui des conditions : la Turquie est candidate depuis 1999, mais ses négociations sont bloquées, en raison de l'État de droit et de la question de Chypre. Ensuite celui de l'attente : les pays des Balkans occidentaux, candidats pour certains depuis 2005, n'ont toujours pas adhéré. Enfin celui de la géopolitique : l'Ukraine et la Moldavie deviennent candidates en juin 2022, juste après l'invasion russe, ce qui fait de l'élargissement une réponse à la guerre. Une Union à plus de trente membres devrait sans doute réformer encore ses institutions, notamment la règle de l'unanimité : on retrouve le lien entre élargissement et approfondissement.

Ce que cette analyse apprend — Lire une carte par sa légende : chaque figuré est une information datée qu'il faut interpréter, pas seulement localiser.

Document 4 — Philippe Séguin contre le traité de Maastricht (1992)

Difficile

Discours parlementaire (résumé) · Philippe Séguin, discours à l'Assemblée nationale à l'appui d'une exception d'irrecevabilité contre le projet de loi constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Maastricht, séance du 5 mai 1992 (Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale, 1992). Résumé rédigé pour l'exercice.

Le 5 mai 1992, Philippe Séguin (1943-2010), député RPR des Vosges et gaulliste, tente de faire rejeter la révision constitutionnelle exigée par le Conseil constitutionnel le 9 avril 1992 avant toute ratification du traité. Son propre parti est divisé ; son exception d'irrecevabilité est repoussée, mais le discours fait de lui une figure du « non » au référendum du 20 septembre 1992.

Résumé du discours, qui dure plus de deux heures :

• L'orateur affirme d'emblée qu'il ne combat pas l'Europe, mais une certaine manière de la construire : selon lui, le traité engage la France dans une logique fédérale sans que les Français l'aient choisie.

• Il rappelle que la souveraineté nationale appartient au peuple, comme le dit l'article 3 de la Constitution de 1958 ; à ses yeux, elle ne se partage pas, et ni le gouvernement ni le Parlement n'ont le droit de l'abandonner.

• Il vise les trois points pour lesquels le Conseil constitutionnel a exigé une révision de la Constitution : la monnaie unique, confiée à une banque centrale indépendante, qui priverait l'État de sa politique monétaire ; la politique commune des visas ; le droit de vote des citoyens européens aux élections municipales.

• Il décrit une Europe conduite par des experts, éloignée des citoyens, et oppose ce projet à l'héritage de la Révolution française, au point de présenter l'année 1992 comme « l'anti-1789 ».

• Il défend une autre voie : une Europe fondée sur la coopération entre nations souveraines.

• Il estime enfin qu'une décision de cette portée ne peut revenir qu'au peuple lui-même.

Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle des oppositions au traité de Maastricht et des remises en question ultérieures de la construction européenne.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, destinataires et contexte.
  2. Quels arguments l'orateur oppose-t-il au traité ? Classez-les.
  3. Expliquez l'opposition entre Europe fédérale et Europe des nations qui structure le discours.
  4. Quelle est la portée de ce discours ? Montrez qu'il annonce des remises en question ultérieures.
  5. Quelles sont les limites de ce document pour comprendre le débat de 1992 ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit du résumé d'un discours parlementaire prononcé le 5 mai 1992 à l'Assemblée nationale par Philippe Séguin, député gaulliste du RPR. Il s'adresse aux députés, mais aussi, à travers la presse, à l'opinion. Le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992, crée l'Union européenne ; le 9 avril, le Conseil constitutionnel a jugé qu'il fallait réviser la Constitution avant de le ratifier. Séguin défend une exception d'irrecevabilité, procédure qui vise à faire rejeter ce texte comme contraire à la Constitution.

2. Les arguments se classent en trois groupes. Juridiques d'abord : la souveraineté appartient au peuple (article 3 de la Constitution) et ne peut être abandonnée par ses représentants. Concrets ensuite : il vise la monnaie unique, gérée par une banque centrale indépendante, la politique commune des visas et le droit de vote des Européens aux municipales, soit les trois points relevés par le Conseil constitutionnel. Politiques et historiques enfin : il dénonce une Europe d'experts, éloignée des citoyens, contraire à l'héritage de 1789, et réclame que le peuple tranche.

3. Séguin ne rejette pas l'Europe : il en rejette une forme. L'Europe fédérale transfère des compétences à des institutions communes, comme la future Banque centrale européenne, qui décident au-dessus des États. L'Europe des nations, qu'il défend dans la tradition gaulliste, repose sur la coopération entre États qui restent souverains et gardent le dernier mot. Ce clivage traverse les partis : le RPR est divisé, comme la gauche, entre partisans et adversaires du traité.

4. À court terme, le discours n'empêche pas la révision constitutionnelle, adoptée par le Congrès le 23 juin 1992, mais il contribue à structurer le camp du non : le 20 septembre 1992, le oui ne l'emporte qu'avec 51,04 %. À plus long terme, ses thèmes reviennent dans toutes les remises en question étudiées : le refus des transferts de souveraineté et le reproche de déficit démocratique en 2005, la critique d'une monnaie gérée par une banque indépendante pendant la crise de l'euro, la volonté de « reprendre le contrôle » lors du Brexit. Le discours est un acte fondateur du souverainisme français.

5. Le document ne présente qu'un point de vue, celui d'un adversaire du traité : il ne dit rien des arguments du oui, comme la paix, l'ancrage de l'Allemagne réunifiée ou le poids de l'Europe face aux États-Unis et au Japon. C'est en outre un résumé : il faut se garder de prêter à l'orateur des formules qu'il n'a pas prononcées. Enfin, Séguin raisonne en 1992 : il ne connaît ni la réussite de l'euro comme monnaie internationale ni les élargissements ; l'historien doit confronter ses prédictions à la suite des événements.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un discours politique : situer l'orateur, classer ses arguments, puis confronter le texte à la suite des événements, que l'auteur ne pouvait pas connaître.

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