Collège · 3ᵉ · Français
Le théâtre du XXe siècle
Renouvellement, dialogue & mise en scène : lire une scène contemporaine
À propos de cette page
Le théâtre du XXe siècle : héritage et ruptures
Le théâtre classique (XVIIe siècle) obéit à des règles : cinq actes, alexandrins, unités de temps, de lieu et d'action, séparation du comique et du tragique. Le XIXe siècle les assouplit (le drame romantique, le vaudeville). Le XXe siècle les fait éclater.
| Théâtre traditionnel | Théâtre du XXe siècle |
|---|---|
| Une intrigue claire, un dénouement | Une action qui piétine ou tourne en rond ; une fin ouverte |
| Des personnages à identité forte | Des personnages sans nom ou interchangeables, réduits à une fonction |
| Un langage qui communique | Un langage qui déraille : clichés, répétitions, silences |
| Le texte d'abord | La mise en scène, le corps, l'espace et la lumière comptent autant que le texte |
Réécrire les mythes : Giraudoux, Anouilh, Sartre
Entre les deux guerres et pendant l'Occupation, plusieurs dramaturges reprennent des mythes grecs connus de tous. Le public connaît la fin ; l'intérêt est dans ce que l'auteur change.
| Pièce | Mythe repris | Ce que l'auteur en fait |
|---|---|---|
| Cocteau, La Machine infernale (1934) | Œdipe | Le destin comme une machine qui broie les hommes ; ton moderne et ironique |
| Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935) | La guerre de Troie | Hector veut empêcher une guerre que tout le monde sait inévitable ; réflexion sur la paix impossible |
| Sartre, Les Mouches (1943) | Oreste et Électre | Un héros qui choisit librement son acte : la liberté contre la soumission |
| Anouilh, Antigone (1944) | Antigone (Sophocle) | Antigone dit « non » à Créon ; les spectateurs de 1944 y lisent le refus et la révolte |
Le théâtre de l'absurde : Ionesco et Beckett
| Pièce | Situation | Procédés |
|---|---|---|
| Ionesco, La Cantatrice chauve (1950) | Deux couples anglais échangent des banalités ; aucune cantatrice n'apparaît | Clichés, dialogues qui tournent à vide, pendule qui sonne n'importe quand, fin qui recommence le début |
| Beckett, En attendant Godot (1953) | Deux vagabonds attendent, près d'un arbre, un certain Godot qui ne vient jamais | Attente sans objet, répétitions, gestes dérisoires, silences, deux actes presque identiques |
| Ionesco, Rhinocéros (1959) | Les habitants d'une ville se transforment un à un en rhinocéros ; Bérenger résiste seul | Métamorphose absurde, contagion, dernier homme qui refuse de suivre |
Ce que montre l'absurde :
- le langage est usé : les personnages parlent sans rien dire (« Comme c'est curieux ! ») ;
- le temps ne progresse pas : on attend, on répète, on recommence ;
- le personnage n'a plus de psychologie : il est un corps, une voix, une fonction ;
- le comique et le tragique se mêlent : on rit de ce qui devrait effrayer.
Brecht et le théâtre qui fait réfléchir
Pour cela, Brecht invente la distanciation : des procédés qui rappellent au spectateur qu'il est au théâtre.
- des pancartes ou un narrateur annoncent ce qui va se passer (plus de suspense, donc plus de réflexion) ;
- des chansons interrompent l'action et la commentent ;
- les acteurs montrent leur personnage au lieu de s'y identifier ; le décor reste visible comme décor ;
- l'histoire est située loin (la guerre de Trente Ans dans Mère Courage et ses enfants, 1941 ; un pays imaginaire dans Le Cercle de craie caucasien, 1948) pour que le spectateur y reconnaisse son présent.
Le texte de théâtre : répliques, didascalies, double énonciation
Un texte de théâtre est fait pour être joué : il se compose de ce que les personnages disent et de ce que l'auteur indique.
LUI, sans lever les yeux de son journal. — Tu as bien dormi ?
ELLE, à la fenêtre. — Il n'y a plus de rue.
LUI. — Tant mieux, tu ne sortiras pas.
→ La didascalie (sans lever les yeux) montre que Lui ne regarde pas ; la réplique d'Elle (« plus de rue ») est absurde et inquiétante ; la réponse de Lui la traite comme banale : le public perçoit le décalage que les personnages ne perçoivent pas.
Du texte à la scène : la mise en scène
Le texte n'est qu'une partie du théâtre. La représentation ajoute l'espace, les corps, la lumière, le son ; c'est le travail du metteur en scène, avec le scénographe, le costumier, l'éclairagiste.
| Élément | Ce qu'il apporte | Exemple |
|---|---|---|
| Espace et décor | Un lieu réaliste, symbolique ou vide ; la place du public | L'arbre unique et la route de Godot ; un plateau nu chez Vilar |
| Corps et jeu | Gestes, rythme, distance entre les acteurs, immobilité | Les gestes mécaniques et répétés de l'absurde |
| Costumes et objets | Époque, statut social, symbole | Les vêtements modernes dans une tragédie grecque (Anouilh) |
| Lumière et son | Heure, atmosphère, découpage du temps | La lune qui monte brusquement à la fin des actes de Godot |
Lire une scène du XXe siècle : la méthode
Face à un extrait de théâtre au brevet, procède en six temps :
- La situation : qui est en scène, où, à quel moment de la pièce (exposition, nœud, dénouement) ? Que sait le public que les personnages ignorent ?
- Les didascalies : lieu, gestes, ton, silences ; que révèlent-elles des personnages et de l'atmosphère ?
- La parole : qui parle le plus ? Quelles formes (tirade, stichomythie, monologue, aparté) ? Le dialogue avance-t-il ou tourne-t-il en rond ?
- Le rapport de force : qui domine, qui cède, qui interrompt ? Les questions restent-elles sans réponse ?
- Le registre : comique (répétition, quiproquo, décalage), tragique (fatalité, impuissance), absurde (les deux mêlés), pathétique.
- L'enjeu : que veut faire comprendre l'auteur au public, par la double énonciation ? Quel courant du siècle reconnaît-on ?
- Le théâtre du XXe siècle fait éclater les règles classiques : action qui piétine, personnages sans identité, langage qui déraille, mise en scène créatrice (Copeau, Vilar, Mnouchkine).
- Réécriture des mythes : Cocteau, Giraudoux (1935), Sartre (1943), Anouilh (Antigone, 1944) — le mythe comme masque pour parler du présent.
- Théâtre de l'absurde : Ionesco (La Cantatrice chauve 1950, Rhinocéros 1959), Beckett (En attendant Godot 1953) — langage vide, attente, répétition, comique et tragique mêlés.
- Brecht : théâtre épique et distanciation (pancartes, chansons, acteur qui montre) pour faire réfléchir, non pleurer.
- Texte théâtral : réplique, tirade, monologue, aparté, stichomythie ; didascalies (à citer) ; double énonciation.
- Mise en scène : espace, corps, costumes, lumière, son — des choix à justifier par le texte.
- Méthode : situation → didascalies → parole → rapport de force → registre → enjeu.
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