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Collège · 3ᵉ · Français

Le théâtre du XXe siècle

Renouvellement, dialogue & mise en scène : lire une scène contemporaine

À propos de cette page
Ce cours de français en troisième sur « Le théâtre du XXe siècle » suit le programme officiel de français de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le théâtre du XXe siècle : héritage et ruptures, Réécrire les mythes : Giraudoux, Anouilh, Sartre, Le théâtre de l'absurde : Ionesco et Beckett, Brecht et le théâtre qui fait réfléchir. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en français.
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Le théâtre du XXe siècle : héritage et ruptures

Le théâtre classique (XVIIe siècle) obéit à des règles : cinq actes, alexandrins, unités de temps, de lieu et d'action, séparation du comique et du tragique. Le XIXe siècle les assouplit (le drame romantique, le vaudeville). Le XXe siècle les fait éclater.

Théâtre traditionnelThéâtre du XXe siècle
Une intrigue claire, un dénouementUne action qui piétine ou tourne en rond ; une fin ouverte
Des personnages à identité forteDes personnages sans nom ou interchangeables, réduits à une fonction
Un langage qui communiqueUn langage qui déraille : clichés, répétitions, silences
Le texte d'abordLa mise en scène, le corps, l'espace et la lumière comptent autant que le texte
Trois grandes voies. 1. La réécriture des mythes antiques pour parler du présent (Giraudoux, Cocteau, Anouilh, Sartre). 2. Le théâtre de l'absurde, qui montre un monde sans sens (Ionesco, Beckett). 3. Le théâtre engagé ou épique, qui veut faire réfléchir le spectateur (Brecht, puis Sartre, Camus).
Astuce. Retiens le mot metteur en scène : le XXe siècle en fait un créateur à part entière (Copeau, Vilar, Mnouchkine). Une même pièce peut donner des spectacles très différents.
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Réécrire les mythes : Giraudoux, Anouilh, Sartre

Entre les deux guerres et pendant l'Occupation, plusieurs dramaturges reprennent des mythes grecs connus de tous. Le public connaît la fin ; l'intérêt est dans ce que l'auteur change.

PièceMythe reprisCe que l'auteur en fait
Cocteau, La Machine infernale (1934)ŒdipeLe destin comme une machine qui broie les hommes ; ton moderne et ironique
Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935)La guerre de TroieHector veut empêcher une guerre que tout le monde sait inévitable ; réflexion sur la paix impossible
Sartre, Les Mouches (1943)Oreste et ÉlectreUn héros qui choisit librement son acte : la liberté contre la soumission
Anouilh, Antigone (1944)Antigone (Sophocle)Antigone dit « non » à Créon ; les spectateurs de 1944 y lisent le refus et la révolte
Pourquoi réécrire un mythe ? Parce qu'il est connu (le spectateur suit sans effort), universel (il parle de choix, de pouvoir, de mort), et protecteur : sous l'Occupation, parler de Thèbes ou d'Argos permet de parler de la France sans le dire. Le mythe est un masque.
Exemple. Dans Antigone, Anouilh fait entrer un Prologue qui présente les personnages au public dès la première scène et annonce leur sort : le spectateur sait tout, et regarde les personnages avancer vers ce qu'ils ne peuvent éviter. C'est la définition même du tragique.
Attention ! Une réécriture n'est pas une traduction : l'auteur du XXe siècle introduit des objets modernes, un langage familier, des personnages nouveaux (les gardes d'Anouilh jouent aux cartes). Ces anachronismes sont volontaires et à interpréter.
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Le théâtre de l'absurde : Ionesco et Beckett

L'absurde. Après 1945, des auteurs venus d'horizons divers (Ionesco, Beckett, Adamov) écrivent des pièces où le monde n'a plus de sens, où le langage ne sert plus à communiquer et où l'action n'avance pas. On les regroupe sous le nom de théâtre de l'absurde (ou « nouveau théâtre »), joué dans de petites salles parisiennes à partir de 1950.
PièceSituationProcédés
Ionesco, La Cantatrice chauve (1950)Deux couples anglais échangent des banalités ; aucune cantatrice n'apparaîtClichés, dialogues qui tournent à vide, pendule qui sonne n'importe quand, fin qui recommence le début
Beckett, En attendant Godot (1953)Deux vagabonds attendent, près d'un arbre, un certain Godot qui ne vient jamaisAttente sans objet, répétitions, gestes dérisoires, silences, deux actes presque identiques
Ionesco, Rhinocéros (1959)Les habitants d'une ville se transforment un à un en rhinocéros ; Bérenger résiste seulMétamorphose absurde, contagion, dernier homme qui refuse de suivre

Ce que montre l'absurde :

  • le langage est usé : les personnages parlent sans rien dire (« Comme c'est curieux ! ») ;
  • le temps ne progresse pas : on attend, on répète, on recommence ;
  • le personnage n'a plus de psychologie : il est un corps, une voix, une fonction ;
  • le comique et le tragique se mêlent : on rit de ce qui devrait effrayer.
Exemple. Ionesco a sous-titré La Cantatrice chauve « anti-pièce » : pas d'intrigue, pas de héros, pas de dénouement. Le titre lui-même ne renvoie à rien dans la pièce : c'est déjà une manière de dire que les mots ont perdu leur sens.
Astuce. Pour analyser une scène absurde, ne cherche pas « ce qui se passe » (souvent rien) mais comment le langage et le temps déraillent : répétitions, contradictions, questions sans réponse, didascalies de silence.
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Brecht et le théâtre qui fait réfléchir

Bertolt Brecht (1898-1956). Dramaturge allemand, il veut un théâtre qui ne fasse pas seulement ressentir, mais comprendre et juger. Il appelle ce théâtre épique : le spectateur doit rester lucide, comme devant un récit, et non se laisser emporter par l'émotion.

Pour cela, Brecht invente la distanciation : des procédés qui rappellent au spectateur qu'il est au théâtre.

  • des pancartes ou un narrateur annoncent ce qui va se passer (plus de suspense, donc plus de réflexion) ;
  • des chansons interrompent l'action et la commentent ;
  • les acteurs montrent leur personnage au lieu de s'y identifier ; le décor reste visible comme décor ;
  • l'histoire est située loin (la guerre de Trente Ans dans Mère Courage et ses enfants, 1941 ; un pays imaginaire dans Le Cercle de craie caucasien, 1948) pour que le spectateur y reconnaisse son présent.
Exemple. Dans Mère Courage, une cantinière suit les armées avec sa charrette pour faire commerce de la guerre, et y perd ses enfants un à un. Brecht ne veut pas qu'on pleure sur elle : il veut qu'on comprenne qu'elle n'apprend rien, et qu'on se demande pourquoi.
Attention ! Brecht et l'absurde sont contemporains mais opposés : Brecht croit que le théâtre peut changer le monde ; Ionesco et Beckett montrent un monde qu'on ne peut pas changer. Le programme de 3e (« individu et pouvoir ») invite à comparer les deux.
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Le texte de théâtre : répliques, didascalies, double énonciation

Un texte de théâtre est fait pour être joué : il se compose de ce que les personnages disent et de ce que l'auteur indique.

Les didascalies. Indications de l'auteur, en italique ou entre parenthèses : noms des personnages, lieu, décor, gestes, ton (doucement, en criant), déplacements, silences. Au XXe siècle, elles prennent une importance énorme : chez Beckett, les silences et les gestes disent autant que les mots ; chez Ionesco, les didascalies contredisent parfois les paroles pour créer le comique.
La double énonciation. Au théâtre, toute parole a deux destinataires : le personnage à qui l'on parle et le public qui écoute. Un personnage peut ignorer ce que le public sait (ironie dramatique), et l'auteur peut faire passer un message par-dessus la tête des personnages.
Exemple (scène rédigée pour le cours).
LUI, sans lever les yeux de son journal. — Tu as bien dormi ?
ELLE, à la fenêtre. — Il n'y a plus de rue.
LUI. — Tant mieux, tu ne sortiras pas.
→ La didascalie (sans lever les yeux) montre que Lui ne regarde pas ; la réplique d'Elle (« plus de rue ») est absurde et inquiétante ; la réponse de Lui la traite comme banale : le public perçoit le décalage que les personnages ne perçoivent pas.
Attention ! Au brevet, cite toujours les didascalies avec les répliques : un ton, un geste ou un silence est une information au même titre qu'une parole.
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Du texte à la scène : la mise en scène

Le texte n'est qu'une partie du théâtre. La représentation ajoute l'espace, les corps, la lumière, le son ; c'est le travail du metteur en scène, avec le scénographe, le costumier, l'éclairagiste.

ÉlémentCe qu'il apporteExemple
Espace et décorUn lieu réaliste, symbolique ou vide ; la place du publicL'arbre unique et la route de Godot ; un plateau nu chez Vilar
Corps et jeuGestes, rythme, distance entre les acteurs, immobilitéLes gestes mécaniques et répétés de l'absurde
Costumes et objetsÉpoque, statut social, symboleLes vêtements modernes dans une tragédie grecque (Anouilh)
Lumière et sonHeure, atmosphère, découpage du tempsLa lune qui monte brusquement à la fin des actes de Godot
Trois figures du siècle. Jacques Copeau (Vieux-Colombier, 1913) impose un plateau dépouillé et le respect du texte ; Jean Vilar (Festival d'Avignon, 1947 ; TNP, 1951) veut un théâtre populaire, accessible à tous ; Ariane Mnouchkine (Théâtre du Soleil, 1964) crée collectivement, avec masques et influences du théâtre d'Asie.
Astuce. Quand une question demande « comment mettriez-vous en scène ce passage ? », réponds par des choix concrets et justifiés par le texte : espace (vide ou encombré), lumière (crue, faible), distance entre les personnages, rythme des répliques, un objet symbolique.
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Lire une scène du XXe siècle : la méthode

Face à un extrait de théâtre au brevet, procède en six temps :

  1. La situation : qui est en scène, où, à quel moment de la pièce (exposition, nœud, dénouement) ? Que sait le public que les personnages ignorent ?
  2. Les didascalies : lieu, gestes, ton, silences ; que révèlent-elles des personnages et de l'atmosphère ?
  3. La parole : qui parle le plus ? Quelles formes (tirade, stichomythie, monologue, aparté) ? Le dialogue avance-t-il ou tourne-t-il en rond ?
  4. Le rapport de force : qui domine, qui cède, qui interrompt ? Les questions restent-elles sans réponse ?
  5. Le registre : comique (répétition, quiproquo, décalage), tragique (fatalité, impuissance), absurde (les deux mêlés), pathétique.
  6. L'enjeu : que veut faire comprendre l'auteur au public, par la double énonciation ? Quel courant du siècle reconnaît-on ?
Exemple rédigé (pour une scène d'attente à la manière de Beckett). Deux personnages sans passé attendent quelqu'un qui ne vient pas ; les didascalies de silence sont plus nombreuses que les répliques, et le dialogue reprend les mêmes questions sans réponse. L'action n'avance pas : c'est le temps lui-même qui devient le sujet. Le public rit des gestes dérisoires et, en même temps, reconnaît sa propre attente d'un sens : comique et tragique se confondent, marque du théâtre de l'absurde.
Attention ! Ne résume pas la pièce entière si tu la connais : la question porte sur l'extrait. Le contexte (Occupation, après-guerre) éclaire la lecture en une phrase, il ne la remplace pas.
À retenir
  • Le théâtre du XXe siècle fait éclater les règles classiques : action qui piétine, personnages sans identité, langage qui déraille, mise en scène créatrice (Copeau, Vilar, Mnouchkine).
  • Réécriture des mythes : Cocteau, Giraudoux (1935), Sartre (1943), Anouilh (Antigone, 1944) — le mythe comme masque pour parler du présent.
  • Théâtre de l'absurde : Ionesco (La Cantatrice chauve 1950, Rhinocéros 1959), Beckett (En attendant Godot 1953) — langage vide, attente, répétition, comique et tragique mêlés.
  • Brecht : théâtre épique et distanciation (pancartes, chansons, acteur qui montre) pour faire réfléchir, non pleurer.
  • Texte théâtral : réplique, tirade, monologue, aparté, stichomythie ; didascalies (à citer) ; double énonciation.
  • Mise en scène : espace, corps, costumes, lumière, son — des choix à justifier par le texte.
  • Méthode : situation → didascalies → parole → rapport de force → registre → enjeu.
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