Exercice 1 — Vocabulaire du théâtre
Question 1 — Définition de « didascalie » (2 points)
Réponse attendue :
Une didascalie est une indication scénique rédigée par l'auteur dans le texte de théâtre. Elle n'est pas dite par les acteurs : elle guide la mise en scène, le jeu des comédiens et la représentation.
Exemples d'informations qu'une didascalie peut indiquer :
- un geste ou un mouvement : (Il se lève lentement.)
- un décor ou une lumière : (La scène représente un salon vide.)
- un ton ou une émotion : (avec colère), (en pleurant)
- un costume ou une accessoire : (Il porte un chapeau usé.)
Barème : 1 pt pour la définition correcte (indication de l'auteur, non dite par les acteurs) + 1 pt pour un exemple cohérent.Question 2 — Différence tirade / monologue (2 points)Réponse attendue :- La tirade est un long discours prononcé par un personnage sans être interrompu, alors que d'autres personnages sont présents sur scène. Exemple : dans Rhinocéros d'Ionesco, Bérenger prononce une longue tirade pour convaincre ses amis de résister.
- Le monologue est une prise de parole d'un personnage seul en scène (ou qui s'isole). Il exprime ses pensées intimes, ses hésitations. Exemple : le monologue final de Bérenger à la fin de Rhinocéros, seul face au public : « Je ne capitule pas ! »
Différence clé : dans la tirade, d'autres personnages écoutent ; dans le monologue, le personnage est seul (ou s'adresse à lui-même / au public).
Barème : 1 pt pour la tirade correctement définie + 1 pt pour le monologue correctement défini avec exemple.
Exercice 2 — Le théâtre de l'absurde
Question 1 — Deux auteurs et une œuvre chacun (2 points)
Réponse attendue :
- Eugène Ionesco (1909-1994) : La Cantatrice chauve (1950), ou Rhinocéros (1960), ou La Leçon (1951).
- Samuel Beckett (1906-1989) : En attendant Godot (1953), ou Fin de partie (1957).
Autres auteurs acceptables : Arthur Adamov, Harold Pinter.
Barème : 1 pt par auteur correctement associé à une œuvre réelle (2 pts total).Question 2 — Définition de l'absurde en contexte théâtral avec exemple précis (3 points)Réponse attendue (développement de 3 à 5 lignes) :Au théâtre du XXe siècle, le mot
absurde désigne la mise en scène du
non-sens de la condition humaine : les personnages sont pris dans des situations sans issue logique, les dialogues sont creux ou répétitifs, le temps semble suspendu et la communication entre les êtres est impossible. Ce courant s'inspire de la philosophie d'
Albert Camus, qui décrit l'absurde comme le fossé entre l'aspiration humaine au sens et le silence du monde.
Exemple précis accepté :- Dans En attendant Godot de Beckett, Vladimir et Estragon attendent indéfiniment un certain Godot qui ne vient jamais. La même scène se répète, illustrant l'immobilisme et le vide de l'existence : « Allons-y. — On ne peut pas. — Pourquoi ? — On attend Godot. »
- Dans La Cantatrice chauve d'Ionesco, deux couples échangent des banalités de plus en plus incohérentes, montrant que la communication bourgeoise est creuse et vide de sens.
Barème : 1 pt pour la définition (non-sens, condition humaine, dialogues répétitifs) + 1 pt pour le lien avec la philosophie / le contexte historique + 1 pt pour un exemple précis, cité et expliqué.
Exercice 3 — Le théâtre épique de Brecht
Question 1 — L'effet de distanciation : définition et objectif (2 points)
Réponse attendue :
L'effet de distanciation (en allemand : Verfremdungseffekt ou V-Effekt) est un ensemble de procédés inventés par Bertolt Brecht pour briser l'illusion théâtrale : le spectateur ne doit pas s'identifier aux personnages ni se laisser emporter par ses émotions. L'objectif est de maintenir le spectateur lucide et critique, capable de comprendre les mécanismes sociaux et politiques représentés sur scène, afin de réfléchir aux injustices du monde plutôt que de les accepter passivement.
Barème : 1 pt pour la définition correcte (brise l'illusion) + 1 pt pour l'objectif (spectateur critique / lucide).
Question 2 — Deux procédés concrets de distanciation (2 points)
Réponse attendue (deux procédés parmi les suivants) :
- Les acteurs s'adressent directement au public (rupture du « quatrième mur »).
- Des pancartes ou projections commentent l'action en cours (intertitres).
- Des songs (chansons) interrompent délibérément l'action.
- L'éclairage visible et les décors volontairement dépouillés, qui rappellent que c'est du théâtre.
- Les acteurs montrent qu'ils jouent plutôt que d'incarner totalement leur personnage.
Barème : 1 pt par procédé concret et correctement nommé (2 pts total).Question 3 — Dimension politique du refus de l'identification (1 point)Réponse attendue (2 à 3 lignes) :En refusant que le spectateur s'identifie aux personnages, Brecht cherche à le maintenir
actif et rationnel : le spectateur peut ainsi analyser les causes des injustices sociales, de la guerre ou de l'exploitation représentées sur scène. Pour Brecht, le théâtre est un
outil de transformation sociale : si le public comprend comment fonctionne l'oppression, il peut agir pour changer la société. Un spectateur qui pleure avec les personnages ne réfléchit pas ; un spectateur distancié peut agir.
Barème : 1 pt pour l'explication de la dimension politique (réflexion critique, changement social).
Exercice 4 — Analyse de texte (lecture)
Question 1 — Réplique de Mère Courage (2 points)
Réplique : « La guerre est comme l'amour — elle trouve toujours un moyen. »
a) Figure de style :
Il s'agit d'une comparaison (outil grammatical de comparaison explicite : « comme »). On peut aussi accepter métaphore filée si l'élève développe l'idée d'une assimilation de la guerre à un sentiment.
(1 pt)
b) Ce que révèle cette comparaison :
En comparant la guerre à l'amour — une réalité humaine intime et puissante — Brecht montre que la guerre est présentée comme une force inévitable et omniprésente, qui s'impose à tous comme le fait le sentiment amoureux. Cette comparaison est ironique et révèle un regard critique et amer : la guerre est normalisée, elle « trouve toujours un moyen » de persister. Brecht dénonce ainsi l'impossibilité d'y échapper dans un monde régi par les intérêts économiques et politiques. La réplique illustre la distanciation : elle fait réfléchir plutôt qu'elle n'émeut.
(1 pt)
Question 2 — Répétition dans le théâtre de l'absurde (2 points)
a) Procédé stylistique :
Il s'agit d'une répétition (ou anaphore si les phrases commencent de la même façon). Ce procédé est fondamental dans le théâtre de l'absurde.
(1 pt)
b) Effet produit sur le spectateur :
La répétition crée chez le spectateur une sensation d'enfermement, d'immobilisme et d'ennui. En répétant six fois la même phrase sans réponse, l'auteur illustre l'impossibilité de communiquer et le vide de la parole. Le spectateur ressent lui-même la frustration et l'absurdité de la situation : il comprend que les personnages sont pris au piège d'une existence sans sens ni issue. Cet effet de « piège temporel » est caractéristique du théâtre de l'absurde (ex. : En attendant Godot de Beckett).
(1 pt)
Exercice 5 — Rédaction
Question — En quoi le théâtre du XXe siècle renouvelle-t-il la conception classique du genre théâtral ?
Critères de réussite (barème détaillé) :
- Structure : paragraphe organisé avec introduction de la thèse, développement et conclusion ou phrase de bilan. (0,5 pt)
- Au moins deux auteurs ou courants cités et brièvement expliqués : Ionesco/Beckett (absurde), Brecht (épique), Sartre/Camus (théâtre engagé). (0,5 pt)
- Réponse à la question : identification d'au moins deux ruptures avec le théâtre classique (abandon des unités classiques, remise en question du dialogue logique, rôle du spectateur, absence de catharsis traditionnelle…). (0,5 pt)
- Expression claire et précise, vocabulaire du cours utilisé (distanciation, absurde, didascalie, tirade, mise en scène…). (0,5 pt)
Exemple de réponse attendue (modèle) :Le théâtre du XXe siècle renouvelle profondément la conception classique héritée du XVIIe siècle, fondée sur les règles des trois unités (temps, lieu, action) et l'identification émotionnelle du spectateur. Deux courants illustrent particulièrement cette rupture.
D'une part, le
théâtre de l'absurde, incarné par
Ionesco (
La Cantatrice chauve, 1950) et
Beckett (
En attendant Godot, 1953), renonce à toute intrigue logique et à tout dialogue cohérent. Les personnages répètent des phrases vides, le temps est suspendu et l'action est inexistante : tout cela pour mettre en scène le non-sens de la condition humaine, ce qu'aucune pièce classique n'aurait osé.
D'autre part, le
théâtre épique de
Brecht (
Mère Courage, 1941) brise délibérément l'illusion théâtrale grâce à l'effet de distanciation : les acteurs s'adressent au public, des pancartes commentent l'action, des chansons interrompent la fiction. L'objectif n'est plus de faire pleurer le spectateur, mais de l'inciter à réfléchir aux injustices sociales et politiques.
Ainsi, le théâtre du XXe siècle n'est plus un simple divertissement mais un espace de questionnement philosophique, politique et humain.