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SES (2nde) 2ⁿᵈᵉ

Ressources · 2ⁿᵈᵉ · SES (2nde)

Comment les économistes, les sociologues et les politistes raisonnent-ils et travaillent-ils ?

Démarches des trois disciplines, raisonnement toutes choses égales par ailleurs, corrélation et causalité, enquêtes, modèles, données (SES de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours de SES (2nde) en seconde sur « Comment les économistes, les sociologues et les politistes raisonnent-ils et travaillent-ils ? » suit le programme officiel de SES (2nde) de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Trois disciplines, trois grandes questions, Une démarche scientifique commune, Des modèles et le raisonnement toutes choses égales par ailleurs, Corrélation et causalité : ne pas confondre. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en SES (2nde).

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Adam Smith et la manufacture d'épingles : observer, compter, expliquer

Facile

Extrait d'ouvrage d'économie (document d'époque) · Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre I, chapitre 1, Londres, 1776 ; traduction française de Germain Garnier, 1802 (extraits).

Adam Smith, philosophe écossais, publie en 1776 le premier grand traité d'économie politique, au début de l'industrialisation britannique. Il s'adresse au public cultivé et aux gouvernants de son temps, pour expliquer d'où vient la richesse des nations.

« Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s'est fait souvent remarquer : une manufacture d'épingles. Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d'ouvrage […], quelque adroit qu'il fût, pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée, et certainement il n'en ferait pas une vingtaine. […] J'ai vu une petite manufacture de ce genre qui n'employait que dix ouvriers […]. Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre et, par cette raison, mal outillée, cependant, quand ils se mettaient en train, ils venaient à bout de faire entre eux environ douze livres d'épingles par jour ; or, chaque livre contient au-delà de quatre mille épingles de taille moyenne. Ainsi ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d'épingles dans une journée ; donc chaque ouvrier, faisant une dixième partie de ce produit, peut être considéré comme faisant dans sa journée quatre mille huit cents épingles. […] Cette grande augmentation dans la quantité d'ouvrage qu'un même nombre de bras est en état de fournir, en conséquence de la division du travail, est due à trois circonstances différentes : premièrement, à un accroissement d'habileté dans chaque ouvrier individuellement ; deuxièmement, à l'épargne du temps qui se perd ordinairement quand on passe d'une espèce d'ouvrage à une autre ; et troisièmement enfin, à l'invention d'un grand nombre de machines qui facilitent et abrègent le travail, et qui permettent à un homme de remplir la tâche de plusieurs. »

Après avoir présenté le document, vous montrerez comment Adam Smith passe d'une observation à une explication générale.

  1. Présentez le document : auteur, date, discipline, sujet.
  2. Quelle observation Smith rapporte-t-il ? Calculez la production quotidienne d'un ouvrier de la manufacture, puis combien de fois elle dépasse celle d'un ouvrier isolé (retenez 20 épingles).
  3. Quelles causes Smith avance-t-il pour expliquer cet écart ?
  4. En quoi ce texte illustre-t-il la démarche de l'économiste ? Quelle en est la limite ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un extrait des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publiées en 1776 par l'Écossais Adam Smith, considéré comme l'un des fondateurs de l'économie politique. Le texte porte sur la division du travail : Smith cherche à comprendre pourquoi une même quantité de travail produit beaucoup plus quand les tâches sont réparties entre plusieurs ouvriers.

2. Smith rapporte une observation directe (« J'ai vu une petite manufacture ») : dix ouvriers, dans une fabrique « mal outillée », produisent environ douze livres d'épingles par jour, soit plus de 48 000 épingles. Chaque ouvrier produit donc 48 000 ÷ 10 = 4 800 épingles par jour. Un ouvrier isolé n'en ferait « pas une vingtaine » : en retenant 20, le coefficient est 4 800 ÷ 20 = 240. La production par ouvrier est donc au moins 240 fois plus élevée avec la division du travail ; comme l'ouvrier isolé en fait moins de 20, l'écart réel est encore plus grand.

3. Smith avance trois causes : « un accroissement d'habileté » de chaque ouvrier, qui répète la même tâche ; « l'épargne du temps » perdu à passer d'une tâche à l'autre ; enfin « l'invention d'un grand nombre de machines », que la spécialisation rend possible et qui permettent « à un homme de remplir la tâche de plusieurs ».

4. Le texte suit la démarche de l'économiste : il part d'une observation précise, la chiffre (4 800 contre moins de 20), puis propose une explication générale en isolant des causes. La question traitée est bien économique : comment tirer davantage de richesse de ressources rares, ici le travail. La limite est que Smith généralise à partir d'un seul cas, qu'il a vu lui-même : un économiste d'aujourd'hui chercherait à comparer de nombreuses entreprises, toutes choses égales par ailleurs, avant de conclure.

Ce que cette analyse apprend — Repérer, dans un texte d'économiste, le passage de l'observation chiffrée à l'explication causale, et en mesurer la portée.

Document 2 — Durkheim : qu'est-ce qu'un fait social ?

Moyen

Extrait d'ouvrage de méthode sociologique · Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, Paris, Félix Alcan, 1895, chapitres I et II (extraits).

Émile Durkheim, professeur à l'université de Bordeaux, publie en 1895 cet ouvrage pour faire reconnaître la sociologie comme une science à part entière, distincte de la psychologie et de la philosophie. Il s'adresse aux universitaires de la Troisième République.

« Quand je m'acquitte de ma tâche de frère, d'époux ou de citoyen, quand j'exécute les engagements que j'ai contractés, je remplis des devoirs qui sont définis, en dehors de moi et de mes actes, dans le droit et dans les mœurs. […] Le système de signes dont je me sers pour exprimer ma pensée, le système de monnaies que j'emploie pour payer mes dettes, les instruments de crédit que j'utilise dans mes relations commerciales, les pratiques suivies dans ma profession, etc., fonctionnent indépendamment des usages que j'en fais. […] Voilà donc un ordre de faits qui présentent des caractères très spéciaux : ils consistent en des manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s'imposent à lui. […] La première règle et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses. […] Il faut écarter systématiquement toutes les prénotions. »

Vous présenterez le document puis montrerez comment Durkheim définit l'objet et la méthode de la sociologie.

  1. Présentez le document et son auteur.
  2. Relevez les deux caractéristiques d'un fait social selon Durkheim.
  3. Montrez, à l'aide du texte, que la langue est un fait social.
  4. Expliquez les deux règles de méthode énoncées à la fin de l'extrait, puis appliquez-les à l'étude du suicide.
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est extrait des Règles de la méthode sociologique, publiées en 1895 par Émile Durkheim, l'un des fondateurs de la sociologie en France. L'ouvrage cherche à donner à la sociologie un objet propre (le fait social) et une méthode scientifique.

2. Un fait social est d'abord extérieur à l'individu : les devoirs de « frère, d'époux ou de citoyen » sont définis « en dehors de moi », « dans le droit et dans les mœurs ». Il est ensuite contraignant : ces manières d'agir, de penser et de sentir sont « douées d'un pouvoir de coercition » et « s'imposent » à l'individu. Chacun les trouve toutes faites en naissant.

3. La langue est le « système de signes dont je me sers pour exprimer ma pensée ». Elle existait avant moi et me survivra : elle est extérieure. Elle est aussi contraignante : je peux inventer des mots, mais si je ne respecte pas les règles communes, je ne suis pas compris, et l'école sanctionne les fautes. Elle « fonctionne indépendamment des usages » que chacun en fait : c'est donc bien un fait social.

4. « Considérer les faits sociaux comme des choses », c'est les étudier de l'extérieur, comme un physicien étudie un phénomène naturel, en les observant et en les mesurant, plutôt qu'à partir de ce que l'on croit savoir. « Écarter les prénotions », c'est se méfier des idées toutes faites du sens commun. Appliqué au suicide, cela donne la démarche de Durkheim en 1897 : au lieu de supposer que le suicide s'explique par la tristesse ou la folie (prénotions), il mesure des taux de suicide selon la religion, la situation familiale ou le pays, constate des régularités et les explique par le degré d'intégration des individus à leurs groupes.

Ce que cette analyse apprend — Dégager d'un texte théorique une définition et une règle de méthode, puis les appliquer à un exemple précis.

Document 3 — L'abstention à l'élection présidentielle, de 2002 à 2022

Moyen

Tableau statistique · D'après ministère de l'Intérieur et Conseil constitutionnel, résultats officiels des élections présidentielles de 2002, 2007, 2012, 2017 et 2022 (France entière).

Depuis 1965, le président de la République est élu au suffrage universel direct, en deux tours. L'abstention est l'un des premiers objets de la sociologie électorale et de la science politique.

Élection présidentielleAbstention au 1er tour (en % des inscrits)Abstention au 2nd tour (en % des inscrits)
200228,4020,29
200716,2316,03
201220,5219,65
201722,2325,44
202226,3128,01

Champ : électeurs inscrits sur les listes électorales, France entière. Le taux d'abstention rapporte le nombre d'inscrits qui n'ont pas voté au nombre total d'inscrits.

Vous présenterez le document puis montrerez comment un politiste peut l'exploiter pour étudier la participation électorale.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée 26,31 (2022, 1er tour).
  2. Calculez l'évolution de l'abstention au 1er tour entre 2007 et 2022, en points de pourcentage puis en taux de variation.
  3. Quelles hypothèses un politiste peut-il formuler pour expliquer les évolutions du tableau ?
  4. Pourquoi ce tableau ne suffit-il pas à valider ces hypothèses ? Quelles méthodes faudrait-il mobiliser ?
Voir la réponse rédigée

1. Selon le ministère de l'Intérieur et le Conseil constitutionnel, au premier tour de l'élection présidentielle de 2022, en France, 26,31 % des électeurs inscrits sur les listes électorales ne sont pas allés voter, soit un peu plus d'un inscrit sur quatre.

2. Entre 2007 et 2022, l'abstention au premier tour passe de 16,23 % à 26,31 % des inscrits : elle augmente de 26,31 − 16,23 = 10,08 points de pourcentage. Le taux de variation est (26,31 − 16,23) ÷ 16,23 × 100 ≈ +62,1 % : le taux d'abstention a été multiplié par environ 1,62. Au second tour, la hausse est encore plus nette : de 16,03 % à 28,01 %, soit +11,98 points et environ +74,7 %.

3. Le politiste peut formuler plusieurs hypothèses, à tester. L'enjeu perçu du scrutin : en 2002, l'abstention recule fortement entre les deux tours (de 28,40 % à 20,29 %) après la qualification inattendue de Jean-Marie Le Pen, ce qui suggère une mobilisation liée à l'enjeu. L'offre électorale : en 2017 et 2022, l'abstention est plus forte au second tour qu'au premier, alors que c'était l'inverse auparavant, peut-être parce qu'une partie des électeurs ne se reconnaît dans aucun des deux finalistes. Les caractéristiques des électeurs : l'âge, le diplôme ou l'insertion sociale pourraient jouer, et un renouvellement des générations pourrait expliquer une hausse de long terme.

4. Le tableau donne des taux globaux : il montre une évolution et des écarts entre tours, mais il ne dit pas qui s'abstient ni pourquoi. Associer deux évolutions (par exemple la hausse de l'abstention et celle d'une autre variable) ne serait qu'une corrélation. Il faudrait des enquêtes quantitatives sur des échantillons d'inscrits pour mesurer l'abstention selon l'âge ou le diplôme, toutes choses égales par ailleurs, et des entretiens qualitatifs pour comprendre les raisons que les abstentionnistes donnent eux-mêmes à leur comportement.

Ce que cette analyse apprend — Lire un taux, distinguer points de pourcentage et taux de variation, puis passer du constat chiffré aux hypothèses et aux méthodes pour les tester.

Document 4 — La courbe de Phillips : d'une corrélation à un modèle, puis à sa remise en cause

Difficile

Graphique scientifique (nuage de points et courbe ajustée), décrit · A. W. Phillips, « The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates in the United Kingdom, 1861-1957 », Economica, vol. 25, n° 100, novembre 1958.

Alban W. Phillips, économiste néo-zélandais enseignant à la London School of Economics, publie cet article en 1958, à une époque où les gouvernements cherchent à piloter l'économie. Il s'adresse à la communauté des économistes universitaires.

Description du graphique principal de l'article. En abscisse figure le taux de chômage au Royaume-Uni, en % de la population active, sur une échelle allant de 0 à un peu plus de 10 %. En ordonnée figure le taux de variation annuel des salaires nominaux (exprimés en monnaie courante), en %. Chaque point représente une année de la période 1861-1913.

Phillips trace une courbe qui résume le nuage de points : elle est décroissante et convexe. Lorsque le chômage est très faible (1 à 2 %), les salaires progressent rapidement, de plusieurs points par an. Lorsque le chômage atteint environ 5,5 %, les salaires sont à peu près stables. Au-delà, ils baissent légèrement, et la courbe devient presque horizontale.

Dans la suite de l'article, l'auteur place sur des graphiques semblables les années 1913-1948 puis 1948-1957 et observe qu'elles se situent, à quelques exceptions près, à proximité de la courbe tracée pour 1861-1913.

Prolongements. En 1960, les économistes américains Paul Samuelson et Robert Solow transposent la relation aux États-Unis en remplaçant les salaires par les prix : elle devient un arbitrage entre inflation et chômage. En 1968, Milton Friedman soutient que cet arbitrage ne vaut qu'à court terme, tant que les salariés n'anticipent pas l'inflation. Dans les années 1970, après le premier choc pétrolier de 1973, de nombreux pays connaissent à la fois une forte inflation et un chômage en hausse : la stagflation.

À l'aide du document, vous montrerez comment les économistes construisent un modèle à partir de données, et pourquoi ce modèle peut être remis en cause.

  1. Décrivez la relation entre les deux variables du graphique.
  2. S'agit-il d'une corrélation ou d'une causalité ? Quel mécanisme économique pourrait expliquer cette relation ?
  3. Comment Samuelson et Solow transforment-ils ce constat en outil pour les gouvernants ?
  4. En quoi la stagflation des années 1970 remet-elle en cause le modèle ? Que nous apprend cet épisode sur les modèles et sur le raisonnement toutes choses égales par ailleurs ?
Voir la réponse rédigée

1. Le graphique met en relation le taux de chômage (abscisse) et le taux de variation des salaires nominaux (ordonnée) au Royaume-Uni entre 1861 et 1913. La relation est négative : plus le chômage est faible, plus les salaires augmentent vite. Elle n'est pas linéaire : la courbe est convexe, très pentue aux faibles taux de chômage, presque plate au-delà de 5,5 %, niveau où les salaires sont à peu près stables.

2. Le graphique établit une corrélation : les deux variables évoluent en sens contraire sur un demi-siècle. Il ne prouve pas à lui seul une causalité. Mais l'économiste propose un mécanisme qui la rend plausible : quand le chômage est faible, la main-d'œuvre est rare, les employeurs se font concurrence pour recruter et les salariés sont en position de force pour négocier ; les salaires augmentent. Quand le chômage est élevé, c'est l'inverse. C'est la combinaison d'une régularité statistique et d'un mécanisme qui fait un modèle.

3. En 1960, Samuelson et Solow remplacent la hausse des salaires par la hausse des prix et appliquent la relation aux États-Unis. La courbe devient un arbitrage : les gouvernants pourraient « choisir » un peu plus d'inflation pour avoir moins de chômage, ou l'inverse. Un constat descriptif devient ainsi un outil de décision politique.

4. Dans les années 1970, inflation et chômage augmentent ensemble : la relation négative ne se vérifie plus. Friedman avait annoncé en 1968 que la relation dépendait des anticipations d'inflation : tant que les salariés s'attendent à des prix stables, l'arbitrage fonctionne ; quand ils anticipent l'inflation et réclament des hausses de salaire, la courbe se déplace. Autrement dit, la courbe de Phillips était valable toutes choses égales par ailleurs, les anticipations restant stables ; quand cette « autre chose » a changé, la relation a disparu. L'épisode montre qu'un modèle tiré d'une corrélation est provisoire : il faut préciser dans quelles conditions il vaut, et le confronter sans cesse à de nouvelles données. Il n'est pas inutile pour autant : sa remise en cause a fait progresser l'analyse.

Ce que cette analyse apprend — Décrire un graphique scientifique, distinguer la corrélation observée du mécanisme proposé, et montrer qu'un modèle ne vaut que sous certaines conditions.

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