Socialisation primaire et secondaire, instances (famille, école, pairs, médias), socialisation genrée, pluralité des influences (SES de 2nde)
À propos de cette page
Ce cours de SES (2nde) en seconde sur « Comment devenons-nous des acteurs sociaux ? » suit le programme officiel de SES (2nde) de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que la socialisation ?, La famille, instance de la socialisation primaire, École, pairs, médias : la pluralité des instances, Une socialisation différenciée selon le milieu social. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en SES (2nde).
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Le temps consacré aux tâches domestiques selon le sexe
Facile
Tableau statistique · D'après INSEE, enquête Emploi du temps 2009-2010 ; chiffres repris dans INSEE Références, Femmes et hommes, l'égalité en question, 2017.
L'enquête Emploi du temps de l'INSEE mesure, à partir de carnets remplis par les personnes interrogées, le temps consacré à chaque activité de la journée. Celle de 2009-2010 est la plus récente de ce type dont les résultats ont été largement diffusés.
Temps moyen consacré par jour aux tâches domestiques, en 2010
En heures et minutes
En minutes
Femmes
3 h 26
206
Hommes
2 h 00
120
Tâches domestiques : ménage, cuisine, linge, courses, soins aux enfants, bricolage, jardinage… Moyennes calculées sur l'ensemble des jours de la semaine, France métropolitaine.
Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document et faites une phrase de lecture de la donnée concernant les femmes.
Calculez l'écart, en minutes, entre les femmes et les hommes, puis la part du temps domestique total (femmes + hommes) assurée par les femmes.
Montrez que ces écarts peuvent s'expliquer en partie par la socialisation genrée.
Pourquoi la socialisation ne suffit-elle pas à expliquer entièrement ces chiffres ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique, tiré de l'enquête Emploi du temps de l'INSEE réalisée en 2009-2010, compare le temps moyen que les femmes et les hommes consacrent chaque jour aux tâches domestiques en France métropolitaine. Phrase de lecture : selon l'INSEE, en 2010, les femmes consacraient en moyenne 3 h 26 par jour, soit 206 minutes, aux tâches domestiques.
2. Écart : 206 − 120 = 86 minutes, soit 1 h 26 de plus par jour pour les femmes. Temps total : 206 + 120 = 326 minutes. Part assurée par les femmes : (206 ÷ 326) × 100 ≈ 63 %. Les femmes assurent donc près des deux tiers du temps domestique mesuré ici.
3. Dès l'enfance, filles et garçons ne sont pas socialisés de la même manière : on offre plus souvent aux filles des dînettes, des poupées ou des jeux de ménage, et on leur demande davantage d'aider à la maison ; les garçons sont orientés vers le bricolage ou le sport. Les enfants observent aussi, par imprégnation, le partage des tâches entre leurs parents. Ils intériorisent ainsi l'idée que certaines tâches « reviennent » aux femmes. Adultes, ils reproduisent en partie ces rôles appris, ce qui contribue à l'écart de 86 minutes observé dans le document.
4. D'autres facteurs interviennent. Les hommes travaillent plus souvent à temps plein et plus longtemps dans l'emploi rémunéré, ce qui pèse sur le temps disponible, et ces écarts de temps de travail ont eux-mêmes des causes économiques (salaires, temps partiel). Le partage des tâches se négocie aussi dans le couple et évolue avec les politiques publiques. Enfin, une moyenne cache une grande diversité de situations : certains couples partagent également, d'autres non. La socialisation éclaire donc ces chiffres sans les expliquer à elle seule.
Ce que cette analyse apprend — Lire une donnée, calculer un écart et une part en pourcentage, puis relier le chiffre à un mécanisme sociologique sans en faire la seule cause.
Document 2 — Apprendre son rôle à la maison au XVIIIe siècle
Moyen
Peinture (huile sur toile) · Jean Siméon Chardin, La Mère laborieuse, huile sur toile, exposée au Salon de 1740, Paris, musée du Louvre.
Jean Siméon Chardin (1699-1779) est un peintre français connu pour ses natures mortes et ses scènes de la vie quotidienne de la petite bourgeoisie parisienne. Le tableau est présenté au public du Salon, l'exposition de l'Académie royale de peinture, en 1740.
Description du tableau. La scène se déroule dans un intérieur domestique simple et soigné, rendu dans des tons bruns et ocre, sous une lumière douce. Une mère, assise, tient sur ses genoux un ouvrage de tapisserie. Près d'elle se tient sa fille, une jeune adolescente vêtue avec soin, qui se penche vers l'ouvrage : la mère lui montre, dans le travail réalisé, une erreur à corriger. Autour d'elles, des pelotes de laine et du matériel de travail textile sont posés au sol et sur le mobilier. Aucun homme n'apparaît dans la pièce. Les deux figures sont calmes et concentrées : il n'y a ni colère, ni punition visible, mais une leçon patiente. Chardin peint à la même époque d'autres scènes d'éducation domestique, comme Le Bénédicité, montrées au même Salon de 1740.
Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document (nature, auteur, date, sujet).
Quelle instance de socialisation est représentée, et selon quel mode de transmission ?
En quoi ce tableau illustre-t-il une socialisation genrée ?
Quelles précautions faut-il prendre pour utiliser une œuvre d'art comme document en SES, et que peut-on dire de la situation actuelle ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'un tableau de Jean Siméon Chardin, La Mère laborieuse, huile sur toile exposée au Salon de 1740 et conservée au musée du Louvre. Il représente, dans un intérieur de la petite bourgeoisie parisienne du XVIIIe siècle, une mère qui corrige l'ouvrage de tapisserie de sa fille.
2. L'instance représentée est la famille, instance de la socialisation primaire. La transmission est ici explicite : la mère montre du doigt une erreur et enseigne la bonne manière de faire, comme une maîtresse d'école. Elle est aussi affective : la scène est calme, la correction se fait sans violence, dans une relation de proximité qui favorise l'intériorisation. On peut enfin supposer une transmission implicite : en voyant sa mère travailler la laine, la fille apprend que cette activité fait partie de sa vie future.
3. La socialisation est genrée parce que la tâche transmise, le travail textile domestique, est associée au rôle féminin : c'est une mère qui l'enseigne à sa fille, et aucun homme n'est présent. La fille apprend un savoir-faire, mais aussi une norme (bien faire son ouvrage, être appliquée) et un rôle (tenir la maison). Le titre, qui qualifie la mère de « laborieuse », valorise ce modèle de femme travailleuse au foyer.
4. Une œuvre d'art n'est pas une photographie de la réalité : elle représente un idéal, destiné au public du Salon, et un milieu social précis (la petite bourgeoisie), pas toute la société de 1740. Elle montre des normes valorisées plus qu'elle ne mesure des pratiques. Aujourd'hui, la mixité scolaire est générale depuis la loi Haby de 1975 et les filles font souvent des études plus longues ; pourtant, la répartition inégale des tâches domestiques (3 h 26 contre 2 h par jour selon l'INSEE en 2010) montre que cette socialisation genrée a laissé des traces durables.
Ce que cette analyse apprend — Décrire avant d'interpréter, relier chaque élément de l'image à une notion (instance, mode de transmission, rôle), puis critiquer la portée du document.
Document 3 — L'éducation selon Durkheim : une contrainte qui devient habitude
Moyen
Extrait d'ouvrage de sociologie (document d'époque) · Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, chapitre I, Paris, Félix Alcan, 1895.
Émile Durkheim (1858-1917) est l'un des fondateurs de la sociologie française. Dans cet ouvrage de 1895, il veut montrer que les faits sociaux s'imposent aux individus de l'extérieur, et prend l'éducation comme exemple.
« Quand on observe les faits tels qu'ils sont et tels qu'ils ont toujours été, il saute aux yeux que toute éducation consiste dans un effort continu pour imposer à l'enfant des manières de voir, de sentir et d'agir auxquelles il ne serait pas spontanément arrivé. Dès les premiers temps de sa vie, nous le contraignons à manger, à boire, à dormir à des heures régulières, nous le contraignons à la propreté, au calme, à l'obéissance ; plus tard, nous le contraignons pour qu'il apprenne à tenir compte d'autrui, à respecter les usages, les convenances, nous le contraignons au travail, etc. Si, avec le temps, cette contrainte cesse d'être sentie, c'est qu'elle donne peu à peu naissance à des habitudes, à des tendances internes qui la rendent inutile, mais qui ne la remplacent que parce qu'elle en dérive. […] Ce qui rend ces faits particulièrement instructifs, c'est que l'éducation a justement pour objet de faire l'être social ; on y peut donc voir, comme en raccourci, de quelle manière cet être s'est constitué dans l'histoire. Cette pression de tous les instants que subit l'enfant, c'est la pression même du milieu social qui tend à le façonner à son image et dont les parents et les maîtres ne sont que les représentants et les intermédiaires. »
Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document et dégagez son idée principale.
Relevez deux exemples de « manières d'agir » imposées à l'enfant et classez-les selon l'âge.
Expliquez la phrase : « cette contrainte cesse d'être sentie ».
Qui sont, selon Durkheim, les « intermédiaires » du milieu social ? Quelles instances actuelles pourrait-on ajouter ?
Quelle limite peut-on opposer à cette vision de la socialisation ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce texte est extrait du premier chapitre des Règles de la méthode sociologique, publié en 1895 par Émile Durkheim, l'un des fondateurs de la sociologie. Son idée principale est que l'éducation est une contrainte exercée par la société sur l'enfant pour lui imposer des « manières de voir, de sentir et d'agir » qu'il n'aurait pas adoptées seul : autrement dit, l'éducation fabrique « l'être social ».
2. Dans la petite enfance, on contraint l'enfant « à manger, à boire, à dormir à des heures régulières » et « à la propreté ». Plus tard, on l'oblige « à respecter les usages, les convenances » et on le contraint « au travail ». Les premières normes concernent le corps et le rythme de vie ; les suivantes concernent les relations avec autrui et les obligations sociales.
3. Au début, l'enfant ressent la règle comme une obligation extérieure, qu'il respecte parce qu'on le surveille ou le punit. Avec la répétition, la règle devient une « habitude », une « tendance interne » : l'adolescent se brosse les dents ou dit bonjour sans y penser, parce que cela lui semble naturel. C'est l'intériorisation : la contrainte n'a plus besoin d'être exercée parce qu'elle est devenue une disposition de l'individu, qui « en dérive ».
4. Les intermédiaires sont « les parents et les maîtres », c'est-à-dire la famille et l'école. Aujourd'hui, on ajoute le groupe de pairs, qui socialise horizontalement, et les médias (télévision, réseaux sociaux), dont l'influence est diffuse, ainsi que les instances de la socialisation secondaire comme l'entreprise.
5. Durkheim insiste sur la contrainte et présente l'enfant comme façonné « à l'image » du milieu. Or l'enfant participe à sa socialisation : Mead (1934) montre qu'il se construit en interaction, et Lahire (1998) que les influences, souvent contradictoires, laissent place à des choix et à des écarts. De plus, le « milieu social » n'est pas unique : la socialisation diffère selon la classe sociale et le genre. L'individu est donc un acteur, pas seulement un produit.
Ce que cette analyse apprend — Exploiter un texte ancien en citant ses formules exactes, puis le confronter à des auteurs plus récents pour en montrer la portée et les limites.
Document 4 — Des réussites scolaires improbables en milieu populaire
Difficile
Présentation résumée d'une enquête sociologique · Bernard Lahire, Tableaux de familles. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, Paris, Gallimard-Le Seuil, coll. « Hautes Études », 1995.
Bernard Lahire, sociologue français né en 1963, a été l'élève de Pierre Bourdieu. Cette enquête, publiée en 1995, cherche à expliquer ce que les grandes statistiques sur l'inégalité des chances laissent dans l'ombre : les écarts individuels à l'intérieur d'un même milieu.
Document résumé (l'auteur est vivant : son texte est présenté et non reproduit).
Au début des années 1990, le sociologue Bernard Lahire enquête auprès de familles de milieux populaires de la région lyonnaise dont les enfants sont en CE2. Statistiquement, ces enfants ont moins de chances de réussir à l'école que les enfants de cadres. Pourtant, certains réussissent bien, d'autres sont en grande difficulté. Lahire cherche à comprendre ces écarts à l'intérieur d'un même milieu social.
Il refuse l'explication courante par la « démission parentale » : la plupart des parents rencontrés accordent une grande importance à l'école, même lorsqu'ils ne peuvent pas aider directement leurs enfants. Il dresse des portraits de familles et met en évidence plusieurs dimensions qui varient d'une famille à l'autre : les usages familiaux de l'écrit (listes, calendriers, courriers, lecture), les conditions économiques, l'« ordre moral domestique » (régularité des horaires, rangement, discipline), les manières d'exercer l'autorité parentale et les formes d'investissement dans la scolarité.
La réussite apparaît quand la configuration familiale transmet des dispositions compatibles avec l'école : une sœur aînée qui fait réviser, une grand-mère lectrice, des horaires réguliers, une autorité qui ressemble à celle de l'enseignant. À l'inverse, des parents très attachés à l'école peuvent ne pas parvenir à transmettre ces dispositions. Lahire parle de « configurations familiales » : ce n'est pas le milieu social pris en bloc, mais la combinaison concrète des personnes et des pratiques qui compte.
Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document et formulez la question que se pose l'auteur.
Pourquoi la réussite scolaire de certains de ces enfants peut-elle être qualifiée d'« improbable » ?
Quels éléments de la socialisation familiale expliquent, selon l'enquête, ces réussites ?
En quoi ce document illustre-t-il la pluralité des influences socialisatrices ?
Ce document contredit-il l'idée que le milieu social influence la réussite scolaire ? Justifiez.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document résume l'enquête du sociologue Bernard Lahire publiée en 1995 sous le titre Tableaux de familles. Réalisée au début des années 1990 auprès de familles populaires de la région lyonnaise dont les enfants sont en CE2, elle pose la question suivante : pourquoi, dans un même milieu social défavorisé scolairement, certains enfants réussissent-ils et d'autres échouent-ils ?
2. Elle est improbable au sens statistique : en moyenne, les enfants d'ouvriers et d'employés réussissent moins bien à l'école que les enfants de cadres, parce que leur socialisation familiale est moins proche des attentes scolaires (langage, rapport à l'écrit). Une réussite en milieu populaire s'écarte donc de la tendance générale ; elle n'est pas impossible, mais moins fréquente.
3. Le document met en avant plusieurs éléments. D'abord le rapport à l'écrit : des listes, des calendriers, des lectures familiarisent l'enfant avec la culture écrite de l'école. Ensuite l'« ordre moral domestique » : des horaires réguliers et une discipline qui ressemble à celle de la classe. Puis la présence d'un membre de la famille doté d'un capital scolaire, comme une sœur aînée qui fait réviser ou une grand-mère lectrice. Enfin, une autorité parentale et un investissement dans la scolarité compatibles avec les attentes de l'enseignant. C'est la combinaison de ces éléments, la « configuration familiale », qui fait la différence.
4. L'enfant n'est pas socialisé par « la famille » en bloc, mais par plusieurs personnes aux dispositions différentes : des parents peu diplômés, une sœur étudiante, une grand-mère lectrice. Chacune transmet quelque chose, parfois de façon contradictoire. Lahire généralisera cette idée en 1998 dans L'Homme pluriel : chacun est le produit d'influences multiples, familiales, scolaires, amicales, qui ne vont pas toutes dans le même sens. Cette pluralité explique des trajectoires improbables.
5. Non, il le nuance. Le point de départ de l'enquête est justement l'existence d'une tendance : les enfants de milieux populaires réussissent moins souvent. Lahire ne nie pas cette inégalité, mais il montre que le milieu social agit à travers des pratiques concrètes, qui varient d'une famille à l'autre. La réussite improbable ne prouve pas que le milieu ne compte pas : elle s'explique elle-même par une socialisation particulière. Ce document prolonge donc l'analyse de Bourdieu plutôt qu'il ne la réfute.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer une tendance statistique d'un cas individuel et montrer qu'une exception s'explique, elle aussi, par des mécanismes sociaux.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.