À propos de cette page
Ce cours de SES (2nde) en seconde sur « Comment devenons-nous des acteurs sociaux ? » suit le programme officiel de SES (2nde) de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que la socialisation ?, La famille, instance de la socialisation primaire, École, pairs, médias : la pluralité des instances, Une socialisation différenciée selon le milieu social. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en SES (2nde).
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Dissertation — Dans quelle mesure la socialisation explique-t-elle les différences de comportement entre les individus ?
Analyse des termes — La socialisation est le processus par lequel l'individu intériorise les normes et les valeurs de ses groupes ; les « différences de comportement » concernent aussi bien les écarts entre groupes (milieux sociaux, sexes) que les écarts entre individus d'un même groupe. « Dans quelle mesure » invite à montrer la force de l'explication, puis ses limites.
Problématique — Si la socialisation explique pourquoi les comportements diffèrent selon le milieu social et le genre, peut-elle aussi rendre compte des singularités individuelles, et laisse-t-elle place à l'individu comme acteur ?
Introduction rédigéePourquoi deux élèves d'une même classe, nés la même année, ne lisent-ils pas les mêmes livres, ne pratiquent-ils pas les mêmes sports et n'envisagent-ils pas les mêmes études ? Le sens commun invoque souvent le caractère ou le talent. La sociologie propose une autre réponse : la socialisation, c'est-à-dire le processus par lequel un individu apprend et intériorise les normes, règles de conduite, et les valeurs, idéaux jugés désirables, de la société et des groupes auxquels il appartient. Les différences de comportement désignent ici aussi bien les écarts entre groupes, milieux sociaux ou sexes, que les écarts entre individus d'un même groupe. Dès lors, si la socialisation explique pourquoi les comportements varient selon le milieu et le genre, peut-elle aussi rendre compte des singularités individuelles, et laisse-t-elle une place à l'individu comme acteur ? Nous verrons d'abord que la socialisation explique des différences entre groupes sociaux (I), puis que, plurielle et continue, elle éclaire aussi les différences entre individus d'un même groupe (II), avant de montrer que l'individu n'est pas pour autant le simple produit de sa socialisation (III).
I. La socialisation explique des différences de comportement entre groupes sociaux
- Chaque société et chaque époque transmettent leurs propres normes : les comportements « normaux » varient donc dans le temps.Durkheim, 1895 : l'éducation impose des « manières de voir, de sentir et d'agir » ; La Mère laborieuse de Chardin (1740) montre une transmission de rôles féminins qui a beaucoup reculé depuis la mixité scolaire (loi Haby, 1975).
- Le milieu social façonne des goûts et des pratiques différents.Bourdieu, La Distinction (1979) : les goûts varient selon les classes sociales ; Enfances de classe (2019) : écarts nets dès la grande section de maternelle.
- Le genre produit des comportements différenciés, de l'enfance à l'âge adulte.Beauvoir, 1949 ; INSEE, enquête Emploi du temps 2010 : 3 h 26 de tâches domestiques par jour pour les femmes contre 2 h pour les hommes.
II. Plurielle et continue, la socialisation explique aussi les différences entre individus d'un même groupe
- Les instances ne transmettent pas toutes les mêmes normes : chaque individu combine des influences différentes.Lahire, L'Homme pluriel (1998) : famille, école, pairs et médias peuvent se contredire.
- La socialisation secondaire transforme les individus selon les groupes qu'ils rejoignent.Berger et Luckmann (1966) ; Becker, Outsiders (1963) : les musiciens de danse de Chicago adoptent les normes de leur groupe.
- La pluralité des influences explique des trajectoires improbables.Lahire, Tableaux de familles (1995) : réussites scolaires en milieu populaire grâce à une sœur aînée ou une grand-mère lectrice ; notion de transclasse (Jaquet, 2014).
III. Mais l'individu n'est pas le simple produit de sa socialisation
- L'individu interprète et s'approprie les normes : il est un acteur social.Mead (1934) : l'enfant se construit en interaction avec autrui et avec l'« autrui généralisé ».
- Les comportements dépendent aussi de la situation présente : règles, ressources, contraintes économiques.L'allongement du congé de paternité à 28 jours au 1er juillet 2021 modifie les conditions dans lesquelles les pères s'occupent des nouveau-nés, indépendamment de leur socialisation.
- L'individu peut prendre ses distances avec ce qu'il a appris, notamment quand il en prend conscience.La socialisation anticipatrice (Merton, début des années 1950) montre qu'on peut viser un groupe et en adopter les normes par choix.
Conclusion rédigéeLa socialisation explique pour une large part les différences de comportement : elle rend compte des écarts entre milieux sociaux, qu'illustre la notion d'habitus, et entre femmes et hommes, comme le montrent les 3 h 26 de tâches domestiques des femmes contre 2 h pour les hommes en 2010. Parce qu'elle est plurielle et se poursuit toute la vie, elle éclaire aussi les singularités individuelles et les trajectoires improbables. Elle n'explique pourtant pas tout : l'individu interprète les normes, agit dans des situations qui ont leurs propres contraintes et peut viser d'autres groupes que le sien. Nous devenons donc des acteurs sociaux à partir de notre socialisation, non malgré elle. Reste à savoir si ces différences de socialisation se transforment en inégalités durables, notamment à l'école : c'est toute la question de l'égalité des chances.
Le piège — Réciter le cours sur les instances (famille, école, pairs, médias) sans jamais relier chaque instance à une différence de comportement précise : le sujet porte sur les différences, pas sur la liste des instances.
Sujet 2 — Épreuve composée, partie 3 (raisonnement appuyé sur un dossier documentaire) — À l'aide de vos connaissances et des documents du chapitre (tableau de l'INSEE sur les tâches domestiques, tableau de Chardin, texte de Durkheim), vous montrerez que la socialisation des filles et des garçons est différenciée.
Analyse des termes — Il faut montrer, et non discuter, que filles et garçons n'apprennent pas les mêmes normes, rôles et goûts, en mobilisant les instances (famille, école, pairs, médias) et au moins un chiffre du dossier. Le raisonnement suit l'ordre de la vie : l'enfance, l'école et les pairs, puis les effets à l'âge adulte.
Problématique — Comment les différentes instances de socialisation transmettent-elles aux filles et aux garçons des rôles distincts, et avec quels effets durables ?
Introduction rédigéeDans les rayons de jouets, les dînettes et les poupées côtoient rarement les camions et les jeux de construction. Ce détail du quotidien signale un phénomène que les sociologues nomment socialisation différenciée : filles et garçons n'intériorisent pas les mêmes normes et les mêmes rôles. Le genre désigne en effet l'ensemble des rôles et des attentes que la société associe au masculin et au féminin, par opposition au sexe biologique. Le dossier en donne trois éclairages : une scène d'éducation domestique peinte par Chardin en 1740, un texte de Durkheim de 1895 sur l'éducation comme contrainte intériorisée, et des données de l'INSEE sur le temps domestique en 2010. Comment les instances de socialisation transmettent-elles aux filles et aux garçons des rôles distincts, et avec quels effets durables ? Nous montrerons que cette socialisation genrée commence dans la famille (I), qu'elle est prolongée par l'école et les pairs (II) et qu'elle a des effets durables, sans être figée (III).
I. Dans la famille, une socialisation genrée précoce
- Les adultes n'adoptent pas les mêmes comportements envers les bébés selon leur sexe.Gianini Belotti, Du côté des petites filles (1973, traduit en 1974) : manière de parler, de porter, de réprimander.
- Jouets, couleurs, activités encouragées et tâches demandées diffèrent.Chardin, La Mère laborieuse (1740) : la mère transmet à sa fille le travail textile domestique ; aujourd'hui encore, dînettes pour les filles, bricolage ou football pour les garçons.
- L'enfant imite par imprégnation le partage des tâches entre ses parents.Durkheim (1895) : les habitudes naissent d'une contrainte qui « cesse d'être sentie » ; l'exemple parental s'intériorise sans discours explicite.
II. L'école et les pairs prolongent ces différences
- L'école mixte n'est pas neutre : attentes et interactions diffèrent selon le sexe.Mixité généralisée par la loi Haby (1975) ; Duru-Bellat, L'École des filles (1990).
- Les orientations restent très sexuées malgré de meilleurs résultats des filles.Les filles réussissent en moyenne mieux au baccalauréat mais restent nettement minoritaires en spécialité NSI.
- Les pairs et les médias sanctionnent les écarts à la norme de genre.Moqueries envers le garçon qui fait de la danse ou la fille qui joue au rugby : sanction sociale négative.
III. Des effets durables, mais non figés
- À l'âge adulte, la répartition des tâches domestiques reste inégale.INSEE, 2010 : 3 h 26 par jour pour les femmes, 2 h pour les hommes, soit 86 minutes d'écart et environ 63 % du temps domestique assuré par les femmes.
- Ces rôles appris se transforment dans le temps, ce qui prouve qu'ils sont sociaux.Écart entre la scène de 1740 et la scolarisation mixte actuelle ; Beauvoir, 1949 : « On ne naît pas femme : on le devient. »
- La pluralité des influences permet des parcours non conformes.Lahire, L'Homme pluriel (1998) : un parent, un enseignant ou des amis peuvent transmettre d'autres modèles.
Conclusion rédigéeLa socialisation des filles et des garçons est bien différenciée : dès la naissance dans la famille, puis à l'école et parmi les pairs, les enfants apprennent des rôles distincts, par l'exemple, la parole et la sanction. Ses effets se lisent jusque dans la vie adulte, puisque les femmes assuraient en 2010 près des deux tiers du temps domestique. Mais ce qui est appris peut évoluer : la comparaison entre 1740 et aujourd'hui, comme la pluralité des influences, le montre. On peut alors se demander dans quelle mesure les politiques publiques, à l'école ou dans l'emploi, peuvent réduire ces écarts.
Le piège — Ne pas utiliser les documents, ou les paraphraser sans les exploiter : en partie 3, chaque idée doit s'appuyer sur un document cité précisément (auteur, date, chiffre) ou sur une connaissance du cours.