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Méthode de l'analyse de document(s) en histoire-géographie

Présenter un document, répondre à la consigne, confronter texte, image, carte ou statistique à ses connaissances (histoire-géographie au lycée)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « Méthode de l'analyse de document(s) en histoire-géographie » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Ce qu'on attend : expliquer et critiquer un document, Étape 1 : lire la consigne avant le document, Étape 2 : présenter le document, Étape 3 : prélever, citer, expliquer. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Rédiger la présentation d'un texte : Kant et les Lumières

Facile

Texte philosophique · article de revue · Emmanuel Kant, « Réponse à la question : qu'est-ce que les Lumières ? », Berlinische Monatsschrift, décembre 1784 (traduit de l'allemand, extraits).

Emmanuel Kant (1724-1804), professeur à l'université de Königsberg, en Prusse, répond en 1784 à une question posée l'année précédente dans la même revue berlinoise, lue par le public cultivé. La Prusse est alors gouvernée par Frédéric II (1740-1786), souverain qui se veut éclairé.

« Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de minorité dont il est lui-même responsable. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui. On en est soi-même responsable lorsque la cause n'en est pas un manque d'entendement, mais un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans la direction d'autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières.
La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu'un si grand nombre d'hommes, alors que la nature les a depuis longtemps affranchis de toute direction étrangère, restent pourtant volontiers mineurs toute leur vie, et qu'il est si facile à d'autres de s'ériger en tuteurs. Il est si commode d'être mineur. Si j'ai un livre qui me tient lieu d'entendement, un directeur de conscience qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge à ma place de mon régime, je n'ai pas besoin de faire moi-même d'effort. […]
Pour ces Lumières, il n'est rien requis d'autre que la liberté, et même la plus inoffensive de toutes les libertés : celle de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines. »

Présentez le document, puis montrez comment Kant définit les Lumières et ce qu'il attend du pouvoir politique.

  1. Relevez la nature du document, son auteur et sa fonction, sa date et son lieu de publication, puis identifiez son destinataire.
  2. Rédigez une présentation du document en quatre à cinq phrases, reliée à la consigne.
  3. Expliquez, en citant le texte, la définition des Lumières que propose Kant.
  4. Quelle condition politique Kant pose-t-il aux Lumières ? Montrez pourquoi elle prend un sens particulier dans la Prusse de Frédéric II.
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un article de revue de nature philosophique. Son auteur, Emmanuel Kant, est professeur à l'université de Königsberg, en Prusse. Il paraît en décembre 1784 dans la Berlinische Monatsschrift, revue publiée à Berlin. Il s'adresse au public cultivé qui lit cette revue : non pas au roi ni aux seuls savants, mais à des lecteurs instruits qu'il invite à penser par eux-mêmes.

2. Avant (présentation à éviter) : « Ce texte est de Kant, un philosophe, en 1784. Il parle des Lumières. »
Après : « Le document est un extrait d'un article publié en décembre 1784 dans une revue berlinoise par le philosophe Emmanuel Kant, professeur à l'université de Königsberg. Il répond à une question débattue par les lecteurs cultivés de l'époque : qu'est-ce que les Lumières ? À la fin du XVIIIe siècle, ce mouvement intellectuel européen, porté en France par Voltaire, Diderot ou Montesquieu, affirme la valeur de la raison contre l'autorité non discutée. Kant écrit dans la Prusse de Frédéric II, un roi qui se veut éclairé mais reste un souverain absolu. Ce texte permet donc de comprendre à la fois ce que les Lumières disent d'elles-mêmes et ce qu'elles attendent du pouvoir. »

3. Kant définit les Lumières comme « la sortie de l'homme hors de l'état de minorité ». La minorité désigne l'état de l'enfant qui dépend d'un tuteur : l'homme mineur ne pense pas par lui-même, il laisse d'autres penser pour lui. Kant précise que cette minorité est « dont il est lui-même responsable » : elle ne vient pas d'un manque d'intelligence mais d'un « manque de résolution et de courage ». D'où la devise « Sapere aude ! », « ose savoir », empruntée au poète latin Horace. Les trois exemples du « livre », du « directeur de conscience » et du « médecin » montrent que les tuteurs sont des autorités ordinaires : les Lumières sont d'abord un effort personnel pour juger sans s'en remettre à une autorité, notamment religieuse.

4. La seule condition posée est « la liberté », et précisément la liberté de « faire un usage public de sa raison », c'est-à-dire de publier ses idées devant les lecteurs. Kant ne réclame ni révolution ni changement de régime : il demande au souverain de laisser les gens écrire et débattre. Cette demande a un sens précis en Prusse : Frédéric II pratique une large tolérance religieuse et correspond avec Voltaire, mais il gouverne seul. Dans la suite de l'article, Kant lui prête d'ailleurs la formule « Raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez ! ». Regard critique : le texte montre donc des Lumières réformatrices, qui comptent sur un prince éclairé, et non des Lumières révolutionnaires.

Ce que cette analyse apprend — Présenter un document, c'est relier nature, auteur, date et destinataire à la consigne, pas remplir une fiche d'identité.

Document 2 — Exploiter un tableau statistique : les migrations internationales dans le monde

Moyen

Tableau statistique · D'après Nations unies, Département des affaires économiques et sociales (DESA), International Migrant Stock 2020, 2020 ; valeurs arrondies.

Les Nations unies publient régulièrement l'estimation du nombre de migrants internationaux à partir des recensements nationaux. Le document relève du thème de géographie de 2nde « Des mobilités généralisées ».

A. Nombre de migrants internationaux dans le monde (un migrant international est une personne qui réside dans un autre pays que son pays de naissance)

AnnéeMigrants internationaux (en millions)Part de la population mondiale (en %)
19901532,9
20001732,8
20102213,2
20202813,6

B. Répartition des migrants internationaux selon la région de résidence, en 2020

Région de résidenceMigrants (en millions)
Europe87
Asie86
Amérique du Nord59
Afrique25
Amérique latine et Caraïbes15
Océanie9
Total281

À l'aide du document et de vos connaissances, montrez que les migrations internationales augmentent fortement depuis 1990, puis nuancez l'idée de mobilités « généralisées ».

  1. Présentez le document : nature, source, unités, période couverte.
  2. Calculez l'augmentation du nombre de migrants entre 1990 et 2020, en valeur absolue puis en pourcentage.
  3. Décrivez l'évolution de la part des migrants dans la population mondiale. Que révèle la comparaison des deux colonnes du tableau A ?
  4. Où résident les migrants en 2020 ? Nuancez l'idée que les migrations se dirigeraient uniquement vers l'Europe et l'Amérique du Nord.
  5. Quelles mobilités ce document ne mesure-t-il pas ? Concluez sur ses limites.
Voir la réponse rédigée

1. Le document est composé de deux tableaux statistiques construits d'après les estimations publiées en 2020 par le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies. Le tableau A donne, de 1990 à 2020, le nombre de migrants internationaux en millions et leur part dans la population mondiale en pourcentage ; le tableau B répartit les migrants de 2020 selon leur région de résidence. La source est une organisation internationale qui compile les recensements des États : les chiffres sont des estimations arrondies, fiables comme ordres de grandeur.

2. Entre 1990 et 2020, le nombre de migrants passe de 153 à 281 millions, soit une hausse de 281 − 153 = 128 millions. En pourcentage : 128 ÷ 153 × 100 ≈ 84 %. Le nombre de migrants internationaux a donc été multiplié par 1,8 environ en trente ans. La hausse s'accélère : + 20 millions entre 1990 et 2000, + 48 millions entre 2000 et 2010, + 60 millions entre 2010 et 2020.

3. La part des migrants dans la population mondiale reste faible et stable jusqu'en 2000 (2,9 % puis 2,8 %), puis progresse lentement jusqu'à 3,6 % en 2020, soit + 0,7 point en trente ans. La comparaison des deux colonnes est essentielle : le nombre de migrants augmente beaucoup plus vite que leur part, parce que la population mondiale elle-même augmente fortement sur la période, de plus de 5 milliards à près de 8 milliards d'habitants. Autrement dit, en 2020, plus de 96 % des êtres humains vivent dans leur pays de naissance : la migration internationale reste l'exception.

4. En 2020, l'Europe (87 millions) et l'Amérique du Nord (59 millions) accueillent ensemble 146 millions de migrants, soit un peu plus de la moitié du total (146 ÷ 281 ≈ 52 %). Mais l'Asie en accueille presque autant que l'Europe (86 millions) et l'Afrique 25 millions : ensemble, elles reçoivent environ 40 % des migrants. Une grande part des migrations se fait donc entre pays du Sud ou vers des pays asiatiques qui attirent la main-d'œuvre étrangère, comme les monarchies pétrolières du Golfe. L'idée d'un flux unique du Sud vers le Nord est une simplification.

5. Le document ne mesure que les personnes installées dans un autre pays que leur pays de naissance. Il ignore les migrations internes, pourtant massives : en Chine, l'exode rural a déplacé plusieurs centaines de millions de personnes des campagnes vers les villes. Il ignore aussi les mobilités temporaires, en particulier le tourisme international, qui représentait environ 1,5 milliard d'arrivées en 2019 selon l'Organisation mondiale du tourisme, et les déplacements quotidiens de travail. Ainsi, les mobilités sont bien « généralisées » si l'on compte toutes leurs formes, mais la migration durable hors de son pays reste le fait d'une petite minorité de l'humanité.

Ce que cette analyse apprend — Un chiffre ne s'exploite qu'en le comparant : calculer, mettre en rapport deux colonnes, puis dire ce que le tableau ne mesure pas.

Document 3 — Décrire puis interpréter une image : le portrait de Louis XIV par Rigaud

Moyen

Tableau peint · portrait officiel · Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en costume de sacre, 1701, huile sur toile, 277 × 194 cm, Paris, musée du Louvre.

En 1701, Louis XIV règne depuis 1643 et gouverne personnellement depuis 1661 ; la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) commence pour défendre le trône de son petit-fils. Le portrait officiel, destiné à être copié et exposé, montre le roi tel qu'il veut être vu par la cour, les ambassadeurs et les souverains étrangers.

Description du tableau. Le roi, âgé de 63 ans, est représenté en pied, debout, le regard tourné vers le spectateur, la main gauche sur la hanche. Il porte le grand manteau du sacre, bleu semé de fleurs de lys d'or et doublé d'hermine, relevé pour dégager les jambes, gainées de bas de soie blancs ; ses chaussures ont des talons rouges. À son côté pend l'épée dite de Charlemagne. De la main droite, il tient le sceptre à l'envers, la pointe appuyée sur un coussin, à la manière d'une canne. Sur ce coussin, posé sur un tabouret recouvert d'un tissu fleurdelisé, reposent la couronne et la main de justice. Le trône se devine derrière lui. Une lourde draperie rouge et or, suspendue au-dessus du roi, s'ouvre comme un rideau de théâtre ; à l'arrière-plan se dresse une colonne antique posée sur un socle sculpté.

Histoire du tableau. Commandé à l'origine pour être offert au petit-fils du roi, Philippe V, devenu roi d'Espagne, le portrait plaît tant à Louis XIV qu'il le garde pour Versailles et en fait faire une copie pour Madrid.

Décrivez le tableau, puis montrez comment il met en scène la monarchie absolue de droit divin. Précisez ce qu'il ne montre pas de l'exercice réel du pouvoir.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, commanditaire et destinataires.
  2. Décrivez l'image en distinguant le personnage, les attributs du pouvoir et le décor.
  3. Interprétez les attributs et le décor : quelle conception du pouvoir le tableau exprime-t-il ?
  4. En quoi ce portrait est-il un instrument de propagande ? Que ne montre-t-il pas de la situation du royaume vers 1701 ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un portrait officiel peint à l'huile en 1701 par Hyacinthe Rigaud, portraitiste réputé de la cour. Il a été commandé pour être offert à Philippe V, petit-fils de Louis XIV devenu roi d'Espagne, mais le roi l'a conservé pour Versailles. Ses destinataires sont donc la cour, les visiteurs du palais et, par les copies et les gravures, les souverains étrangers : ce n'est pas un portrait intime mais une image politique.

2. Avant (description à éviter) : « On voit Louis XIV habillé en roi avec une couronne, c'est très riche. »
Après : Au centre, le roi se tient debout, en pied, dans une pose assurée, main sur la hanche. Il porte le manteau du sacre bleu semé de fleurs de lys d'or et doublé d'hermine. Les attributs du pouvoir l'entourent : l'épée dite de Charlemagne à son côté, le sceptre dans sa main droite, la couronne et la main de justice posées sur un coussin fleurdelisé. Le décor est celui d'un palais : trône, colonne antique, lourde draperie rouge et or qui encadre la scène.

3. Le tableau exprime une monarchie de droit divin : le costume est celui du sacre de Reims, cérémonie par laquelle le roi reçoit l'onction et tient son pouvoir de Dieu. Les fleurs de lys rappellent la dynastie, l'épée de Charlemagne inscrit Louis XIV dans une lignée qui remonte au grand empereur, la main de justice rappelle que le roi est le juge suprême du royaume. Le pouvoir est absolu, au sens de l'époque : il ne dépend d'aucune autre autorité, ce que suggère la solitude du roi, seul personnage de la toile. La colonne antique évoque la stabilité et la grandeur, la draperie transforme la scène en spectacle : le roi se montre, et se montrer est une manière de gouverner, comme dans le cérémonial de Versailles.

4. Le portrait est un instrument de propagande parce qu'il est conçu pour être reproduit et exposé : il fixe une image idéale du roi, sans âge et sans faiblesse, à destination des sujets comme des cours étrangères. Il ne montre rien des difficultés du règne. En 1701 commence la guerre de Succession d'Espagne, qui durera jusqu'en 1714 ; les guerres imposent de nouveaux impôts, comme la capitation créée en 1695, et le royaume connaîtra la terrible famine du grand hiver de 1709. Le tableau ne montre pas non plus les limites pratiques du pouvoir : le roi gouverne par l'intermédiaire des intendants, doit composer avec les privilèges des provinces et des corps, et n'a réduit le droit de remontrance des parlements qu'en 1673. L'image de toute-puissance est donc un programme autant qu'une réalité.

Ce que cette analyse apprend — Décrire d'abord ce qu'on voit, dire ensuite ce que cela signifie, puis se demander qui a voulu cette image et ce qu'elle cache.

Document 4 — Rédiger un paragraphe argumenté et critique : la Déclaration des droits de 1689

Difficile

Texte juridique · loi votée par le Parlement d'Angleterre · Bill of Rights (« Déclaration des droits »), loi du Parlement d'Angleterre, décembre 1689, extraits (traduit de l'anglais).

La « Glorieuse Révolution » de 1688-1689 chasse le roi catholique Jacques II, accusé de gouverner sans le Parlement. Le Parlement offre la couronne à sa fille Marie II et à son gendre Guillaume d'Orange, qui acceptent la Déclaration des droits, transformée en loi en décembre 1689.

« Les Lords spirituels et temporels et les Communes […] déclarent :
1. Que le prétendu pouvoir de l'autorité royale de suspendre les lois ou l'exécution des lois sans le consentement du Parlement est illégal. […]
4. Que toute levée d'argent pour la Couronne ou à son usage, sous prétexte de prérogative, sans le consentement du Parlement, pour un temps plus long ou d'une autre manière qu'il n'est ou ne sera consenti par le Parlement, est illégale.
5. Que c'est un droit des sujets de présenter des pétitions au roi, et que tous emprisonnements et poursuites pour de telles pétitions sont illégaux.
6. Que lever ou entretenir une armée dans le royaume en temps de paix, sans le consentement du Parlement, est contraire à la loi.
7. Que les sujets protestants peuvent avoir des armes pour leur défense, conformément à leur condition et selon ce que permet la loi.
8. Que les élections des membres du Parlement doivent être libres.
9. Que la liberté de parole, de débat et de procédure au sein du Parlement ne peut être entravée ni mise en cause devant aucune cour ni en aucun lieu hors du Parlement. […]
13. Et que, pour remédier à tous les griefs et pour amender, affermir et préserver les lois, le Parlement doit être réuni fréquemment. »

Montrez que ce texte limite le pouvoir royal au profit du Parlement, puis portez un regard critique sur la portée des libertés qu'il garantit.

  1. Classez les articles selon ce qu'ils retirent au roi (la loi, l'impôt, l'armée) ou ce qu'ils garantissent au Parlement et aux sujets.
  2. Rédigez un paragraphe argumenté (Affirmation, Explication, Illustration) montrant que le texte limite le pouvoir royal.
  3. Confrontez ce texte à la manière dont Louis XIV gouverne la France à la même époque.
  4. Portez un regard critique : à qui profitent réellement ces libertés en 1689 ?
Voir la réponse rédigée

1. Trois articles retirent au roi des pouvoirs essentiels : le pouvoir sur la loi (article 1 : il ne peut plus suspendre les lois), le pouvoir fiscal (article 4 : aucun impôt sans le consentement du Parlement), le pouvoir militaire (article 6 : pas d'armée permanente en temps de paix sans ce consentement). Trois articles garantissent l'indépendance du Parlement : élections libres (article 8), liberté de parole des parlementaires (article 9), réunions fréquentes (article 13). Deux articles, enfin, accordent des droits aux sujets : le droit de pétition (article 5) et, pour les seuls protestants, le droit de porter des armes (article 7).

2. Avant (paragraphe à éviter) : « Le texte limite le pouvoir du roi. Il dit que le roi ne peut pas suspendre les lois et ne peut pas lever d'argent. Le Parlement a donc plus de pouvoir. »
Après : [A] La Déclaration des droits prive le roi des moyens de gouverner seul. [E] Elle déclare « illégal » le pouvoir de suspendre les lois « sans le consentement du Parlement » et interdit toute levée d'argent qui n'aurait pas été consentie par ce dernier : le roi ne peut plus ni écarter la loi ni financer sa politique sans l'accord des représentants du royaume. L'article 13, qui impose de réunir le Parlement « fréquemment », empêche en outre le souverain de s'en passer pendant des années. [I] Ces articles répondent directement à la politique de Jacques II, qui avait suspendu les lois contre les catholiques ; ils s'inscrivent dans une longue lutte entre la Couronne et le Parlement, marquée au milieu du XVIIe siècle par la guerre civile et l'exécution de Charles Ier en 1649. En 1689, le roi règne encore et nomme ses ministres, mais il gouverne désormais avec le Parlement : c'est la naissance d'une monarchie parlementaire.

3. La confrontation fait apparaître un contraste complet. En France, Louis XIV lève les impôts sans consentement : les États généraux ne sont plus réunis depuis 1614 et ne le seront pas avant 1789. Il entretient une armée permanente très nombreuse en temps de paix comme en temps de guerre, et fait la loi par ses ordonnances et ses édits, les parlements ayant vu leur droit de remontrance réduit en 1673. Les deux royaumes suivent donc des voies opposées à la fin du XVIIe siècle ; c'est précisément ce contraste qui fera de l'Angleterre un modèle pour les philosophes des Lumières, comme Voltaire dans ses Lettres philosophiques (1734) ou Montesquieu dans De l'esprit des lois (1748).

4. Le texte proclame des libertés, mais pas pour tous. Le Parlement réunit des lords et des députés élus par une minorité de propriétaires : garantir des « élections libres » ne signifie pas que tous votent. L'article 7 réserve le droit de porter des armes aux « sujets protestants », selon « leur condition » : les catholiques en sont exclus, et la même loi écarte du trône tout catholique. L'Acte de tolérance de 1689 accorde la liberté de culte aux protestants dissidents, mais pas aux catholiques. La Déclaration des droits protège donc surtout une élite protestante et possédante contre l'arbitraire royal : c'est une limitation du pouvoir, non une démocratie. Le document garde pourtant une grande portée, puisqu'il pose le principe du consentement à l'impôt et de la soumission du roi à la loi.

Ce que cette analyse apprend — Un paragraphe argumenté part d'une idée, la prouve par une citation expliquée, l'éclaire par une connaissance datée, puis en mesure la portée.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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