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La France : mobilités, transports et enjeux d'aménagement

Mobilités quotidiennes, réseaux, LGV, désenclavement, aménagement du territoire, transition des mobilités (programme de géographie de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « La France : mobilités, transports et enjeux d'aménagement » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des mobilités quotidiennes généralisées mais inégales, Des réseaux de transport hérités, hiérarchisés et centrés sur Paris, La grande vitesse : une révolution de l'espace-temps, Désenclaver et rééquilibrer : l'aménagement du territoire. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Le « droit au transport » inscrit dans la loi (1982)

Facile

Texte juridique · extrait de loi · Loi n° 82-1153 du 30 décembre 1982 d'orientation des transports intérieurs (LOTI), articles 1er et 2 (rédaction initiale), Journal officiel de la République française, 31 décembre 1982.

En 1982, le gouvernement de Pierre Mauroy, où Charles Fiterman est ministre d'État chargé des Transports, engage la décentralisation. La LOTI fixe pour la première fois les principes communs à l'ensemble des transports intérieurs, du bus au train et à l'avion.

Article 1er. Le système de transports intérieurs doit satisfaire les besoins des usagers dans les conditions économiques et sociales les plus avantageuses pour la collectivité. Il concourt à l'unité et à la solidarité nationales, à la défense du pays, au développement économique et social, à l'aménagement équilibré du territoire et à l'expansion des échanges internationaux, notamment européens.

Ces besoins sont satisfaits par la mise en œuvre des dispositions permettant de rendre effectif le droit qu'a tout usager de se déplacer et la liberté d'en choisir les moyens ainsi que la faculté qu'il a d'exécuter lui-même le transport de ses biens ou de le confier à l'organisme ou à l'entreprise de son choix. […]

Article 2. La mise en œuvre progressive du droit au transport doit permettre aux usagers de se déplacer dans des conditions raisonnables d'accès, de qualité et de prix ainsi que de coût pour la collectivité, notamment par l'utilisation d'un moyen de transport ouvert au public.

Les usagers ont le droit d'être informés sur les moyens qui leur sont offerts et sur les modalités de leur utilisation.

Après avoir présenté le document, montrez quelles fonctions la loi assigne aux transports et ce que recouvre le « droit au transport ».

  1. Présentez le document : nature, date, auteur, destinataires.
  2. Relevez et classez les objectifs assignés au système de transports par l'article 1er.
  3. Expliquez ce qu'est le « droit au transport » et à quelles conditions il doit s'exercer.
  4. Montrez que ce texte fait des transports un outil d'aménagement du territoire, et indiquez comment la loi de 2019 a prolongé ce principe.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un extrait des articles 1er et 2 de la loi d'orientation des transports intérieurs (LOTI), promulguée le 30 décembre 1982 et publiée au Journal officiel. C'est un texte juridique voté par le Parlement au début du septennat de François Mitterrand, sous le gouvernement de Pierre Mauroy, où Charles Fiterman est chargé des Transports. Il s'adresse à tous les acteurs du transport : l'État, les collectivités, les entreprises et les usagers.

2. La loi assigne aux transports des objectifs de trois natures. Des objectifs économiques et sociaux d'abord : satisfaire les besoins « dans les conditions économiques et sociales les plus avantageuses pour la collectivité » et contribuer au « développement économique et social ». Des objectifs politiques ensuite : « l'unité et la solidarité nationales » et « la défense du pays ». Des objectifs spatiaux enfin : « l'aménagement équilibré du territoire » et « l'expansion des échanges internationaux, notamment européens ». Les transports ne sont donc pas un simple service marchand : ils servent la cohésion de la nation.

3. Le « droit au transport » est le droit « qu'a tout usager de se déplacer » et de choisir librement ses moyens de déplacement. L'article 2 fixe ses conditions : se déplacer « dans des conditions raisonnables d'accès, de qualité et de prix », sans coût excessif « pour la collectivité », notamment grâce à un transport « ouvert au public ». Ce droit est « progressif » : la loi fixe un objectif à atteindre plus qu'une garantie immédiate. Il suppose enfin que les usagers soient « informés » de l'offre disponible.

4. En liant le droit au transport à « l'aménagement équilibré du territoire », la loi fait des transports publics un outil de cohésion : l'habitant d'une petite ville ou d'une campagne doit pouvoir accéder à l'emploi et aux services comme un citadin. Pour cela, la LOTI crée les autorités organisatrices chargées de l'offre locale. La loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019 prolonge ce principe : elle parle de « droit à la mobilité » et veut couvrir tout le territoire par des autorités organisatrices de la mobilité, y compris les campagnes restées sans offre organisée, ce qui est le cas depuis le 1er juillet 2021.

Ce que cette analyse apprend — Dans un texte juridique, relever les mots exacts de la loi, les classer par type d'objectif, puis relier le principe aux politiques qui l'ont mis en œuvre.

Document 2 — Comment les actifs vont-ils travailler ?

Moyen

Tableau statistique · D'après INSEE, recensement de la population 2017, exploitation des déplacements domicile-travail (résultats publiés en 2021). Valeurs arrondies.

L'INSEE, institut public de la statistique, exploite à chaque recensement le lieu de travail et le mode de transport déclarés par les actifs. Ces résultats, publiés avant l'essor du télétravail, nourrissent le débat sur la dépendance automobile et la transition des mobilités.

Mode de transport principal pour aller travailler (France, 2017)Part des actifs en emploi qui se déplacent (%)
Voiture, camion, fourgonnette74
Transports en commun16
Marche à pied6
Deux-roues motorisé2
Vélo2
Deux indicateurs complémentairesOrdre de grandeur
Actifs travaillant hors de leur commune de résidenceenviron deux sur trois
Actifs habitant à moins de 5 km de leur travail et s'y rendant en voitureenviron six sur dix

Analysez le document en montrant ce qu'il révèle des mobilités quotidiennes en France et des enjeux d'aménagement qu'elles posent.

  1. Présentez le document.
  2. Quel mode de transport domine les navettes ? Appuyez-vous sur des chiffres précis.
  3. Expliquez cette domination à l'aide de vos connaissances.
  4. Pourquoi l'usage de la voiture pour des trajets de moins de 5 km constitue-t-il un enjeu d'aménagement ?
  5. Montrez les limites de ce document pour étudier les mobilités des Français.
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique est construit d'après le recensement de la population de 2017 exploité par l'INSEE, l'institut public de la statistique ; les résultats ont été publiés en 2021. Il indique le mode de transport principal des actifs en emploi pour se rendre au travail, à l'échelle de la France entière, avec des valeurs arrondies, et le complète par deux indicateurs sur la distance des navettes.

2. La voiture domine massivement : 74 % des actifs l'utilisent, soit environ trois sur quatre, contre 16 % pour les transports en commun, près de cinq fois moins. Les modes dits « actifs » restent marginaux : 6 % marchent et seulement 2 % prennent le vélo. Même sur des trajets courts, de moins de 5 km, environ six actifs sur dix prennent leur voiture.

3. Cette domination s'explique par l'organisation du territoire. Environ deux actifs sur trois travaillent hors de leur commune de résidence : depuis les années 1970, la périurbanisation a éloigné les logements, installés dans les couronnes où le foncier est moins cher, des emplois restés concentrés dans les pôles urbains. Or ces couronnes et les espaces ruraux sont mal desservis par les transports collectifs, qui ne sont rentables qu'avec de fortes densités. La voiture devient une contrainte plus qu'un choix : c'est la dépendance automobile.

4. Les trajets de moins de 5 km pourraient souvent se faire à pied, à vélo ou en bus. Les faire en voiture accroît les émissions de gaz à effet de serre, alors que les transports sont le premier secteur émetteur en France, ainsi que la pollution de l'air et la congestion urbaine. C'est pourquoi les collectivités multiplient les pistes cyclables et les vélos en libre-service, et que la loi d'orientation des mobilités de 2019 crée le forfait mobilités durables et les zones à faibles émissions : réduire ces trajets courts en voiture est l'un des leviers les plus accessibles de la transition.

5. Le document a trois limites. C'est d'abord une moyenne nationale qui écrase les contrastes : à Paris, les transports en commun sont majoritaires, tandis que dans le périurbain lointain et les campagnes la voiture est encore plus dominante. Il ne porte ensuite que sur les navettes, et ignore les déplacements d'achats, de loisirs ou de vacances. Enfin, il décrit la situation de 2017 : il ne mesure ni l'essor du télétravail après la crise sanitaire de 2020, ni la progression récente du vélo dans les grandes villes.

Ce que cette analyse apprend — Face à un tableau, citer les chiffres en les comparant (rapports, ordres de grandeur), les expliquer par une notion (périurbanisation), puis en montrer les limites (échelle, champ, date).

Document 3 — Le réseau des lignes à grande vitesse en France

Moyen

Carte schématique · Carte construite pour l'exercice d'après les dates de mise en service des lignes publiées par SNCF Réseau (état du réseau en 2024).

Depuis 1981, la France a construit environ 2 700 km de lignes à grande vitesse, par étapes et au rythme des financements. En 2017, l'État annonce une pause dans les grands projets au profit des transports du quotidien.

Description de la carte. Fond : contour de la France métropolitaine et des pays voisins. Figurés : lignes à grande vitesse en service (traits rouges épais, avec l'année de mise en service) ; projets (tiretés rouges) ; grandes gares (points noirs) ; gares nouvelles construites hors des villes (triangles).

  • Au départ de Paris, quatre grands axes rayonnent. Vers le sud-est : Paris-Lyon (1981-1983), prolongée par la LGV Rhône-Alpes jusqu'à Valence (1992-1994), puis par la LGV Méditerranée jusqu'à Marseille et Nîmes (2001). Vers l'ouest et le sud-ouest : la LGV Atlantique (1989-1990), prolongée en 2017 jusqu'à Rennes et jusqu'à Bordeaux. Vers le nord : la LGV Nord (1993) vers Lille et Calais, le tunnel sous la Manche (1994) puis Bruxelles (1997). Vers l'est : la LGV Est européenne jusqu'à Strasbourg (2007 et 2016).
  • À l'est de Paris, l'interconnexion Est (1994-1996) relie ces lignes sans passer par les gares parisiennes et dessert Marne-la-Vallée-Chessy et l'aéroport Charles-de-Gaulle.
  • Deux lignes ne passent pas par Paris : la branche Est de la LGV Rhin-Rhône, entre Dijon et Mulhouse (2011), et le contournement de Nîmes et Montpellier, ligne mixte voyageurs et fret (2017-2018). Plus au sud, la section internationale Perpignan-Figueras est ouverte aux TGV en 2013.
  • Gares nouvelles hors des villes : TGV Haute-Picardie (1994) ; Valence TGV, Avignon TGV et Aix-en-Provence TGV (2001) ; Champagne-Ardenne TGV, Meuse TGV et Lorraine TGV (2007).
  • En tiretés : Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax (Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest), Montpellier-Perpignan, ligne nouvelle Provence-Côte d'Azur.
  • Aucune ligne à grande vitesse ne dessert le Massif central, Toulouse, Limoges, la Normandie, la Bretagne à l'ouest de Rennes, ni Nice.

Décrivez l'organisation du réseau à grande vitesse, puis montrez qu'il transforme inégalement le territoire français.

  1. Décrivez la forme générale du réseau et le rôle de Paris.
  2. Retracez les grandes étapes de sa construction.
  3. Identifiez les espaces restés à l'écart et proposez des explications.
  4. Que révèlent les gares nouvelles et l'interconnexion Est sur les effets de la grande vitesse ?
Voir la réponse rédigée

1. Le réseau dessine une étoile centrée sur Paris : quatre axes radiaux partent de la capitale vers Lille et Londres au nord, Strasbourg à l'est, Lyon et Marseille au sud-est, Rennes et Bordeaux à l'ouest et au sud-ouest. Paris est le nœud principal, par lequel passe presque tout le trafic ; seules la branche Rhin-Rhône et le contournement de Nîmes-Montpellier échappent à cette logique. Le réseau reproduit ainsi la centralisation héritée de l'étoile ferroviaire de 1842.

2. La construction s'étale sur près de quarante ans. De 1981 à 2001, l'État équipe les grands axes les plus fréquentés : Paris-Lyon (1981-1983), Atlantique (1989-1990), Nord (1993), Méditerranée (2001), qui met Marseille à environ trois heures de Paris. De 2007 à 2017, il complète le réseau vers l'est (Strasbourg, 2007 et 2016 ; Rhin-Rhône, 2011) puis vers Rennes et Bordeaux (2017). Parallèlement, le réseau s'ouvre sur l'Europe : tunnel sous la Manche (1994), Bruxelles (1997), Espagne par Perpignan-Figueras (2013).

3. Restent à l'écart le Massif central, Toulouse, Limoges, la Normandie, l'ouest de la Bretagne et Nice. Plusieurs raisons l'expliquent : le relief, qui renchérit les travaux ; les faibles densités, qui rendent une ligne peu rentable ; le coût considérable des LGV, près de 8 milliards d'euros pour Tours-Bordeaux ; enfin les choix politiques, puisque la priorité est donnée depuis 2017 aux transports du quotidien. Toulouse reste ainsi à plus de quatre heures de Paris, et les projets figurés en tiretés, comme Bordeaux-Toulouse, ne sont pas attendus avant les années 2030.

4. Les gares nouvelles bâties hors des villes, comme TGV Haute-Picardie (1994) ou Meuse TGV (2007), montrent que la LGV dessert des points et non des territoires : construites à moindre coût, elles attirent peu d'activités, et les campagnes traversées sans arrêt subissent l'effet tunnel. L'interconnexion Est, au contraire, montre la logique de hub : elle relie les lignes entre elles et avec l'aéroport Charles-de-Gaulle, ce qui renforce la position de l'Île-de-France. La grande vitesse contracte donc l'espace-temps de façon sélective : elle profite surtout aux métropoles et accentue la hiérarchie des territoires.

Ce que cette analyse apprend — Pour décrire une carte de réseau, partir de la forme d'ensemble (étoile, nœuds), dater les étapes, puis repérer les vides et les expliquer.

Document 4 — L'« étoile de Legrand » : la loi de 1842 sur les grandes lignes de chemin de fer

Difficile

Document d'époque · texte de loi · Loi relative à l'établissement des grandes lignes de chemins de fer, 11 juin 1842, articles 1er et 2, Bulletin des lois du royaume de France, 1842.

Sous la monarchie de Juillet (Louis-Philippe), la France accuse un retard ferroviaire sur le Royaume-Uni : la première ligne de voyageurs partant de Paris, vers Saint-Germain, n'a ouvert qu'en 1837. Préparée par Alexis Legrand, directeur général des Ponts et Chaussées, la loi de 1842 décide un réseau national dont l'État finance l'essentiel de l'infrastructure et que des compagnies privées exploiteront.

Article 1er. Il sera établi un système de chemins de fer se dirigeant :

1° De Paris,
Sur la frontière de Belgique, par Lille et Valenciennes ;
Sur l'Angleterre, par un ou plusieurs points du littoral de la Manche, qui seront ultérieurement déterminés ;
Sur la frontière d'Allemagne, par Nancy et Strasbourg ;
Sur la Méditerranée, par Lyon, Marseille et Cette ;
Sur la frontière d'Espagne, par Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux et Bayonne ;
Sur l'Océan, par Tours et Nantes ;
Sur le centre de la France, par Bourges ;

2° De la Méditerranée sur le Rhin, par Lyon, Dijon et Mulhouse ;
De l'Océan sur la Méditerranée, par Bordeaux, Toulouse et Marseille.

Article 2. L'exécution des grandes lignes de chemins de fer définies par l'article précédent aura lieu par le concours de l'État, des départements traversés et des communes intéressées, de l'industrie privée, dans les proportions et suivant le mode déterminés par les articles ci-après. […]

Note : « Cette » est l'ancienne orthographe de Sète.

Analysez ce document en montrant quel réseau il met en place et en quoi il éclaire les enjeux actuels d'aménagement des transports en France.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Décrivez le réseau prévu par l'article 1er : quelles directions, quels types de lignes ?
  3. Pourquoi ce réseau est-il centré sur Paris ? Proposez des explications politiques, économiques et militaires.
  4. Comparez ce réseau avec les grands axes actuels (LGV, autoroutes).
  5. En quoi ce document aide-t-il à comprendre les enjeux actuels d'aménagement ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit des deux premiers articles de la loi du 11 juin 1842 relative à l'établissement des grandes lignes de chemins de fer, publiée au Bulletin des lois. Votée sous la monarchie de Juillet, sous le règne de Louis-Philippe, elle a été préparée par Alexis Legrand, directeur général des Ponts et Chaussées, d'où le nom d'« étoile de Legrand » donné au réseau qu'elle dessine. À cette date, la France n'a que quelques lignes isolées et craint de se laisser distancer par le Royaume-Uni : la loi pose le premier plan d'ensemble d'un réseau ferré national.

2. L'article 1er prévoit deux types de lignes. Sept lignes partent « de Paris » : vers les frontières terrestres (Belgique « par Lille et Valenciennes », Allemagne « par Nancy et Strasbourg », Espagne « par Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux et Bayonne »), vers les littoraux (la Manche vers « l'Angleterre », la Méditerranée « par Lyon, Marseille et Cette », « l'Océan » par Nantes) et vers « le centre de la France, par Bourges ». Deux lignes transversales seulement ne passent pas par Paris : « de la Méditerranée sur le Rhin » par Lyon, Dijon et Mulhouse, et « de l'Océan sur la Méditerranée » par Bordeaux, Toulouse et Marseille. L'article 2 associe au financement l'État, les collectivités locales et « l'industrie privée ».

3. Le choix de Paris comme centre est d'abord politique : depuis la Révolution et l'Empire, l'État est centralisé et la capitale doit commander tout le territoire. Il est aussi économique : Paris est le premier marché de consommation et le premier centre d'affaires ; les lignes le relient aux ports (Le Havre par la Manche, Marseille, Nantes) et aux régions productrices. Il est enfin militaire : les lignes vers les frontières du nord et de l'est permettent d'acheminer rapidement des troupes vers la Belgique et l'Allemagne.

4. Le réseau actuel reproduit largement cette étoile. Les LGV Nord (1993), Est (2007-2016), Sud-Est et Méditerranée (1981-2001) et Sud Europe Atlantique (2017) suivent les directions fixées en 1842, tout comme les autoroutes A1, A4, A6 et A10. La transversale Méditerranée-Rhin trouve un équivalent partiel dans la LGV Rhin-Rhône, entre Dijon et Mulhouse (2011). En revanche, la transversale Bordeaux-Toulouse-Marseille n'a toujours pas de ligne à grande vitesse : le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest n'est pas attendu avant les années 2030. Quant au « centre de la France », il reste aujourd'hui le grand oublié de la grande vitesse.

5. Le document montre la force des héritages : un choix fait en 1842 structure encore les réseaux près de deux siècles plus tard. Il explique la domination de Paris, la faiblesse des liaisons transversales et l'enclavement relatif du Massif central, que l'aménagement du territoire cherche à corriger depuis la DATAR (1963). Il montre aussi que l'État aménageur, associé aux collectivités et au capital privé, est une tradition ancienne : on la retrouve dans les concessions autoroutières ou la LGV Tours-Bordeaux, construite par un concessionnaire privé. Aménager aujourd'hui, c'est donc corriger cet héritage centralisé sans renoncer aux avantages du nœud parisien.

Ce que cette analyse apprend — Un document ancien s'analyse deux fois : dans son contexte (pourquoi ce choix en 1842 ?) et comme héritage (qu'en reste-t-il sur la carte actuelle ?).

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