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La littérature d'idées et la presse du XIXe au XXIe siècle

Objet d'étude de seconde : essais, discours, articles, chroniques et presse du XIXe au XXIe siècle ; argumenter, convaincre, s'informer

À propos de cette page
Ce cours de français en seconde sur « La littérature d'idées et la presse du XIXe au XXIe siècle » suit le programme officiel de français de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que la littérature d'idées ?, La naissance de la presse moderne, L'écrivain journaliste, de Hugo et Zola à aujourd'hui, Les genres : du discours à l'éditorial. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en français.
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Qu'est-ce que la littérature d'idées ?

La littérature d'idées regroupe les textes dont le but premier est de faire penser : défendre une position, réfuter une opinion, alerter, dénoncer. Le programme de seconde (BO du 22/01/2019) l'associe à la presse du XIXe au XXIe siècle, parce que c'est dans le journal, à la tribune des assemblées et dans l'essai que les grands débats de ces trois siècles se sont joués.

Définition. Un texte argumentatif défend une thèse (la position de l'auteur) par des arguments (les raisons) appuyés sur des exemples (des faits précis). Il peut convaincre (s'adresser à la raison) ou persuader (toucher les émotions) ; les grands textes font les deux.

Exemple : le 15 septembre 1848, devant l'Assemblée constituante, Victor Hugo pose une définition qui est déjà une thèse : « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. » L'argument suit, construit en parallèle : « Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. » Sa position est sans ambiguïté : « Je vote l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort. »

La littérature d'idées n'est pas réservée aux discours enflammés. Dans De la démocratie en Amérique (tome I, 1835), Alexis de Tocqueville défend la liberté de la presse de façon pesée : « J'avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu'on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l'aime par la considération des maux qu'elle empêche bien plus que pour les biens qu'elle fait. » La thèse est celle d'un défenseur de la presse, mais l'argument est pragmatique : la presse vaut surtout par les abus qu'elle empêche.

Méthode. Face à tout texte d'idées, pose trois questions. Qui parle, à qui, dans quel support (journal, tribune, livre) ? Quelle est la thèse, formulée en une phrase avec un verbe ? Par quels moyens l'auteur veut-il emporter l'adhésion ?
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La naissance de la presse moderne

La presse existe bien avant 1800, mais le XIXe siècle invente la presse de masse. Trois ruptures la font naître : un prix bas, la publicité et la liberté.

DateÉvénementCe qui change
1836Émile de Girardin lance La Presseabonnement à 40 francs par an au lieu de 80, compensé par les annonces publicitaires
1836Balzac publie La Vieille Fille en feuilleton dans La Pressele roman-feuilleton fidélise les lecteurs ; suivront Les Mystères de Paris d'Eugène Sue (Journal des débats, 1842-1843)
1863Moïse Millaud fonde Le Petit Journalvendu au numéro, un sou (5 centimes) : le quotidien devient populaire
1881loi du 29 juillet sur la liberté de la pressearticle 1er : « L'imprimerie et la librairie sont libres. » La diffamation reste punie
1898« J'accuse…! » de Zola dans L'Auroreun article d'écrivain fait basculer une affaire d'État

Cette révolution inquiète les écrivains eux-mêmes. Dans Illusions perdues (deuxième partie, Un grand homme de province à Paris, 1839), Balzac fait dire à un journaliste désabusé, devant le jeune Lucien de Rubempré : « Le journal, au lieu d'être un sacerdoce, est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s'est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. » La progression sacerdoce, moyen, commerce raconte une dégradation : la mission devient marchandise.

Baudelaire va plus loin dans Mon cœur mis à nu, notes publiées après sa mort (1887) : « Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. » La tournure restrictive « n'est qu'un » et l'hyperbole « de la première ligne à la dernière » font du journal un concentré de violence servi chaque matin au lecteur.

À retenir. Le XIXe siècle fait du journal un produit de masse. Les écrivains y publient leurs romans, y débattent… et le critiquent : la presse est à la fois l'outil et la cible de la littérature d'idées.
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L'écrivain journaliste, de Hugo et Zola à aujourd'hui

Au XIXe siècle, l'écrivain parle aux assemblées, écrit dans les journaux et s'exile pour ses idées.

Victor Hugo, député, fait de la tribune une scène littéraire. Le 9 juillet 1849, dans son Discours sur la misère, il affirme : « je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère. » Exilé après le coup d'État du 2 décembre 1851, il publie Napoléon le Petit (1852), pamphlet dont le titre est déjà une arme : il rapetisse Louis-Napoléon Bonaparte en l'opposant à Napoléon Ier.

Henri Rochefort ouvre le premier numéro de La Lanterne (1868), petit journal d'opposition au Second Empire, par une phrase restée célèbre : « La France contient, dit l'Almanach impérial, trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement. » Le jeu sur les deux sens de « sujets » suffit à ridiculiser le régime. À la même époque, Séverine devient la première femme à diriger un grand quotidien, Le Cri du peuple, à partir de 1885.

Émile Zola accomplit le geste le plus célèbre. Le capitaine Dreyfus, officier juif, a été condamné en 1894 pour trahison sur de fausses preuves ; le véritable auteur de la trahison, Esterhazy, est acquitté le 11 janvier 1898. Deux jours plus tard, L'Aurore publie la lettre ouverte de Zola au président Félix Faure, sous un titre proposé par Clemenceau : « J'accuse…! ». Zola s'y engage en personne : « Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. » Condamné pour diffamation en février 1898, il s'exile en Angleterre ; Dreyfus sera réhabilité en 1906.

Le XXe siècle prolonge cette figure. Jean Jaurès fonde L'Humanité en 1904 ; à Albi, dans son Discours à la jeunesse (30 juillet 1903), il définit le courage : « c'est de chercher la vérité et de la dire ». Albert Londres invente le grand reportage : Au bagne (Le Petit Parisien, 1923) révèle le sort des forçats de Guyane. Dans Terre d'ébène (1929), il écrit : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Après la Libération, Albert Camus signe les éditoriaux de Combat : le 8 août 1945, deux jours après Hiroshima, il y juge que la civilisation technique vient d'atteindre un degré de sauvagerie inédit.

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Les genres : du discours à l'éditorial

Pour analyser un texte d'idées, il faut d'abord en nommer le genre. La distinction majeure oppose ce qui informe à ce qui commente.

FamilleGenresMarque principale
Informerdépêche, brève, compte rendu, reportage, enquête, interviewfaits datés et sourcés ; le journaliste s'efface (le reportage admet un regard personnel)
Commenteréditorial, chronique, billet, tribune, critiqueopinion assumée, première personne, modalisation
Hors du journal ou à sa frontièreessai, discours, pamphlet, lettre ouverteune voix d'auteur qui défend une thèse
Les formes longues. L'essai est une réflexion personnelle et argumentée : Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835-1840) ; Zola, Le Roman expérimental (1880) ; Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (1949). Le discours est prononcé devant un auditoire qu'il faut gagner : Hugo en 1848 et 1849 ; Simone Veil présentant le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse le 26 novembre 1974 ; Robert Badinter défendant l'abolition de la peine de mort le 17 septembre 1981. Le pamphlet est un texte bref et violent contre une cible précise (Napoléon le Petit, 1852).

Les genres se croisent : « J'accuse…! » est à la fois une lettre ouverte (adressée au président, lue par tous), un article de quotidien et un réquisitoire. La chronique, genre roi du XIXe siècle, permet aux romanciers de commenter l'actualité avec un style personnel : Maupassant dans Le Gaulois et Gil Blas, Zola dans Le Figaro.

Lire les discours du XXe siècle. Le discours de Robert Badinter suit un plan de réfutation : il démonte un à un les arguments adverses, notamment l'idée que la peine de mort dissuaderait les criminels. Simone Veil, face à une assemblée presque entièrement masculine et en partie hostile, pose que l'avortement doit rester une exception et qu'aucune femme n'y recourt à la légère : elle cherche l'apaisement plutôt que l'affrontement. Deux stratégies opposées pour faire voter une loi.
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Argumentation directe et argumentation indirecte

Argumentation directe : l'auteur expose sa thèse en son nom (discours, essai, éditorial, lettre ouverte). Argumentation indirecte : il passe par un récit, un personnage ou une image, et laisse le lecteur tirer la leçon.

Les outils de l'argumentation directe. La concession accorde un point pour mieux le dépasser : « Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère » (Hugo, 1849). La correction rectifie un mot : « je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. » L'analogie rend l'idée évidente : « La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. » L'anaphore martèle : chez Zola, chaque « J'accuse » ouvre un paragraphe et désigne un responsable.

L'argumentation indirecte au XIXe siècle. Hugo a défendu l'abolition par le récit avant de la défendre à la tribune : Le Dernier Jour d'un condamné (1829) donne la parole à un condamné dont on ignore le crime, pour que le lecteur juge la peine et non le coupable ; la préface de 1832 explicite la thèse. Claude Gueux (1834) raconte l'histoire d'un ouvrier poussé au crime, puis s'achève sur une leçon : « Cette tête de l'homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n'aurez pas besoin de la couper. » La fiction prépare, la morale conclut. Maupassant, dans Bel-Ami (1885), dénonce la presse vénale sans thèse explicite, en suivant l'ascension sans scrupules de Georges Duroy au journal La Vie française.

L'image comme argument. Le dessin de presse est une argumentation indirecte : en 1831, Charles Philipon transforme la tête du roi Louis-Philippe en poire dans La Caricature ; la même année, Daumier représente le roi en Gargantua avalant l'argent du peuple, ce qui lui vaut six mois de prison.

Exemple d'analyse. Dans la phrase de Claude Gueux, l'accumulation de sept impératifs s'ouvre sur une métaphore agricole (cultiver, défricher, arroser, féconder) : l'éducation est présentée comme un soin patient, opposé à la guillotine. La chute brutale, « vous n'aurez pas besoin de la couper », place le lecteur devant une alternative : instruire ou exécuter.
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S'informer : fait, opinion et fiabilité

Le programme invite aussi à réfléchir à la fiabilité de l'information. Le problème n'est pas né avec internet.

Deux manipulations historiques. Le 13 juillet 1870, Bismarck raccourcit et durcit le compte rendu d'un entretien entre le roi de Prusse et l'ambassadeur de France à Ems, puis le fait publier : la « dépêche d'Ems », reçue comme une humiliation, pousse la France à déclarer la guerre le 19 juillet. Pendant l'affaire Dreyfus, le commandant Henry fabrique en 1896 un faux document accablant Dreyfus ; il est utilisé contre lui jusqu'à la découverte du faux en août 1898.

Distinguer le fait de l'opinion. Un fait se vérifie (une date, un chiffre, une déclaration enregistrée) ; une opinion s'argumente. L'opinion se repère à la modalisation : adverbes (« sans doute », « hélas »), adjectifs évaluatifs (« scandaleux »), verbes d'opinion (« je crois »). Le conditionnel journalistique (« le ministre aurait démissionné ») signale une information non confirmée.

QuestionCe qu'on vérifie
Qui parle ?auteur identifié, média connu, intérêt éventuel à publier
Quand ?date de publication : une information ancienne recyclée trompe autant qu'une fausse
D'où vient l'information ?source citée, document, témoin direct ou simple rumeur
Qui d'autre le dit ?recoupement par des sources indépendantes
Fait ou commentaire ?genre de l'article, rubrique, marques de modalisation

Au XXIe siècle, les réseaux sociaux font de chacun un éditeur : une image sortie de son contexte, une vidéo truquée par intelligence artificielle ou une citation inventée circulent plus vite qu'un démenti. La déontologie du métier est fixée par des chartes (charte des devoirs professionnels des journalistes de 1918, charte de Munich de 1971), et la loi du 22 décembre 2018 vise la manipulation de l'information en période électorale. Le mot infox est proposé en 2018 pour traduire fake news.

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Pièges à éviter

Pièges à éviter.
• Confondre la thèse et le thème : le thème de « J'accuse…! » est l'affaire Dreyfus ; la thèse est que Dreyfus est innocent et que des officiers ont couvert l'erreur judiciaire.
• Croire que la presse est neutre par nature : éditorial, chronique et tribune donnent une opinion ; seuls les genres de l'information visent l'objectivité.
• Réduire l'argumentation indirecte à « l'auteur raconte une histoire » : il faut dire quelle thèse le récit sert (Claude Gueux : instruire plutôt qu'exécuter).
• Écrire que Zola a « écrit un livre sur Dreyfus » : « J'accuse…! » est une lettre ouverte publiée dans un quotidien.
• Confondre convaincre (la raison) et persuader (l'émotion) ; les grands textes combinent les deux, la copie doit dire lequel domine dans le passage.
• Citer une phrase célèbre sans vérifier sa source : beaucoup de « citations » de Hugo ou de Zola qui circulent en ligne sont apocryphes.
• Oublier la date : un texte d'idées répond à une situation précise (1848, 1898, 1945) ; sans contexte, l'analyse flotte.

Rappel : la seconde n'a pas d'œuvre imposée au niveau national. Le professeur choisit les textes de cet objet d'étude, étudié aux côtés de la poésie du Moyen Âge au XVIIIe siècle, du roman et du récit du Moyen Âge au XXIe siècle et du théâtre du XVIIe au XXIe siècle.

En bref
  • Littérature d'idées = textes qui défendent une thèse : essai, discours, pamphlet, article, éditorial, chronique, tribune, lettre ouverte.
  • 1836 (La Presse de Girardin, roman-feuilleton), 1863 (Le Petit Journal à un sou), 1881 (loi sur la liberté de la presse) : naissance de la presse de masse.
  • Écrivains journalistes : Hugo (discours de 1848 et 1849, Napoléon le Petit), Rochefort, Zola (« J'accuse…! », L'Aurore, 13 janvier 1898), Jaurès, Albert Londres, Camus.
  • Argumentation directe (thèse en son nom) / indirecte (récit, personnage, caricature).
  • Convaincre = la raison ; persuader = les émotions.
  • S'informer : qui parle, quand, d'où vient l'information, qui la confirme ; fait ≠ opinion ; conditionnel = information non confirmée.
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