Objet d'étude : histoire du roman, formes narratives et évolution des genres de la chevalerie à nos jours
À propos de cette page
Ce lexique sur « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle » en seconde donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Aux origines : le roman naît d'une langue, pas d'un genre, Du chevalier au gueux : parodie, picaresque et roman comique, Le roman d'analyse classique et la question de la vraisemblance, Le roman des Lumières : lettres, mémoires, ironie philosophique. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de seconde.
Roman
À l'origine, la langue romane, c'est-à-dire le français par opposition au latin ; par glissement, récit long écrit dans cette langue, d'abord en vers puis en prose.
Synonymes
Récit — terme générique : tout roman est un récit, mais un conte ou une nouvelle le sont aussi sans être des romans
Fiction — insiste sur l'invention, non sur la forme longue ; une pièce de théâtre est une fiction mais pas un roman
Antonymes
Chronique — la chronique se donne pour véridique et suit l'ordre des années ; le roman assume l'invention et compose librement son temps
À ne pas confondre
Nouvelle — la nouvelle est brève, concentrée sur une crise unique et se clôt souvent sur une chute ; le roman développe plusieurs intrigues et une durée
Selon l'époque et le point de vue — Genre sans statut jusqu'au XVIIIe siècle, absent de la hiérarchie classique, il devient le genre dominant au XIXe siècle grâce à la presse et au feuilleton.
Ce que le mot permet d'écrire — Ne jamais écrire « le roman raconte » comme si le livre parlait : c'est un narrateur qui raconte. Dans une introduction, situer le roman dans l'histoire du genre vaut mieux que de le résumer.
Roman de chevalerie
Récit médiéval mettant en scène un chevalier qui part en quête, affronte des épreuves et revient à la cour transformé ; il illustre un code de valeurs, prouesse, loyauté, service de la dame.
Synonymes
Roman arthurien — sous-catégorie : tous les romans de chevalerie ne se rattachent pas au cycle du roi Arthur
Antonymes
Roman picaresque — le picaresque prend exactement le contre-pied : un gueux sans honneur remplace le chevalier, la survie remplace la quête
À ne pas confondre
Chanson de geste — la chanson de geste est chantée, en décasyllabes assonancés, et célèbre un héros guerrier collectif (Roland) ; le roman de chevalerie est lu, en octosyllabes rimés, et explore une conscience individuelle
Selon l'époque et le point de vue — Fondé par Chrétien de Troyes entre 1170 et 1190, il se prolonge en cycles de prose au XIIIe siècle, s'épuise en séries à la Renaissance, et meurt de la parodie de Cervantès en 1605.
Ce que le mot permet d'écrire — L'écrire pour montrer qu'un texte moderne réactive ou parodie ce modèle : un héros qui part chercher quelque chose et revient changé reste une structure de quête.
Courtoisie (amour courtois)
Code de conduite aristocratique élaboré au XIIe siècle : le chevalier voue à une dame, souvent inaccessible, un service amoureux qui l'oblige à se perfectionner.
Synonymes
Fin'amor — terme occitan d'origine, plus technique, employé pour la lyrique des troubadours d'où vient le code
Antonymes
Amour-passion fatal — chez Tristan et Iseut, l'amour né du philtre détruit l'ordre social au lieu de l'élever, ce qui inverse la logique courtoise
À ne pas confondre
Galanterie — la galanterie du XVIIe siècle est un art de plaire mondain et léger ; la courtoisie médiévale est une épreuve qui engage l'être entier
Selon l'époque et le point de vue — Née chez les troubadours, transposée au roman par Chrétien de Troyes, elle nourrit encore le roman sentimental et, par renversement, le libertinage du XVIIIe siècle.
Ce que le mot permet d'écrire — Ne pas la réduire à « l'homme respecte la femme » : ce qui compte, c'est que la dame ait autorité et que l'amour soit un travail sur soi. Le dire ainsi évite le contresens le plus courant.
Quête
Structure narrative où un personnage part à la recherche d'un objet, d'un être ou d'une vérité, traverse des épreuves ordonnées et revient métamorphosé.
Synonymes
Aventure — l'aventure peut être une péripétie isolée ; la quête est l'armature d'ensemble qui donne un sens à la série des aventures
Antonymes
Errance — l'errance n'a pas d'objet ni de terme : c'est la forme du récit picaresque et de nombreux récits du XXe siècle
À ne pas confondre
Intrigue — l'intrigue est l'enchaînement concret des événements d'un texte donné ; la quête est un schéma abstrait qu'une intrigue peut réaliser
Selon l'époque et le point de vue — Matrice du roman médiéval, elle se laïcise ensuite : la quête du Graal devient au XIXe siècle la conquête de Paris, puis, au XXe, une recherche intérieure sans objet assignable.
Ce que le mot permet d'écrire — Dans une copie, nommer la quête permet de relier un épisode à l'ensemble : « cet échec n'est pas une péripétie isolée, il marque l'étape où la quête se retourne contre le héros ».
Merveilleux
Présence du surnaturel admise sans étonnement par les personnages comme par le lecteur : fées, philtres, objets magiques, animaux parlants.
Synonymes
Féerique — plus restreint, lié aux figures de fées et au conte, alors que le merveilleux médiéval inclut aussi le religieux et le monstrueux
Antonymes
Réalisme — le réalisme exclut le surnaturel et fonde la crédibilité sur le document et le détail vérifiable
À ne pas confondre
Fantastique — le fantastique, né au XIXe siècle, repose sur l'hésitation : ni le personnage ni le lecteur ne savent si le surnaturel est réel ; le merveilleux ne pose pas la question
Selon l'époque et le point de vue — Constitutif du roman médiéval, il est chassé par l'exigence classique de vraisemblance, revient déguisé en fantastique au XIXe siècle, puis en récits de l'étrange au XXe.
Ce que le mot permet d'écrire — À employer pour dater une esthétique : un texte qui accueille le surnaturel sans le discuter relève du merveilleux, et non du fantastique, même s'il fait peur.
Picaresque
Récit à la première personne des aventures d'un gueux, le pícaro, qui passe de maître en maître et traverse tous les milieux de la société pour survivre.
Synonymes
Roman de gueuserie — expression française ancienne, plus large et moins codée que le modèle espagnol
Antonymes
Roman héroïque — le roman héroïque du XVIIe siècle idéalise des princes exemplaires ; le picaresque montre la faim, la ruse et le service domestique
À ne pas confondre
Roman d'apprentissage — le héros du roman d'apprentissage se construit et progresse ; le pícaro ne progresse pas, il s'endurcit et reste au même point social
Selon l'époque et le point de vue — Né en Espagne avec le Lazarillo de Tormes (1554), il passe en France au XVIIe siècle avec Sorel et Scarron, et irrigue ensuite le roman d'aventures et le récit de marginalité.
Ce que le mot permet d'écrire — Le nommer pour expliquer une composition en épisodes juxtaposés : dans un texte picaresque, l'absence de progression n'est pas une faiblesse, c'est le sens même du livre.
Roman d'analyse
Roman dont l'action essentielle se déroule dans la conscience du personnage : on y suit les mouvements d'une passion plutôt que des événements extérieurs.
Synonymes
Roman psychologique — terme moderne et plus vague ; le roman d'analyse classique procède comme un moraliste, avec un vocabulaire des passions hérité du XVIIe siècle
Antonymes
Roman d'aventures — l'aventure multiplie les événements extérieurs, l'analyse les réduit au minimum pour laisser place à l'examen intérieur
À ne pas confondre
Monologue intérieur — le monologue intérieur donne directement la pensée non formulée du personnage ; l'analyse classique passe par un narrateur qui explique et juge
Selon l'époque et le point de vue — Fixé par La Princesse de Clèves (1678), poursuivi au XVIIIe siècle par Prévost, il se transforme au XXe avec Proust, qui remplace le jugement du moraliste par le travail de la mémoire.
Ce que le mot permet d'écrire — Dans une copie, l'employer quand le texte multiplie les verbes de sentiment et les conjonctions de cause : c'est la marque d'un narrateur qui explique une conscience plutôt qu'il ne raconte une scène.
Vraisemblance
Qualité d'un récit qui paraît croyable selon les attentes du public, indépendamment de sa vérité réelle.
Synonymes
Crédibilité — terme moderne et subjectif ; la vraisemblance classique est une règle collective, fondée sur les bienséances et l'opinion commune
Antonymes
Invraisemblance — elle n'est pas toujours un défaut : le conte philosophique et le merveilleux l'assument pour signaler qu'on ne cherche pas l'illusion
À ne pas confondre
Vérité — un fait réel peut être invraisemblable, et une invention parfaitement vraisemblable ; les deux notions sont indépendantes
Selon l'époque et le point de vue — Règle centrale de la poétique classique, elle est contestée au XVIIIe siècle par Diderot, puis reformulée au XIXe en exigence documentaire, avant que le XXe ne la rejette comme convention.
Ce que le mot permet d'écrire — Elle sert à expliquer une querelle : la scène de l'aveu de La Princesse de Clèves a choqué en 1678 non parce qu'elle était fausse, mais parce qu'elle était jugée invraisemblable pour une femme de cour.
Roman épistolaire
Roman entièrement composé de lettres échangées entre les personnages, sans narrateur extérieur qui vienne trancher.
Synonymes
Roman par lettres — simple équivalent français, employé au XVIIIe siècle lui-même
Antonymes
Roman à narrateur omniscient — là où l'omniscient sait tout et juge, l'épistolaire ne donne que des points de vue partiels et intéressés
À ne pas confondre
Roman-journal — le journal intime n'a qu'un scripteur et pas de destinataire ; la lettre est toujours adressée, donc toujours stratégique
Selon l'époque et le point de vue — Sommet au XVIIIe siècle (Lettres persanes, 1721 ; La Nouvelle Héloïse, 1761 ; Les Liaisons dangereuses, 1782, en 175 lettres), il décline au XIXe et réapparaît au XXe sous forme de récits à voix multiples.
Ce que le mot permet d'écrire — Le signaler pour justifier une lecture méfiante : dans une lettre, le personnage écrit pour agir sur son destinataire, donc il sélectionne, flatte ou ment. C'est l'intérêt du procédé, pas son défaut.
Récit enchâssé
Récit inséré dans un autre récit, dit récit-cadre, et pris en charge par un personnage du cadre.
Synonymes
Récit second — terme technique de la narratologie, qui insiste sur le niveau de narration plutôt que sur l'image de l'emboîtement
Antonymes
Récit linéaire — un seul niveau de narration, un seul narrateur, aucune voix déléguée
À ne pas confondre
Mise en abyme — tout récit enchâssé n'est pas une mise en abyme : il ne le devient que s'il reproduit en réduction l'œuvre qui le contient
Selon l'époque et le point de vue — Hérité des recueils de contes, il devient au XVIIIe siècle un instrument d'authentification (Manon Lescaut, 1731), puis au XIXe un moyen de créer la distance du fantastique.
Ce que le mot permet d'écrire — Le nommer permet de poser la bonne question en copie : qui parle, à qui, et quel intérêt a-t-il à raconter ainsi ? Les outils pour y répondre sont dans le chapitre de narratologie.
Réalisme
Mouvement et esthétique du milieu du XIXe siècle qui prétendent représenter le réel ordinaire, y compris médiocre ou laid, avec exactitude.
Synonymes
Vérisme — équivalent italien, plus tardif et plus régionaliste ; on ne l'emploie pas pour la littérature française
Antonymes
Idéalisme romanesque — le roman idéaliste embellit et récompense la vertu ; le réalisme refuse la consolation et laisse souvent l'échec sans compensation
À ne pas confondre
Naturalisme — le naturalisme ajoute au réalisme une théorie scientifique, hérédité et milieu, et une méthode expérimentale revendiquée
Selon l'époque et le point de vue — Préparé par Balzac et Stendhal, il se formule vers 1850 et culmine avec Madame Bovary (1857), sous-titré Mœurs de province.
Ce que le mot permet d'écrire — Attention au contresens : le réalisme est un effet construit. Maupassant l'écrit dès 1888, le romancier ne donne pas la réalité mais une illusion du vrai, choisie et composée.
Naturalisme
Prolongement scientifique du réalisme, formulé par Zola : le romancier observe ses personnages comme un savant observe un organisme, en étudiant l'action de l'hérédité et du milieu.
Synonymes
Roman expérimental — expression de Zola lui-même (essai de 1880) : elle nomme la méthode, non le mouvement dans son ensemble
Antonymes
Symbolisme — contemporain et opposé, il refuse le document et la matière au profit de la suggestion et de l'idée
À ne pas confondre
Réalisme — le réalisste décrit ce qui est, le naturaliste prétend en plus expliquer pourquoi c'est ainsi, par des causes biologiques et sociales
Selon l'époque et le point de vue — Dominant de 1870 à 1890 environ, il s'incarne dans Les Rougon-Macquart, sous-titrés Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, de L'Assommoir (1877) à Germinal (1885).
Ce que le mot permet d'écrire — Ne pas se contenter de l'étiquette : montrer dans l'extrait le lexique technique, la documentation, le poids du milieu et la présence du corps. Sans cela, le mot ne prouve rien.
Effet de réel
Impression de réalité produite par des détails apparemment inutiles à l'intrigue, dont la seule fonction est de dire : ceci a existé.
Synonymes
Détail vrai — formulation courante mais imprécise : ce qui compte n'est pas que le détail soit vrai, c'est qu'il soit gratuit
Antonymes
Détail symbolique — le détail symbolique est chargé de sens et sert la signification ; l'effet de réel vaut par son insignifiance même
À ne pas confondre
Description — toute description ne produit pas un effet de réel : une description allégorique ou idéalisante produit l'effet inverse
Selon l'époque et le point de vue — Le procédé est massif chez Balzac et Flaubert ; la notion, elle, est théorisée au XXe siècle par la critique qui relit le roman réaliste.
Ce que le mot permet d'écrire — Formulation qui fait gagner des points : « ce baromètre ne sert à rien dans l'intrigue, et c'est précisément pour cela qu'il fait vrai ».
Antihéros
Personnage principal dépourvu des qualités attendues d'un héros : sans courage, sans grandeur, sans réussite, parfois sans volonté propre.
Synonymes
Personnage médiocre — descriptif seulement : l'antihéros suppose en plus un horizon d'attente héroïque que le texte déçoit volontairement
Antonymes
Héros — au sens plein, celui qui accomplit une action exemplaire ; attention, en narratologie, héros signifie simplement personnage principal
À ne pas confondre
Personnage négatif — un personnage négatif est méchant et peut être puissant ; l'antihéros est surtout disqualifié, souvent sympathique et impuissant
Selon l'époque et le point de vue — Annoncé par le pícaro et par Don Quichotte, installé par le XIXe siècle avec les ambitieux ratés et les femmes déclassées, il devient la norme au XXe siècle.
Ce que le mot permet d'écrire — L'employer quand le texte joue de l'écart : c'est le décalage entre la posture héroïque et la réalité minable qui produit l'ironie, et c'est cet écart qu'il faut décrire.
Mise en abyme
Procédé par lequel une œuvre contient en réduction une image d'elle-même : un roman où l'on écrit un roman, un tableau qui contient le même tableau.
Synonymes
Réflexivité — notion plus large : un texte peut réfléchir sur lui-même sans en contenir une réduction figurée
Antonymes
Illusion romanesque — l'illusion fait oublier le livre ; la mise en abyme rappelle sans cesse qu'on lit un livre fabriqué
À ne pas confondre
Récit enchâssé — l'enchâssement est un fait de structure ; il n'y a mise en abyme que si le récit inséré redouble le récit qui l'encadre
Selon l'époque et le point de vue — Déjà présente chez Cervantès, revendiquée par Gide dans Les Faux-Monnayeurs (1925), elle devient un signe distinctif du roman moderne et contemporain.
Ce que le mot permet d'écrire — Justifier toujours par la ressemblance : dire qu'il y a mise en abyme oblige à montrer ce qui est redoublé, sujet, forme ou situation de lecture.
Roman d'apprentissage
Roman qui suit la formation d'un jeune personnage, de l'inexpérience à l'entrée dans le monde adulte, à travers des rencontres, des échecs et une désillusion.
Synonymes
Roman de formation — traduction de l'allemand Bildungsroman ; insiste sur la construction de la personne plus que sur les épreuves traversées
Antonymes
Roman picaresque — le pícaro traverse les mêmes milieux mais ne se forme pas : il n'y a ni progression morale ni ascension sociale durable
À ne pas confondre
Autobiographie — l'autobiographie engage un pacte de vérité entre auteur, narrateur et personnage ; le roman d'apprentissage reste une fiction, même inspirée du vécu
Selon l'époque et le point de vue — Modèle allemand du tournant du XIXe siècle, il devient la forme reine du roman français du XIXe, de Julien Sorel (1830) à Georges Duroy (1885), et se poursuit au XXe en récit de la perte des illusions.
Ce que le mot permet d'écrire — L'employer pour structurer une lecture d'ensemble : montrer où se situe l'extrait dans la courbe d'apprentissage, montée, épreuve ou désillusion, donne immédiatement de la hauteur à une analyse.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Histoire du genre / outils d'analyse
Situer une œuvre dans l'évolution du roman n'est pas la même opération que l'analyser techniquement.
Ce qu'il débloque — Il sépare ce chapitre du chapitre de narratologie : ici on répond à « de quelle époque du roman ce texte relève-t-il ? », là on répond à « qui raconte, d'où, et dans quel ordre ? ».
Exemple — Devant un extrait de L'Assommoir (1877), l'histoire du genre fournit le naturalisme et son projet ; la narratologie fournit le discours indirect libre qui fait entendre Gervaise à travers le narrateur.
Vers / prose
Les premiers romans sont écrits en octosyllabes à rimes plates ; la prose ne devient la norme qu'au XIIIe siècle.
Ce qu'il débloque — Il empêche de définir le roman médiéval par la prose et permet de comprendre pourquoi le mot désigne d'abord une langue, non une forme.
Exemple — Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes (v. 1176-1181) est un roman en vers ; les cycles du Graal du XIIIe siècle passent à la prose, jugée plus proche de la vérité historique.
Roman idéaliste / roman réaliste
Le premier élève ses personnages au-dessus du commun et récompense la vertu ; le second les prend dans le médiocre et refuse la consolation.
Ce qu'il débloque — Il donne une clé de lecture applicable à toutes les époques, car l'opposition traverse le genre entier, du roman de chevalerie contre le fabliau jusqu'au roman contemporain.
Exemple — Au XVIIe siècle, le roman héroïque de Mademoiselle de Scudéry et Le Roman comique de Scarron (1651) sont contemporains et opposés terme à terme.
Vraisemblance / vérité
Le vraisemblable est ce que le public accepte de croire ; le vrai est ce qui a eu lieu. Les deux ne coïncident pas.
Ce qu'il débloque — Il permet d'expliquer les préfaces d'authentification du XVIIIe siècle et les querelles de réception, sans les prendre pour naïveté.
Exemple — Prévost fait raconter Manon Lescaut (1731) par des Grieux à un témoin : ce dispositif ne rend pas l'histoire vraie, il la rend croyable.
Récit à la première personne / à la troisième personne
Le je impose un savoir limité et un intérêt à se justifier ; la troisième personne autorise un regard surplombant et le jugement.
Ce qu'il débloque — Il oriente immédiatement la lecture critique : avec un je, la première question est toujours celle de la fiabilité du narrateur.
Exemple — Le picaresque et le roman-mémoires imposent le je ; Balzac et Zola choisissent la troisième personne pour faire du romancier le secrétaire ou le savant de la société.
Illusion / dévoilement
Un récit peut chercher à faire oublier qu'il est fabriqué, ou au contraire exhiber sa fabrication.
Ce qu'il débloque — Il classe toute l'histoire moderne du roman : le XIXe siècle perfectionne l'illusion, le XXe la démonte, et le contemporain alterne les deux.
Exemple — Diderot interrompt Jacques le fataliste pour discuter avec son lecteur ; Gide, dans Les Faux-Monnayeurs (1925), fait écrire à un personnage le roman que nous lisons.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.