À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en première sur « Quelles sont les principales défaillances du marché ? » suit le programme officiel de spécialité SES de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'une défaillance du marché ?, Les externalités : quand le prix ignore des coûts ou des bénéfices, Les biens collectifs : un sous-investissement, Les biens communs : la surexploitation. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité SES.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Dissertation : Quelles sont les principales défaillances du marché ?
Analyse des termes — Le marché est le lieu, réel ou fictif, de rencontre de l'offre et de la demande qui fixe un prix ; il y a défaillance quand ce mécanisme ne conduit pas à une allocation efficace des ressources, c'est-à-dire produit trop, trop peu, ou empêche des échanges avantageux. Le sujet invite à identifier et à expliquer les défaillances du programme (externalités, biens collectifs et communs, asymétries d'information), sans traiter le pouvoir de marché, et à évoquer les remèdes sans en faire le cœur du devoir.
Problématique — Pourquoi le mécanisme des prix, efficace en concurrence pure et parfaite, conduit-il dans certaines situations à produire trop, à produire trop peu ou à renoncer à des échanges avantageux ?
Introduction rédigéeLe 2 juillet 1992, le gouvernement canadien interdit la pêche de la morue du Nord au large de Terre-Neuve. Après des décennies de prises libres, qui avaient culminé vers 1968, le stock s'est effondré et des dizaines de milliers d'emplois disparaissent. Personne n'avait pourtant enfreint de règle : chaque armateur avait simplement pêché autant qu'il le pouvait. Ce paradoxe invite à interroger l'efficacité du marché. Le marché désigne le lieu, réel ou fictif, où se rencontrent l'offre et la demande d'un bien et où se forme un prix. En concurrence pure et parfaite, ce prix permet une allocation efficace des ressources. On parle de défaillance du marché lorsque ce mécanisme conduit au contraire à produire trop, trop peu, ou à renoncer à des échanges avantageux. Dès 1776, Adam Smith reconnaissait que certains travaux utiles ne seraient jamais entrepris par des particuliers. Pourquoi le mécanisme des prix, efficace en concurrence parfaite, échoue-t-il dans certaines situations ? Nous verrons d'abord que les externalités font ignorer au prix des coûts et des bénéfices réels (I), puis que l'impossibilité d'exclure conduit au sous-investissement dans les biens collectifs et à la surexploitation des biens communs (II), enfin que les asymétries d'information peuvent dérégler, voire faire disparaître, certains marchés (III).
I. Quand le prix ignore des coûts et des bénéfices : les externalités
- Une externalité négative fait diverger coût privé et coût social : le bien est trop bon marché et surproduit.Pigou, The Economics of Welfare (1920) ; les émissions de CO2 des carburants n'étaient pas intégrées au prix en France avant la taxe carbone de 2014.
- Une externalité positive procure un avantage non rémunéré : le bien est sous-produit.Éducation et vaccination : onze vaccins deviennent obligatoires pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 en France, car chaque vacciné protège aussi les autres.
- Les externalités de réseau font dépendre l'utilité de chacun du nombre d'utilisateurs, ce que le prix individuel ne rémunère pas.Téléphone, puis réseaux sociaux : chaque nouvel inscrit accroît gratuitement la valeur du service pour tous les autres.
II. Quand l'exclusion est impossible : biens collectifs et biens communs
- Un bien collectif est non rival et non excluable.Définition de Samuelson (1954) ; le phare de Mill (1848), l'éclairage public, la défense nationale.
- Le passager clandestin conduit au sous-investissement : le bien n'est pas produit par le marché.Mill (1848) : sans prélèvement obligatoire, personne ne construirait de phare ; la défense est financée par l'impôt.
- Un bien commun, rival et non excluable, est surexploité.Tragédie des communs de Hardin (1968) ; moratoire sur la morue de Terre-Neuve le 2 juillet 1992, après un pic des prises vers 1968.
III. Quand l'information manque : les asymétries d'information
- L'antisélection chasse les produits de qualité du marché avant même l'échange.Akerlof (1970), le marché des voitures d'occasion et ses « citrons ».
- L'aléa moral fausse l'exécution du contrat, une fois celui-ci signé.Salarié non contrôlé ; banques « trop grosses pour faire faillite » lors de la crise de 2008.
- Le marché élabore des réponses partielles, que complètent des obligations publiques.Signal du diplôme (Spence, 1973), garanties ; contrôle technique obligatoire pour vendre une voiture de plus de quatre ans ; prix Nobel 2001 d'Akerlof, Spence et Stiglitz.
Conclusion rédigéeLe marché est défaillant lorsque le prix cesse de transmettre une information complète : il ignore les effets subis par des tiers dans le cas des externalités, il ne peut pas être perçu sur ceux qui ne paient pas dans le cas des biens collectifs et communs, il reflète une qualité moyenne trompeuse en présence d'asymétries d'information. Ces trois défaillances conduisent à une production excessive, insuffisante ou à la disparition d'échanges pourtant avantageux. Elles justifient une intervention des pouvoirs publics, par la réglementation, la taxation, les quotas ou la production publique, mais aussi des réponses privées comme le signal ou collectives comme la gestion communautaire décrite par Elinor Ostrom en 1990. Reste à savoir si l'intervention publique corrige toujours ces défaillances : l'échec de la hausse de la taxe carbone en 2018 montre qu'un bon instrument économique peut se heurter à des limites politiques et sociales.
Le piège — Réciter une liste de défaillances sans expliquer le mécanisme (pourquoi le prix échoue), confondre bien commun et bien collectif, ou dériver vers le monopole, qui relève d'un autre chapitre.
Sujet 2 — Épreuve composée, troisième partie (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : à l'aide du dossier (trajectoire de la taxe carbone, prix du quota européen de CO2, interdiction de l'amiante) et de vos connaissances, vous montrerez que les pouvoirs publics disposent de plusieurs instruments pour corriger les externalités négatives.
Analyse des termes — Les pouvoirs publics désignent l'État, les collectivités et l'Union européenne ; une externalité négative est un coût imposé à des tiers sans compensation, comme la pollution. « Vous montrerez » appelle une démonstration organisée des différents instruments (réglementation, taxe, marché de quotas), chacun expliqué par son mécanisme et illustré par le dossier, sans chercher à les rejeter.
Problématique — Comment les pouvoirs publics peuvent-ils amener les agents à tenir compte du coût social de leurs activités ?
Introduction rédigéeAu 1er janvier 1997, la France interdit l'amiante ; en 2014, elle crée une taxe carbone ; depuis 2005, les grandes industries européennes doivent acheter des quotas pour émettre du CO2. Ces trois mesures répondent au même problème par des moyens très différents. La pollution est une externalité négative : l'activité d'un agent impose à des tiers un coût qu'il ne paie pas. Comme le producteur ne tient compte que de son coût privé, inférieur au coût social, le marché conduit à polluer au-delà de ce qui serait socialement souhaitable. Les pouvoirs publics, c'est-à-dire l'État, les collectivités et l'Union européenne, peuvent alors intervenir. Comment peuvent-ils amener les agents à tenir compte du coût social de leurs activités ? Ils peuvent d'abord commander, en imposant normes et interdictions (I), ensuite faire payer, en taxant le pollueur (II), enfin créer un marché de droits à émettre (III).
I. Commander : la réglementation impose des normes et des interdictions
- L'interdiction supprime une activité dont le coût social est jugé inacceptable.Interdiction de l'amiante en France au 1er janvier 1997.
- La norme fixe un plafond de pollution que chaque producteur doit respecter.Normes européennes d'émission des véhicules neufs (normes « Euro ») ; quotas de pêche de la politique commune de la pêche depuis 1983.
- La réglementation est simple et sûre mais uniforme : elle n'incite pas à faire mieux que la norme et son contrôle est coûteux.Un constructeur qui respecte la norme n'a aucun intérêt à réduire davantage ses émissions.
II. Faire payer : la taxe et le bonus-malus internalisent le coût externe
- La taxe pigouvienne fait payer au pollueur le coût qu'il impose aux autres.Pigou (1920) : distinction entre coût privé et coût social.
- Elle laisse chacun ajuster son comportement selon son propre coût de dépollution.Taxe carbone française : 7 € la tonne de CO2 en 2014, 44,6 € en 2018 (document du dossier) ; bonus-malus automobile depuis 2008.
- Son efficacité suppose l'acceptabilité sociale, notamment pour les ménages modestes.Gel de la trajectoire en décembre 2018 après le mouvement des Gilets jaunes : 44,6 € au lieu des 55 € prévus en 2019.
III. Créer un marché : les quotas d'émission échangeables
- Définir des droits d'émission permet de traiter l'externalité par l'échange.Coase, « The Problem of Social Cost » (1960).
- L'autorité fixe la quantité totale d'émissions, le marché fixe le prix : les réductions se font là où elles coûtent le moins.SEQE-UE, lancé en 2005 pour les centrales électriques et l'industrie lourde.
- L'instrument n'est efficace que si le prix du quota est suffisamment élevé, ce qui exige une régulation du marché.Prix sous 10 € la tonne après la crise de 2008, puis au-dessus de 80 € en 2022-2023 après la mise en place d'une réserve de stabilité (2019).
Conclusion rédigéeLes pouvoirs publics disposent donc de trois grandes familles d'instruments contre les externalités négatives : la réglementation commande un comportement, la taxe fixe un prix au dommage, le marché de quotas fixe une quantité totale et laisse s'échanger les droits. Chacun a ses forces et ses limites : la norme est sûre mais n'incite pas à faire mieux, la taxe est efficace mais peut être jugée injuste, le quota exige un prix suffisamment élevé. C'est pourquoi ces instruments sont le plus souvent combinés, comme dans la politique climatique européenne. Reste une question que le dossier laisse ouverte : pour une externalité mondiale comme le changement climatique, un instrument national ou européen suffit-il sans coordination internationale ?
Le piège — Énumérer les instruments sans expliquer comment chacun modifie le comportement du pollueur, ou présenter la taxe carbone comme une sanction alors qu'elle est une incitation.