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Comment se forme et s'exprime l'opinion publique ?

Naissance de l'opinion publique, sondages et leurs limites, médias, légitimité démocratique de l'opinion (spécialité SES de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Comment se forme et s'exprime l'opinion publique ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'opinion publique, une construction historique liée à la démocratie, Du public éclairé à la presse de masse : penser l'opinion (1835-1922), Mesurer l'opinion : principes et techniques des sondages, Les limites des sondages : « l'opinion publique n'existe pas » ?. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — Dissertation : les sondages permettent-ils de connaître l'opinion publique ?

Analyse des termes — Les sondages sont des enquêtes statistiques menées auprès d'un échantillon représentatif ; l'opinion publique est l'ensemble des jugements exprimés publiquement sur des questions collectives, notion elle-même construite. « Connaître » suppose de saisir une réalité qui existerait avant sa mesure : c'est précisément ce que le sujet invite à discuter, en France surtout depuis 1965.

Problématique — Les sondages mesurent-ils une opinion publique qui leur préexiste, ou contribuent-ils à fabriquer ce qu'ils prétendent connaître ?

Introduction rédigée« L'opinion publique n'existe pas » : en choisissant ce titre en janvier 1973, le sociologue Pierre Bourdieu provoquait les instituts de sondage, alors en plein essor en France depuis que l'IFOP avait annoncé avec succès le ballottage du général de Gaulle en décembre 1965. Les sondages sont des enquêtes statistiques qui interrogent un échantillon représentatif de la population, en général un millier de personnes, pour estimer la répartition des opinions. L'opinion publique désigne l'ensemble des jugements exprimés publiquement sur des questions d'intérêt collectif, au nom desquels on prétend parler aux gouvernants ; née au XVIIIe siècle dans l'espace public des salons et de la presse, c'est une construction historique et politique. Or le sondage se présente comme le moyen le plus sûr de connaître cette opinion, c'est-à-dire de la saisir telle qu'elle existe. Les sondages mesurent-ils une opinion publique qui leur préexiste, ou contribuent-ils à fabriquer ce qu'ils prétendent connaître ? Nous verrons d'abord que les sondages sont un instrument scientifique de connaissance de l'opinion (I), puis que cette mesure construit en partie ce qu'elle mesure (II), avant de montrer que connaître l'opinion publique suppose de croiser les sondages avec ses autres formes d'expression (III).

I. Les sondages, un instrument scientifique de connaissance de l'opinion

  • La représentativité de l'échantillon fonde la validité de la mesure.En 1936, Gallup prédit la victoire de Roosevelt avec un petit échantillon représentatif, alors que le Literary Digest se trompe avec environ 2,4 millions de réponses.
  • Des techniques codifiées : quotas, redressement, marge d'erreur connue.Pour 1 000 personnes et un résultat proche de 50 %, la marge d'erreur est d'environ ± 3 points à 95 %.
  • Une fiabilité vérifiée par l'expérience, qui a imposé les sondages dans la vie politique.En décembre 1965, l'IFOP (fondé en 1938 par Jean Stoetzel) annonce le ballottage du général de Gaulle, qui obtient 44,65 % au premier tour.

II. Une mesure qui construit en partie ce qu'elle mesure

  • Tout le monde n'a pas d'opinion : les non-réponses sont socialement inégales.Bourdieu, « L'opinion publique n'existe pas », Les Temps modernes, janvier 1973 : premier postulat contesté.
  • Toutes les opinions ne se valent pas, et les questions sont imposées par les commanditaires.Effet d'imposition de problématique ; Champagne, Faire l'opinion (1990) : on commande un sondage pour le publier et peser sur le débat.
  • Les biais et les marges d'erreur limitent la précision, jusqu'à rendre certains résultats indécidables.21 avril 2002 : 0,68 point sépare Le Pen (16,86 %) de Jospin (16,18 %), écart inférieur aux marges d'erreur ; la spirale du silence (Noelle-Neumann, 1974) peut produire des sous-déclarations.

III. Connaître l'opinion suppose de croiser les sondages avec ses autres formes d'expression

  • L'opinion s'exprime aussi dans l'espace public : presse, pétitions, mobilisations.Liberté de la presse (loi du 29 juillet 1881) ; pour Habermas (1962), l'opinion naît de la discussion publique, pas de l'addition de réponses privées.
  • Les médias fixent les thèmes sur lesquels l'opinion se forme et sur lesquels on la sonde.Effet d'agenda, McCombs et Shaw (1972) ; les sondages sont souvent commandés et publiés par les médias eux-mêmes.
  • Des dispositifs délibératifs cherchent à connaître une opinion informée plutôt qu'instantanée.Convention citoyenne pour le climat (octobre 2019 – juin 2020) : 150 citoyens tirés au sort adoptent 149 propositions ; sondage délibératif de James Fishkin.
Conclusion rédigéeLes sondages sont bien un outil de connaissance : fondés sur la représentativité de l'échantillon, ils donnent un ordre de grandeur fiable, à la marge d'erreur près, comme l'ont montré Gallup en 1936 et l'IFOP en 1965. Mais ils ne saisissent pas une opinion publique toute faite : en supposant que chacun a une opinion, que toutes se valent et que les questions vont de soi, ils construisent en partie leur objet, comme l'a montré Bourdieu. Connaître l'opinion publique suppose donc de lire les sondages comme une construction et de les croiser avec ses autres expressions : presse, mobilisations, délibérations citoyennes. Reste une question que les démocraties contemporaines ne cessent de se poser : quelle place accorder, dans la décision politique, à une opinion dont la mesure est ainsi discutée ?

Le piège — Faire une copie « pour ou contre les sondages » qui réduit la critique de Bourdieu à une accusation de trucage : le cœur du sujet est la différence entre mesurer une opinion et la fabriquer, et la troisième partie doit montrer d'autres manières de connaître l'opinion.

Sujet 2 — Épreuve composée, partie 3 (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : à l'aide du dossier et de vos connaissances, vous montrerez que les médias contribuent à la formation de l'opinion publique.

Analyse des termes — Les médias désignent les moyens de diffusion de l'information (presse, radio, télévision, sites et réseaux sociaux) ; « contribuer à la formation » invite à montrer une influence réelle mais partielle, qui s'ajoute à d'autres facteurs. Le dossier type associe un document sur les sujets jugés prioritaires par les Français, un document sur le traitement médiatique d'un problème et un document sur l'usage des réseaux sociaux pour s'informer : il faut en extraire des données et les relier aux mécanismes du cours.

Problématique — Par quels mécanismes les médias participent-ils à la formation de l'opinion publique, alors même que leur influence n'est pas directe ?

Introduction rédigéeEn 1922, le journaliste américain Walter Lippmann constatait que les citoyens ne connaissent le monde qu'à travers les « images dans leur tête » que leur fournit la presse. Un siècle plus tard, la question se pose à nouveau avec les réseaux sociaux. Les médias désignent l'ensemble des moyens de diffusion de l'information à un large public : presse, radio, télévision, sites d'information et réseaux sociaux. L'opinion publique est l'ensemble des jugements exprimés publiquement sur des questions d'intérêt collectif. Depuis l'enquête de Paul Lazarsfeld en 1944, on sait pourtant que les médias ne dictent pas directement ce que chacun pense. Par quels mécanismes les médias participent-ils alors à la formation de l'opinion publique ? Nous montrerons, à l'aide du dossier et de nos connaissances, qu'ils sélectionnent les sujets sur lesquels l'opinion se forme (I), qu'ils orientent la manière de percevoir ces sujets et le climat d'opinion (II), et que leur influence passe par les relations sociales et les réseaux numériques (III).

I. Les médias sélectionnent les sujets sur lesquels l'opinion se forme

  • L'effet d'agenda : les priorités du public suivent celles des médias.McCombs et Shaw, 1972 : à Chapel Hill en 1968, les thèmes jugés importants par les électeurs correspondent à ceux mis en avant par la presse.
  • Les médias disent moins quoi penser qu'à quoi penser.Formule de Bernard Cohen (1963), confirmée par les enquêtes ultérieures.
  • La presse de masse crée un public partageant les mêmes sujets de conversation.Tarde, L'Opinion et la foule (1901) : le public, dispersé, est relié par le journal ; essor permis par la loi du 29 juillet 1881.

II. Ils orientent la manière de percevoir ces sujets et le climat d'opinion

  • L'effet de cadrage oriente l'interprétation et l'attribution des responsabilités.Iyengar (1991) : un traitement par des histoires individuelles conduit à rendre responsables les individus plutôt que la société.
  • Les médias donnent une image de l'opinion dominante qui pèse sur l'expression des opinions.Spirale du silence, Noelle-Neumann (1974) : qui se croit minoritaire se tait.
  • Les sondages publiés par les médias participent eux-mêmes à la formation de l'opinion.Champagne, Faire l'opinion (1990) ; encadrement par la loi du 19 juillet 1977 et interdiction de publication la veille et le jour du vote depuis 2002.

III. Leur influence passe par les relations sociales et les réseaux numériques

  • L'information est relayée et interprétée par des leaders d'opinion.Lazarsfeld, Berelson, Gaudet, The People's Choice (1944) ; Katz et Lazarsfeld, Personal Influence (1955) : communication à deux étages.
  • Les algorithmes des réseaux sociaux peuvent renforcer l'exposition à des contenus conformes.Bulle de filtre, Eli Pariser (2011), thèse nuancée par les enquêtes empiriques.
  • Les pouvoirs publics reconnaissent ce rôle en encadrant la circulation de l'information.Loi du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l'information.
Conclusion rédigéeLes médias contribuent donc à la formation de l'opinion publique par plusieurs mécanismes complémentaires : ils fixent l'agenda des sujets débattus, ils en cadrent la présentation et donnent une image du climat d'opinion, et leur influence se diffuse par les leaders d'opinion comme par les algorithmes des réseaux sociaux. Cette influence est réelle mais indirecte : elle s'exerce moins sur le contenu des opinions que sur leurs objets et leur expression. Il reste à se demander si cette capacité à former l'opinion donne aux médias un pouvoir qui interroge le fonctionnement de la démocratie, et comment le concilier avec la liberté de la presse garantie depuis 1881.

Le piège — Affirmer que les médias « manipulent » l'opinion et dictent ce qu'il faut penser : le sujet demande de montrer des mécanismes précis (agenda, cadrage, leaders d'opinion), et en partie 3 de l'épreuve composée chaque paragraphe doit exploiter au moins un document du dossier.

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