À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en première sur « Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ? » suit le programme officiel de spécialité SES de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des marchés rarement parfaitement concurrentiels : la notion de pouvoir de marché, Comment les entreprises acquièrent-elles un pouvoir de marché ?, Le monopole : un faiseur de prix contraint par la demande, L'oligopole : l'interdépendance stratégique et la théorie des jeux. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité SES.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Dissertation : Dans quelle mesure les marchés imparfaitement concurrentiels sont-ils défavorables aux consommateurs ?
Analyse des termes — Un marché imparfaitement concurrentiel est un marché où les offreurs disposent d'un pouvoir de marché (monopole, oligopole, concurrence monopolistique) ; les consommateurs sont concernés par le prix, mais aussi par les quantités, la variété et l'innovation. « Dans quelle mesure » invite à peser les effets négatifs et positifs, puis à chercher leurs conditions.
Problématique — Le pouvoir de marché des entreprises se fait-il nécessairement au détriment des consommateurs, ou peut-il, à certaines conditions, leur profiter ?
Introduction rédigéeEn janvier 2012, l'arrivée de Free Mobile, avec un forfait illimité à 19,99 € par mois, a fait chuter les prix de la téléphonie mobile en France. Quelques années plus tôt, en 2005, les trois opérateurs en place avaient été condamnés à 534 millions d'euros d'amende pour s'être réparti le marché. Cet exemple montre que le degré de concurrence d'un marché pèse directement sur le budget des ménages. Un marché est imparfaitement concurrentiel lorsque les offreurs disposent d'un pouvoir de marché, c'est-à-dire de la capacité de fixer un prix supérieur au prix de concurrence : c'est le cas du monopole, de l'oligopole et de la concurrence monopolistique. Les consommateurs sont concernés par le prix qu'ils paient et les quantités disponibles, mais aussi par la variété et la qualité des produits, et par l'innovation. On peut donc se demander si le pouvoir de marché des entreprises se fait nécessairement au détriment des consommateurs, ou s'il peut, à certaines conditions, leur profiter. Nous verrons d'abord que le pouvoir de marché permet aux entreprises de prélever une rente sur les consommateurs (I), puis que l'imperfection de la concurrence peut aussi financer l'innovation et la variété (II), avant de montrer que l'effet final dépend de la contestabilité des marchés et de la politique de la concurrence (III).
I. Le pouvoir de marché permet aux entreprises de prélever une rente sur les consommateurs
- Le monopole, faiseur de prix, vend plus cher et produit moins qu'en concurrence.Avec P = 100 − Q et un coût marginal de 20 €, il vend 40 unités à 60 € au lieu de 80 unités à 20 € ; Smith dénonçait dès 1776 le prix de monopole.
- En oligopole, les ententes reproduisent le comportement d'un monopole collectif.Cartel de la téléphonie mobile, 534 M€ d'amende (2005) ; cartel des camions (1997-2011), 2,93 Md€ (2016).
- Les entreprises dominantes peuvent verrouiller le marché et restreindre le choix.Google Shopping, 2,42 Md€ (2017), pour avoir favorisé son propre comparateur ; Microsoft, 497 M€ (2004).
II. Mais l'imperfection de la concurrence peut aussi servir les consommateurs
- La perspective d'une rente temporaire incite à innover.Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) ; le brevet protège l'innovateur 20 ans au plus.
- La différenciation offre de la variété et de la qualité.Concurrence monopolistique de Chamberlin (1933) : restaurants, vêtements ; concurrence hors prix d'Airbus et Boeing.
- Dans certains secteurs, une seule entreprise produit au coût le plus bas, et un oligopole peut être très concurrentiel.Monopole naturel des réseaux régulé par la Commission de régulation de l'énergie ; guerre des prix de Free Mobile (forfait à 19,99 €, 2012), conforme au modèle de Bertrand (1883).
III. L'effet sur les consommateurs dépend de la contestabilité des marchés et de la politique de la concurrence
- Une entreprise seule peut être disciplinée par la menace d'entrée.Théorie des marchés contestables de Baumol, Panzar et Willig (1982).
- Le droit sanctionne les comportements plutôt que la taille, ce qui préserve les incitations à innover.Article L. 420-2 du Code de commerce : seul l'abus de position dominante est interdit ; clémence en France depuis 2001.
- Le numérique et la politique industrielle renouvellent le débat.Règlement sur les marchés numériques (DMA, 2022) ; refus de la fusion Alstom-Siemens (6 février 2019).
Conclusion rédigéeLes marchés imparfaitement concurrentiels ne sont donc pas défavorables aux consommateurs par nature. Le pouvoir de marché leur coûte cher lorsqu'il sert à restreindre les quantités, à s'entendre ou à évincer des concurrents, comme l'ont montré les cartels de la téléphonie mobile ou des camions. Mais il peut aussi être la contrepartie de l'innovation, de la variété des produits ou d'économies d'échelle. Tout dépend de la possibilité pour de nouveaux concurrents d'entrer sur le marché et de la vigilance des autorités, qui sanctionnent les comportements abusifs plutôt que la réussite elle-même. Reste à savoir si cet équilibre résiste à l'économie numérique, où les effets de réseau rendent les positions dominantes très durables : c'est tout l'enjeu du règlement européen sur les marchés numériques adopté en 2022.
Le piège — Faire un plan « inconvénients / avantages » qui juxtapose Smith et Schumpeter sans jamais dire de quoi dépend l'effet final : la troisième partie (contestabilité, politique de la concurrence) est ce qui transforme l'exposé en réponse à la question « dans quelle mesure ».
Sujet 2 — Épreuve composée, troisième partie (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : À l'aide du dossier et de vos connaissances, vous montrerez que les entreprises en situation d'oligopole sont incitées à s'entendre, mais que ces ententes sont fragiles.
Analyse des termes — Le dossier peut réunir une matrice de jeu entre deux entreprises et un tableau des amendes infligées aux cartels ; « montrer » exige un raisonnement démonstratif, sans discussion de la consigne. L'oligopole est un marché à quelques offreurs interdépendants, l'entente un accord entre concurrents pour limiter la concurrence.
Problématique — Pourquoi des entreprises rivales ont-elles intérêt à coordonner leurs décisions, et pourquoi ces accords sont-ils pourtant difficiles à maintenir ?
Introduction rédigéeEn juillet 2016, la Commission européenne a infligé près de 2,93 milliards d'euros d'amende à des constructeurs de camions qui s'étaient concertés sur leurs prix pendant quatorze ans. Ce cas illustre un comportement fréquent sur les marchés dominés par quelques entreprises. Un oligopole est un marché sur lequel un petit nombre d'offreurs interdépendants font face à de nombreux demandeurs ; une entente est un accord, explicite ou tacite, par lequel des concurrents limitent la concurrence entre eux. Nous montrerons que l'interdépendance stratégique pousse les oligopoleurs à une rivalité coûteuse (I), ce qui les incite à s'entendre pour se comporter comme un monopole (II), mais que ces ententes restent fragiles (III).
I. En oligopole, l'interdépendance stratégique pousse à une rivalité coûteuse
- Chaque entreprise doit anticiper la réaction de ses concurrentes avant de fixer son prix ou sa production.Modèle de duopole de Cournot (1838) ; théorie des jeux de von Neumann et Morgenstern (1944).
- Chacune a intérêt à baisser son prix, quelle que soit la décision de l'autre.Matrice du cours : le prix bas est une stratégie dominante (14 > 10 et 5 > 2), d'où l'équilibre de Nash (5 ; 5).
- La guerre des prix réduit les profits de tous.Selon Bertrand (1883), le prix tend vers le coût marginal ; baisse des tarifs mobiles après l'arrivée de Free Mobile en 2012.
II. D'où l'incitation à s'entendre pour se comporter comme un monopole
- Coopérer permet d'atteindre un profit collectif supérieur.Dans la matrice, l'entente sur un prix élevé rapporte 10 à chacun au lieu de 5.
- Les cartels d'États fixent des quotas pour soutenir le prix.OPEP créée à Bagdad en 1960 ; prix du baril multiplié par quatre environ entre octobre 1973 et janvier 1974.
- Les entreprises concluent des ententes, souvent durables.Partage du marché mobile (2000-2002) ; cartel des camions de 1997 à 2011.
III. Mais ces ententes sont fragiles
- Chaque membre a intérêt à trahir l'accord.Dans la matrice, celui qui baisse seul son prix gagne 14 au lieu de 10 ; quotas de l'OPEP régulièrement dépassés.
- Les ententes sont illégales et lourdement sanctionnées.Article L. 420-1 du Code de commerce ; amendes jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial ; 2,93 Md€ pour les camions (2016).
- La clémence transforme la fragilité de l'entente en arme des autorités.Programmes de clémence (UE 1996, France 2001) : MAN, dénonciateur du cartel des camions, exonéré en 2016.
Conclusion rédigéeLes entreprises en oligopole sont donc prises dans un dilemme : la rivalité fait baisser leurs profits, ce qui les incite à s'entendre, mais chacune a intérêt à trahir l'accord. Les autorités de la concurrence s'appuient sur cette fragilité, en interdisant les ententes et en récompensant les dénonciateurs. On peut toutefois se demander si les algorithmes de fixation des prix, qui s'observent et réagissent en permanence, ne facilitent pas des ententes tacites plus difficiles à prouver.
Le piège — Recopier la matrice sans l'exploiter : il faut faire le raisonnement complet (stratégie dominante, équilibre, gain de la coopération, gain de la trahison) et citer les chiffres des documents pour chaque étape.