À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en première sur « Comment se construisent et évoluent les liens sociaux ? » suit le programme officiel de spécialité SES de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les groupes sociaux, premiers lieux où se construisent les liens, Les réseaux sociaux, une forme spécifique de coordination et de sociabilité, Durkheim : de la solidarité mécanique à la solidarité organique, Communauté, société et les quatre liens de Paugam. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité SES.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Dissertation : Les liens sociaux s'affaiblissent-ils dans les sociétés contemporaines ?
Analyse des termes — Les liens sociaux sont les relations qui unissent les individus entre eux et à la société en leur apportant protection et reconnaissance ; les sociétés contemporaines désignent ici les sociétés occidentales, et d'abord la France, depuis les années 1960. « S'affaiblir » suppose une perte d'intensité ou de nombre, qu'il faut distinguer d'un simple changement de forme.
Problématique — Les transformations des sociétés contemporaines (individualisation, précarisation de l'emploi, numérique) conduisent-elles à un délitement des liens sociaux, ou à leur recomposition sous des formes nouvelles, inégalement protectrices ?
Introduction rédigéeÀ la fin des années 2010, plus d'un ménage français sur trois (environ 37 % en 2018 selon l'INSEE) ne comptait qu'une seule personne, contre environ un sur cinq à la fin des années 1960. Ce chiffre nourrit un discours répandu sur la « fin du lien social », accusant pêle-mêle l'individualisme, les écrans et la précarité. Le lien social désigne l'ensemble des relations qui unissent les individus entre eux et à la société ; selon Serge Paugam (2008), chacun de ces liens (filiation, participation élective, participation organique, citoyenneté) procure à la fois protection et reconnaissance. Les sociétés contemporaines désignent ici les sociétés occidentales depuis les années 1960, marquées par l'individualisation, les transformations de la famille, la montée du chômage et l'essor du numérique. Se demander si les liens s'affaiblissent, c'est donc distinguer une perte réelle d'intensité d'un simple changement de forme. Les transformations contemporaines conduisent-elles à un délitement des liens sociaux, ou à leur recomposition sous des formes nouvelles, inégalement protectrices ? Nous montrerons d'abord que les liens changent de nature plus qu'ils ne disparaissent (I), puis qu'ils se fragilisent réellement pour ceux qui cumulent les difficultés (II), avant de voir comment institutions et nouvelles sociabilités peuvent les recomposer (III).
I. Des liens qui changent de nature plus qu'ils ne disparaissent
- La division du travail substitue une solidarité par interdépendance à une solidarité par ressemblance.Durkheim, De la division du travail social, 1893 : solidarité mécanique et solidarité organique.
- Le lien conjugal devient plus électif et contractuel, sans que l'engagement recule.INSEE : environ 394 000 mariages en 1970 ; 225 000 mariages et 196 000 PACS en 2019 (PACS créé en 1999).
- Les liens choisis, notamment associatifs, prennent le relais des liens hérités.Loi du 1er juillet 1901 ; environ 1,5 million d'associations actives selon les estimations récentes.
II. Des liens réellement fragilisés, surtout lorsque les difficultés se cumulent
- Le chômage et la précarité affaiblissent le lien de participation organique.Castel, 1995 : zones de vulnérabilité et de désaffiliation ; chômage de masse installé après 1975.
- Les ruptures familiales et le vieillissement exposent à l'isolement.Environ 37 % des ménages composés d'une personne en 2018 (INSEE) ; enquêtes « solitudes » de la Fondation de France depuis 2010.
- La pauvreté et la ségrégation résidentielle referment les réseaux et disqualifient.Paugam, La Disqualification sociale, 1991 : fragilité, dépendance, rupture.
III. Des liens recomposés, que les institutions et les nouvelles sociabilités peuvent consolider
- Le lien de citoyenneté sert de filet lorsque les autres liens cèdent.Ordonnances d'octobre 1945 (Sécurité sociale) ; RMI créé par la loi du 1er décembre 1988.
- Le numérique prolonge et étend la sociabilité plus qu'il ne la remplace.Casilli, Les Liaisons numériques, 2010 ; Facebook créé en 2004.
- L'engagement se déplace vers des formes plus ponctuelles plutôt qu'il ne s'éteint.Débat autour de Putnam, Bowling Alone, 2000.
Conclusion rédigéeLes liens sociaux ne s'affaiblissent pas de manière uniforme dans les sociétés contemporaines : ils changent de nature, devenant plus électifs, plus contractuels et plus étendus, comme Durkheim l'avait anticipé dès 1893 en montrant que l'individualisation pouvait fonder une solidarité nouvelle. Mais cette recomposition laisse de côté ceux qui cumulent chômage, ruptures familiales et isolement : pour eux, l'affaiblissement est bien réel et cumulatif, comme l'ont montré Castel et Paugam. Le lien de citoyenneté, les associations et, dans une certaine mesure, le numérique peuvent alors servir de relais. La question n'est donc pas tant de savoir si les liens s'affaiblissent que de savoir pour qui, et comment les consolider. Elle invite à s'interroger sur le rôle de l'État et des politiques publiques dans la production du lien social.
Le piège — Répondre par une opinion (« oui, à cause des écrans ») ou par un plan avantages/inconvénients, au lieu de distinguer transformation, fragilisation et recomposition à l'aide d'auteurs datés.
Sujet 2 — Épreuve composée, partie 3 (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : à l'aide de vos connaissances et du dossier, vous montrerez que les réseaux sociaux constituent une forme spécifique de coordination et de sociabilité. Dossier : document 1, résultats de l'enquête de M. Granovetter sur l'obtention d'un emploi (1973) ; document 2, présentation des thèses d'A. Casilli, Les Liaisons numériques (2010).
Analyse des termes — Un réseau social est un ensemble de relations entre des acteurs, sans frontière nette ni conscience d'appartenance ; la coordination désigne la manière dont des actions individuelles s'ajustent, la sociabilité l'ensemble des relations entretenues avec autrui. Le sujet n'est pas limité au numérique : il porte sur les réseaux au sens sociologique, dont les plateformes ne sont qu'un cas.
Problématique — En quoi les réseaux, par leur structure même, permettent-ils de coordonner les acteurs et d'entretenir des relations d'une manière différente des groupes, du marché et de la hiérarchie ?
Introduction rédigéeTrouver un stage grâce à la connaissance d'un ami, retrouver d'anciens camarades en ligne : ces expériences ordinaires reposent sur des réseaux. En sociologie, un réseau social est un ensemble de relations qui unissent des acteurs, sans frontière nette ni conscience d'appartenance commune, à la différence d'un groupe. La coordination désigne la manière dont des actions individuelles s'ajustent les unes aux autres ; la sociabilité, l'ensemble des relations qu'un individu entretient avec les autres et les formes qu'elles prennent. Depuis le sociogramme de Moreno (1934) jusqu'aux plateformes numériques, les réseaux sont devenus un objet central de la sociologie. En quoi, par leur structure même, permettent-ils de coordonner les acteurs et d'entretenir des relations d'une manière différente des groupes, du marché et de la hiérarchie ? Nous verrons d'abord que le réseau est une structure de relations originale (I), puis qu'il constitue une forme spécifique de coordination (II), enfin qu'il renouvelle les formes de sociabilité, notamment avec le numérique (III).
I. Le réseau, une structure de relations différente du groupe
- Le réseau n'a ni frontière nette ni conscience d'appartenance commune.Sociogramme de Moreno, Who Shall Survive?, 1934.
- Il combine des liens forts et des liens faibles de nature différente.Granovetter, 1973 : temps, intensité émotionnelle, intimité, services rendus.
- Il relie des inconnus par des chaînes courtes.Expérience du « petit monde » de Milgram, 1967 : environ six maillons en moyenne.
II. Une forme spécifique de coordination entre acteurs
- Les réseaux font circuler l'information, notamment sur l'emploi.Document 1 : 55,6 % des contacts utiles vus « occasionnellement » et 27,8 % « rarement ».
- Ils coordonnent par la confiance et la recommandation, non par le prix ou l'autorité.Cooptation et recommandation dans le recrutement, où le réseau se substitue à l'annonce.
- Ils constituent une ressource inégalement répartie.Capital social, Bourdieu, 1980.
III. Une forme spécifique de sociabilité, renouvelée par le numérique
- La sociabilité de réseau est élective et varie selon le milieu social.Héran, enquête INSEE de 1982-1983 : sociabilité inégale selon l'âge et le diplôme.
- Le numérique prolonge et recompose la sociabilité hors ligne.Document 2 : Casilli, Les Liaisons numériques, 2010 ; Facebook créé en 2004.
- Les réseaux peuvent aussi refermer les individus sur des cercles semblables.Putnam, 2000 : distinction entre capital social qui lie des semblables et capital social qui fait le pont.
Conclusion rédigéeLes réseaux sociaux constituent bien une forme spécifique de coordination et de sociabilité : sans frontière ni conscience d'appartenance, ils combinent des liens forts, qui soutiennent, et des liens faibles, qui informent, comme l'a montré Granovetter en 1973. Ils coordonnent les acteurs par la confiance et la recommandation, et entretiennent une sociabilité élective que le numérique prolonge plus qu'il ne la remplace. Mais cette ressource est inégalement répartie : le capital social redouble souvent les autres inégalités. On peut dès lors se demander si l'accès aux réseaux, en particulier pour trouver un emploi, ne contribue pas à la reproduction des inégalités sociales.
Le piège — Traiter uniquement des réseaux numériques, ou réciter le cours sans exploiter les données du dossier : chaque partie doit citer au moins un document.