À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en première sur « Comment les entreprises sont-elles organisées et gouvernées ? » suit le programme officiel de spécialité SES de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'entreprise, une organisation productive parmi d'autres, La diversité des entreprises : taille, secteur, statut juridique, Les figures de l'entrepreneur et du dirigeant, Comment les entreprises sont-elles gouvernées ? Actionnaires et dirigeants. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité SES.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Dissertation : Les actionnaires gouvernent-ils les entreprises ?
Analyse des termes — Gouverner, c'est décider des grandes orientations et contrôler ceux qui dirigent ; les actionnaires sont les détenteurs d'actions d'une société, titres qui donnent un droit de vote et un droit aux dividendes. Le sujet porte sur les sociétés de capitaux (SA, SAS), surtout les grandes, en France et dans les pays développés depuis le début du XXe siècle ; l'entreprise individuelle, où propriétaire et dirigeant se confondent, sert seulement de point de comparaison.
Problématique — Propriétaires juridiques des actions, les actionnaires exercent-ils réellement le pouvoir dans les entreprises, ou doivent-ils le partager avec les dirigeants et les autres parties prenantes ?
Introduction rédigéeEn mars 2021, le conseil d'administration de Danone, première grande société cotée à être devenue société à mission, écarte son PDG Emmanuel Faber sous la pression d'actionnaires qui jugeaient la rentabilité du groupe insuffisante. L'épisode semble donner raison à ceux qui pensent que, dans une entreprise, ce sont les détenteurs du capital qui décident en dernier ressort.
Les actionnaires sont les détenteurs d'actions d'une société, titres qui leur donnent un droit de vote en assemblée générale et un droit aux dividendes. Gouverner une entreprise, c'est en fixer les grandes orientations et contrôler ceux qui la dirigent au quotidien. La question se pose surtout pour les sociétés de capitaux, et en particulier les grandes, car dans une entreprise individuelle le propriétaire est aussi le dirigeant.
Propriétaires juridiques des actions, les actionnaires exercent-ils réellement le pouvoir dans les entreprises, ou doivent-ils le partager avec les dirigeants et les autres parties prenantes ?
Nous verrons d'abord qu'en droit, les actionnaires détiennent le pouvoir souverain (I), puis qu'en pratique les dirigeants disposent d'un pouvoir propre (II), enfin que ce pouvoir est de plus en plus partagé avec d'autres parties prenantes, au premier rang desquelles les salariés (III).
I. En droit, les actionnaires détiennent le pouvoir souverain
- L'assemblée générale élit le conseil d'administration, qui nomme et révoque les dirigeants.Organisation de la société anonyme ; depuis la loi Sapin II (9 décembre 2016), vote contraignant des actionnaires sur la rémunération des dirigeants des sociétés cotées.
- La théorie de l'agence et la conception actionnariale justifient cette primauté.Jensen et Meckling (1976) ; article de Milton Friedman, New York Times Magazine, 13 septembre 1970.
- Les actionnaires de contrôle ou coalisés peuvent imposer leurs choix.Droit de vote double automatique après deux ans de détention dans les sociétés cotées (loi Florange, 29 mars 2014) ; éviction du PDG de Danone en mars 2021.
II. En pratique, les dirigeants disposent d'un pouvoir propre
- La dispersion de l'actionnariat sépare la propriété du contrôle.Berle et Means, The Modern Corporation and Private Property (1932).
- Le pouvoir appartient à ceux qui détiennent l'information et l'expertise.La technostructure chez Galbraith (Le Nouvel État industriel, 1967) ; les zones d'incertitude chez Crozier (1963).
- L'asymétrie d'information permet aux dirigeants de servir leurs propres intérêts.Faillite frauduleuse d'Enron (décembre 2001), puis loi Sarbanes-Oxley (juillet 2002).
III. Un pouvoir de plus en plus partagé avec d'autres parties prenantes
- Les salariés entrent dans les organes de gouvernance.Administrateurs salariés (loi du 14 juin 2013), deux dès que le conseil compte plus de huit membres (loi PACTE, 2019) ; codétermination allemande de 1976.
- Le droit élargit l'intérêt que la société doit servir.Article 1833 du Code civil réécrit en 2019 : prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux ; raison d'être et société à mission.
- Les institutions représentatives et la négociation limitent le pouvoir unilatéral.Préambule de 1946 (participation à la gestion) ; comité social et économique consulté sur les orientations stratégiques (ordonnances de 2017).
Conclusion rédigéeLes actionnaires disposent du pouvoir ultime, car ce sont eux qui élisent les administrateurs et peuvent révoquer les dirigeants, ce que la théorie de l'agence justifie et ce que les réformes du « say on pay » ont renforcé. Mais ce pouvoir est rarement exercé au quotidien : depuis Berle et Means, on sait que la dispersion du capital et l'expertise des dirigeants leur laissent une large autonomie. Enfin, le droit français, de la loi de 2013 à la loi PACTE de 2019, fait une place croissante aux salariés et aux enjeux sociaux et environnementaux. Les actionnaires ne gouvernent donc pas seuls : ils gouvernent en dernier ressort, dans un pouvoir partagé et disputé.
Reste à savoir si ce partage modifie aussi la répartition des gains de l'entreprise : c'est la question de la formation des salaires et du partage de la valeur ajoutée.
Le piège — Répondre « oui, puisqu'ils sont propriétaires » : les actionnaires possèdent des actions, pas l'entreprise, et le sujet demande justement de confronter le pouvoir juridique au pouvoir réel. Autre faute fréquente : dériver vers le financement par actions ou la Bourse, qui relèvent d'un autre chapitre.
Sujet 2 — Épreuve composée, partie 3 (raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire) : à l'aide de vos connaissances et du dossier, vous montrerez que l'entreprise est à la fois un lieu de coopération et un lieu de conflits. Dossier : documents 2 (Taylor, 1911), 3 (Les Temps modernes, 1936) et 4 (Code civil après la loi PACTE, 2019) de l'onglet « Analyses de document ».
Analyse des termes — La coopération désigne l'action coordonnée d'individus qui poursuivent un objectif commun ; le conflit, l'opposition entre des acteurs aux intérêts divergents. Le sujet ne demande pas de choisir entre les deux mais de montrer leur coexistence et leur articulation, dans les entreprises des pays développés depuis l'industrialisation.
Problématique — Comment l'entreprise, qui ne peut produire sans la coopération de ses membres, est-elle aussi traversée par des conflits, et comment ces conflits contribuent-ils à produire les règles de la coopération ?
Introduction rédigéeEn 1911, l'ingénieur américain Frederick W. Taylor promet que son organisation scientifique du travail fera la « prospérité maximale » des patrons comme des ouvriers. Un an plus tard, les ouvriers de Renault à Billancourt se mettent en grève contre le chronométrage. Cette opposition résume le paradoxe de l'entreprise.
L'entreprise est une organisation qui combine travail et capital pour produire des biens et services marchands. La coopération y désigne l'action coordonnée de ses membres vers un objectif commun ; le conflit, l'opposition entre des acteurs dont les intérêts divergent, sur les salaires, les conditions de travail ou le pouvoir.
Comment l'entreprise, qui ne peut produire sans la coopération de ses membres, est-elle aussi traversée par des conflits, et comment ces conflits contribuent-ils à produire les règles de la coopération ?
Nous montrerons d'abord que produire exige de coopérer (I), puis que des intérêts divergents nourrissent des conflits (II), enfin que ces conflits, institutionnalisés, produisent les règles mêmes de la coopération (III).
I. Produire exige de coopérer
- La division du travail rend les membres de l'entreprise interdépendants, coordonnés par la hiérarchie.Coase (1937) : l'entreprise remplace le marché par la hiérarchie ; document 3 : sur la chaîne, un retard désorganise tous les postes.
- L'OST prétend fonder une coopération entre direction et ouvriers.Document 2 : Taylor fait de la coopération l'un de ses quatre principes ; salaire de Schmidt porté de 1,15 à 1,85 dollar.
- La coopération repose aussi sur les relations humaines et le groupe de travail.Expériences de Hawthorne (1924-1932), analysées par Elton Mayo.
II. Des intérêts divergents nourrissent des conflits
- Le partage des gains oppose salariés et apporteurs de capitaux.Document 2 : production multipliée par 3,76 mais salaire par 1,61 seulement.
- L'organisation et le contrôle du travail sont contestés.Document 3 : surveillance et cadences satirisées en 1936 ; grèves chez Renault contre le chronométrage (1912-1913) ; freinage observé par Donald Roy (1952).
- Les acteurs utilisent leurs ressources dans des jeux de pouvoir.Crozier (1963) : les ouvriers d'entretien de la SEITA maîtrisent la zone d'incertitude des pannes.
III. Le conflit, institutionnalisé, produit les règles de la coopération
- Les conflits ont été encadrés par des institutions reconnues.Loi Waldeck-Rousseau (1884), comités d'entreprise (1945), lois Auroux (1982), comité social et économique (2017).
- Les règles effectives naissent de la négociation entre direction et salariés.Régulation conjointe de Jean-Daniel Reynaud (Les Règles du jeu, 1989) ; Simmel (1908) : le conflit comme forme de socialisation.
- Le droit tend à intégrer les parties prenantes à la gouvernance.Document 4 : article 1833 du Code civil réécrit par la loi PACTE (2019) ; administrateurs salariés.
Conclusion rédigéeL'entreprise ne peut fonctionner sans coopération : la division du travail rend chacun dépendant des autres, et ni la hiérarchie ni la règle écrite ne suffisent sans l'implication des salariés. Mais le partage des gains, les cadences et le pouvoir opposent durablement direction et salariés, comme le montrent aussi bien les chiffres de Taylor que la satire de Chaplin. Loin d'être un simple dysfonctionnement, le conflit, encadré depuis 1884 par des institutions reconnues, produit les règles de la coopération, selon la logique de régulation conjointe décrite par Reynaud.
On peut se demander si le développement du télétravail et des formes d'emploi indépendantes, qui dispersent les collectifs de travail, ne rend pas plus difficile cette transformation du conflit en règles communes.
Le piège — Juxtaposer une partie « coopération » et une partie « conflit » sans les relier : le sujet demande de montrer que les deux coexistent et se nourrissent. Dans l'épreuve composée, il faut aussi exploiter chaque document du dossier, avec des données précises, au lieu de les paraphraser.