Notion de puissance, l'empire ottoman de l'apogée à la disparition, la Russie depuis 1991 (spécialité HGGSP de 1re)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 2 — Axe 1 : essor et déclin des puissances » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que la puissance ?, Les hiérarchies de puissances, L'essor ottoman : une puissance à son apogée (1453-1683), Du recul à la réforme (1683-1876). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — « Le réveil de la question d'Orient » : l'empire ottoman dépecé en 1908
Facile
Une de supplément illustré (dessin en couleurs, presse populaire) · « Le Réveil de la question d'Orient. La Bulgarie proclame son indépendance. L'Autriche prend la Bosnie et l'Herzégovine », Le Petit Journal, Supplément illustré, Paris, 18 octobre 1908.
En juillet 1908, la révolution jeune-turque a affaibli le pouvoir d'Abdülhamid II ; ses voisins en profitent en octobre. Le Petit Journal, l'un des quotidiens les plus lus de France, s'adresse à un large public populaire.
Description du document. La une occupe toute la page, sous le titre du journal. Au centre de l'image, un grand document représentant une carte de l'empire ottoman est déchiré par deux souverains. À gauche, l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph, en uniforme blanc, s'empare d'un morceau sur lequel on lit « Bosnie-Herzégovine ». Au centre, le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de prendre le titre de tsar, porte une couronne et tient le morceau « Bulgarie ». À droite, le sultan Abdülhamid II, assis sur son trône, regarde la scène sans pouvoir intervenir, l'air accablé. La légende reprend les deux événements des 5 et 6 octobre 1908 : la proclamation de l'indépendance bulgare et l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie.
Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il révèle de la situation de l'empire ottoman en 1908 et replacez-le dans l'histoire de la question d'Orient.
Présentez le document : nature, date, public visé.
Identifiez les trois personnages et décrivez l'action de chacun.
En quoi l'image illustre-t-elle un recul de la puissance ottomane ?
Replacez ces événements dans la question d'Orient, de 1878 à 1913.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit de la une du supplément illustré du Petit Journal, quotidien populaire parisien à très fort tirage, parue le 18 octobre 1908. C'est une image de presse, en couleurs, qui commente l'actualité pour un large public français : elle simplifie et dramatise, sans prétendre à l'objectivité.
2. À gauche, l'empereur François-Joseph arrache la Bosnie-Herzégovine ; au centre, Ferdinand de Bulgarie, couronné, s'approprie la Bulgarie ; à droite, le sultan Abdülhamid II assiste à la scène, impuissant. Les deux premiers agissent, le troisième subit : la composition oppose des souverains qui prennent à un souverain qui perd.
3. Si l'on reprend la définition de la puissance comme capacité à « empêcher de faire », l'image montre un empire qui n'en est plus capable. Le sultan ne combat pas, ne proteste pas : il ne peut empêcher ni l'annexion de la Bosnie, occupée depuis 1878, ni l'indépendance d'une Bulgarie déjà autonome. Le titre, « Le réveil de la question d'Orient », suggère que le partage de l'empire redevient l'enjeu des puissances européennes.
4. Ces pertes prolongent le congrès de Berlin (13 juillet 1878), qui avait déjà rendu la Bulgarie autonome et confié la Bosnie-Herzégovine à l'administration autrichienne ; 1908 transforme ces situations de fait en pertes définitives. Elles ouvrent une série : l'Italie prend la Libye en 1911-1912, puis les guerres balkaniques (1912-1913) chassent l'empire de presque toute l'Europe. L'annexion de la Bosnie nourrit aussi le nationalisme serbe : c'est à Sarajevo, capitale bosniaque, que l'archiduc François-Ferdinand est assassiné le 28 juin 1914.
Ce que cette analyse apprend — Décrire précisément une image avant de l'interpréter, puis l'inscrire dans une chronologie qui lui donne son sens.
Document 2 — Le rescrit de Gülhane (1839) : réformer pour retrouver la puissance
Moyen
Texte officiel (rescrit impérial), document d'époque · Hatt-ı Şerif de Gülhane, rescrit du sultan Abdülmecid Ier lu à Constantinople le 3 novembre 1839, traduction française de l'époque (extraits).
En 1839, l'armée du sultan vient d'être battue à Nizip par celle de Méhémet Ali, gouverneur d'Égypte, et Mahmud II meurt ; son fils Abdülmecid Ier a seize ans. Le texte, préparé par le ministre des Affaires étrangères Mustafa Reşid Pacha, ancien ambassadeur à Paris et à Londres, est lu devant les dignitaires et les diplomates étrangers.
« Tout le monde sait que, dans les premiers temps de la monarchie ottomane, les préceptes glorieux du Coran et les lois de l'Empire étaient une règle toujours respectée. En conséquence, l'Empire croissait en force et en grandeur, et tous les sujets, sans exception, avaient acquis au plus haut degré l'aisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ans, une succession d'accidents et de causes diverses ont fait qu'on a cessé de se conformer au code sacré des lois et aux règlements qui en découlent, et la force et la prospérité antérieures se sont changées en faiblesse et en appauvrissement : c'est qu'en effet un empire perd toute stabilité en cessant d'observer ses lois. [...]
Ces institutions doivent principalement porter sur trois points, qui sont : 1° les garanties qui assurent à nos sujets une parfaite sécurité quant à leur vie, leur honneur et leur fortune ; 2° un mode régulier d'asseoir et de prélever les impôts ; 3° un mode également régulier pour la levée des soldats et la durée de leur service. [...]
Ces concessions impériales s'étendent à tous nos sujets, de quelque religion ou secte qu'ils puissent être ; ils en jouiront sans exception. »
Montrez comment ce document analyse le recul de l'empire ottoman et quelles réponses il propose pour restaurer sa puissance.
Présentez le document et son auteur.
Quel diagnostic le texte pose-t-il sur l'évolution de la puissance ottomane ? À quelle période renvoie l'expression « depuis cent cinquante ans » ?
Quelles réformes sont annoncées, et en quoi doivent-elles renforcer la puissance de l'État ?
À quels publics le texte s'adresse-t-il ? Montrez qu'il vise aussi l'Europe.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un rescrit impérial, c'est-à-dire un acte solennel du sultan, lu le 3 novembre 1839 dans le jardin de Gülhane, à Constantinople. Il est signé par le jeune sultan Abdülmecid Ier mais préparé par Mustafa Reşid Pacha, diplomate formé en Europe. Il ouvre la période des Tanzimat (« réorganisations »), qui dure jusqu'en 1876.
2. Le texte oppose deux temps. Autrefois, l'empire « croissait en force et en grandeur » parce que les lois étaient respectées ; aujourd'hui, la « force » s'est changée « en faiblesse et en appauvrissement ». Le déclin est donc reconnu officiellement par le pouvoir lui-même. « Depuis cent cinquante ans » renvoie à la fin du XVIIe siècle, c'est-à-dire à l'échec devant Vienne (1683) et au traité de Karlowitz (1699), premiers grands reculs face aux Européens. Le texte attribue ce recul à une cause interne, l'abandon des lois, et non à la supériorité de l'Europe.
3. Trois réformes sont annoncées : la sécurité de la « vie », de « l'honneur » et de la « fortune » des sujets, un impôt régulier et une conscription organisée. Toutes visent la puissance : des sujets protégés produisent et paient l'impôt, un impôt régulier finance l'État, une conscription régulière fournit une armée moderne, capable de rivaliser avec celles de l'Europe et de Méhémet Ali. Il s'agit de reconstruire la force pour retrouver la puissance.
4. Le texte s'adresse d'abord aux sujets de l'empire, dont il veut obtenir la fidélité. Mais la dernière phrase étend les réformes à tous, « de quelque religion ou secte qu'ils puissent être » : elle vise les chrétiens des Balkans, tentés par les nationalismes, et les puissances européennes, surtout la Russie, qui prétendent les protéger. Lu devant les diplomates étrangers, le rescrit cherche à gagner le soutien de la France et du Royaume-Uni. Il y parvient en partie : l'empire est admis dans le concert européen en 1856. Mais la réforme coûte cher et l'État fait défaut en 1875.
Ce que cette analyse apprend — Repérer dans un texte officiel le diagnostic, les remèdes et les destinataires, puis confronter ses promesses aux faits qui suivent.
Document 3 — La puissance russe à l'épreuve des chiffres (1992-2021)
Moyen
Tableau statistique · D'après Banque mondiale, World Development Indicators (PIB en dollars courants), et U.S. Energy Information Administration (prix annuel moyen du Brent), données consultées en 2024 ; valeurs arrondies.
Le PIB mesure la richesse produite en un an ; exprimé en dollars, il dépend aussi du taux de change du rouble. Le Brent est le pétrole de référence en Europe : son prix guide celui du pétrole russe.
Année
PIB de la Russie (milliards de dollars courants, arrondi)
Prix moyen du baril de Brent (dollars, arrondi)
1992
≈ 460
≈ 19
1998
≈ 270
≈ 13
2008
≈ 1 660
≈ 97
2013
≈ 2 290
≈ 109
2016
≈ 1 280
≈ 44
2021
≈ 1 840
≈ 71
Pour comparer : PIB de la France en 2021, environ 2 960 milliards de dollars (Banque mondiale). Au début des années 2010, le pétrole et le gaz représentent environ les deux tiers de la valeur des exportations russes.
Analysez l'évolution de l'économie russe depuis 1992 et montrez ce qu'elle révèle des fondements et des limites de la puissance russe.
Décrivez l'évolution du PIB russe entre 1992 et 2021 en distinguant des phases.
Mettez en relation le PIB et le prix du Brent. Que constatez-vous ?
Quels autres facteurs expliquent la chute du PIB entre 2013 et 2016 ?
Que nous apprend ce tableau sur la puissance russe, et que ne montre-t-il pas ?
Voir la réponse rédigée
1. On distingue trois phases. De 1992 à 1998, le PIB s'effondre, d'environ 460 à 270 milliards de dollars, soit une baisse de plus de 40 % : ce sont les années de la « thérapie de choc » et du défaut d'août 1998. De 1998 à 2013, il est multiplié par plus de huit (de 270 à 2 290 milliards), dont une multiplication par six environ entre 1998 et 2008. Depuis 2013, il recule fortement (1 280 milliards en 2016, soit environ 44 % de moins qu'en 2013) avant de remonter partiellement (1 840 milliards en 2021).
2. Les deux séries évoluent ensemble. Le point bas du Brent (13 dollars en 1998) coïncide avec le point bas du PIB ; la hausse du pétrole (97 dollars en 2008, 109 en 2013) accompagne le redressement ; sa chute d'environ 60 % entre 2013 et 2016 (de 109 à 44 dollars) coïncide avec celle du PIB. Le tableau montre donc une économie de rente, dont la richesse dépend du prix des hydrocarbures, qui forment environ les deux tiers de ses exportations.
3. La chute de 2014-2016 s'explique aussi par les sanctions occidentales décidées après l'annexion de la Crimée (mars 2014), qui limitent l'accès aux capitaux et aux technologies, et par la forte dépréciation du rouble : comme le PIB est exprimé en dollars, la baisse de la monnaie réduit mécaniquement sa valeur.
4. Le tableau éclaire les fondements du redressement des années 2000 : la rente pétrolière a financé le retour de l'État et de l'armée. Il en montre aussi la limite : en 2021, le PIB russe représente environ 62 % de celui de la France, pour une population plus de deux fois supérieure. C'est une « puissance pauvre ». Mais le tableau ne dit rien des autres dimensions de la puissance : l'arsenal nucléaire, le siège permanent au Conseil de sécurité, la capacité à intervenir en Syrie (2015) ou en Ukraine (2022). La puissance russe dépasse donc ce que mesure son PIB.
Ce que cette analyse apprend — Découper une série en phases, la croiser avec une autre série, calculer des ordres de grandeur, puis dire ce que les chiffres ne mesurent pas.
Document 4 — Le discours de Munich (2007) : la Russie revendique un rang
Difficile
Discours politique (résumé et courts extraits traduits) · Vladimir Poutine, discours prononcé à la conférence de Munich sur la politique de sécurité, 10 février 2007 ; transcription publiée par la présidence russe (traduction).
En 2007, la Russie sort de huit années de croissance portée par la hausse du pétrole ; elle a remboursé sa dette. La conférence de Munich réunit chaque année les dirigeants occidentaux de la défense : c'est la première fois qu'un président russe y tient un discours aussi offensif.
Présentation du discours (résumé, avec de courts extraits traduits).
Devant des responsables politiques et militaires occidentaux, le président russe prévient qu'il parlera sans détour diplomatique. Il consacre la première partie à l'ordre mondial né de la fin de la guerre froide. Selon lui, le monde dirigé par un seul centre de pouvoir est une impasse : « le modèle unipolaire est non seulement inacceptable, mais aussi impossible dans le monde d'aujourd'hui ».
Il dénonce ensuite l'usage de la force hors du cadre de l'ONU et accuse les États-Unis d'imposer leurs règles au-delà de leurs frontières. Il affirme que seul le Conseil de sécurité peut légitimer l'emploi de la force.
Il aborde l'élargissement de l'OTAN vers l'est, qu'il présente comme sans rapport avec la sécurité de l'Europe et comme « une provocation sérieuse qui réduit le niveau de confiance mutuelle ».
Il évoque enfin l'essor de l'Inde, de la Chine et des autres pays émergents, qui annonce selon lui un monde à plusieurs pôles, et rappelle que la Russie, pays à l'histoire millénaire, « a presque toujours usé du privilège de mener une politique étrangère indépendante ».
En analysant ce discours, montrez comment la Russie de 2007 revendique un statut de grande puissance, puis confrontez ce discours aux faits.
Présentez le document : auteur, date, lieu, auditoire.
Quelle conception de l'ordre mondial Vladimir Poutine défend-il ?
Sur quels atouts de la puissance russe ce discours s'appuie-t-il, explicitement ou implicitement ?
Avec un regard critique, confrontez ce discours à l'évolution de la politique russe entre 2008 et 2022.
Voir la réponse rédigée
1. Ce discours est prononcé le 10 février 2007 par Vladimir Poutine, président de la Russie depuis 2000, à la conférence de Munich sur la politique de sécurité. L'auditoire est composé de dirigeants occidentaux, notamment de l'OTAN. Le choix de ce lieu fait du discours un message adressé à l'Occident : la Russie ne se considère plus comme la perdante de 1991.
2. Le président russe récuse le « modèle unipolaire », c'est-à-dire un monde dominé par une seule puissance, visant explicitement les États-Unis. Il lui oppose un monde multipolaire, où plusieurs pôles, dont la Russie mais aussi l'Inde et la Chine, pèsent ensemble. Il fait du Conseil de sécurité le seul lieu légitime de décision sur l'usage de la force : or la Russie y dispose d'un droit de veto. Défendre l'ONU revient donc aussi à défendre le rang russe.
3. Le discours s'appuie sur la continuité historique : la Russie, État millénaire, a « presque toujours » mené une politique indépendante. Il s'appuie implicitement sur le siège permanent hérité de l'URSS et sur l'arsenal nucléaire, qui rendent la Russie incontournable. Il repose enfin sur le redressement économique : avec un Brent proche de 100 dollars en 2007-2008, l'État russe a les moyens de sa diplomatie. Son ton offensif est lui-même une démonstration de puissance.
4. Les faits prolongent ce discours. En août 2008, la Russie intervient en Géorgie ; en mars 2014, elle annexe la Crimée ; en septembre 2015, elle intervient en Syrie ; le 24 février 2022, elle envahit l'Ukraine. Moscou présente ces actions comme des réponses à l'élargissement de l'OTAN ; l'Ukraine et ses soutiens y voient la violation de la souveraineté de ses voisins, ce qu'exprime la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU du 2 mars 2022 (141 voix pour). Le discours de 2007 défend le droit international ; l'annexion de la Crimée contredit ce principe selon la majorité des États. Enfin, les moyens restent limités : dépendance aux hydrocarbures, sanctions, adhésion de la Finlande (2023) et de la Suède (2024) à l'OTAN. Le discours annonçait une puissance ; les faits montrent une puissance qui s'affirme surtout par la force, avec un coût élevé.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer ce qu'un dirigeant dit de ce que son pays peut faire, et confronter un discours aux événements qui le suivent sans prendre parti.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.