À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 3 — Axe 2 : les frontières en débat » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Tracer des frontières, approche géopolitique : pourquoi les frontières font débat, 1939-1945 : la Pologne effacée, puis déplacée vers l'ouest, 1945-1990 : une frontière de fait, reconnue à l'Est, contestée à l'Ouest, Le droit de la mer : découper l'océan en zones. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — La frontière germano-polonaise de 1939 à 1990 : une frontière imposée, contestée puis reconnue ?
Analyse des termes — La frontière germano-polonaise est la limite de souveraineté entre l'Allemagne (Reich, puis RDA et RFA, puis Allemagne unie) et la Pologne ; elle change de tracé et de statut sur la période. Le sujet s'ouvre sur l'invasion de 1939 et se ferme sur les traités de 1990, qui la rendent définitive : il porte sur le tracé, sa reconnaissance et son coût humain, pas sur toute l'histoire de la guerre.
Problématique — Comment une frontière tracée par la force et par les vainqueurs, au prix du déplacement de millions de personnes, devient-elle, en un demi-siècle, une frontière reconnue par tous ?
Introduction rédigéeLe 7 décembre 1970, à Varsovie, le chancelier ouest-allemand Willy Brandt s'agenouille devant le monument aux héros du ghetto, quelques heures après avoir signé un traité qui reconnaît la frontière occidentale de la Pologne. Ce geste résume l'histoire d'une frontière chargée de violence. Entre l'Allemagne et la Pologne, la frontière — limite de la souveraineté entre deux États — a changé plusieurs fois de tracé et de statut depuis 1939 : effacée par l'invasion germano-soviétique, déplacée vers l'ouest sur la ligne de l'Oder et de la Neisse à Potsdam en 1945, elle n'est définitivement reconnue par l'Allemagne unie qu'en 1990. Comment une frontière tracée par la force et par les vainqueurs, au prix du déplacement de millions de personnes, devient-elle en un demi-siècle une frontière reconnue par tous ? Nous verrons d'abord qu'entre 1939 et 1945 la frontière est effacée puis déplacée par la force, ensuite qu'elle devient de 1945 à 1970 une frontière de fait, enjeu de la guerre froide, enfin que de 1970 à 1990 elle passe de la reconnaissance à la frontière définitive.
I. 1939-1945 : une frontière effacée puis déplacée par la force
- La Pologne est rayée de la carte par ses deux voisins.Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et son protocole secret ; invasions des 1er et 17 septembre ; traité germano-soviétique du 28 septembre 1939.
- La frontière devient un instrument de la politique raciale nazie.Annexion de la Posnanie et de la Poméranie polonaise (Warthegau, Dantzig-Prusse-Occidentale), création du Gouvernement général en octobre 1939, expulsions de Polonais.
- Les vainqueurs déplacent la Pologne vers l'ouest sans la consulter.Téhéran (1943), Yalta (février 1945) : ligne Curzon à l'est ; Potsdam (2 août 1945) : territoires à l'est de l'Oder-Neisse « sous l'administration de l'État polonais ».
II. 1945-1970 : une frontière de fait, enjeu de la guerre froide
- On ajuste les peuples à la frontière.Chapitre XIII de Potsdam ; plusieurs millions d'Allemands fuient ou sont expulsés en 1945-1947 ; Breslau devient Wrocław, peuplée notamment de Polonais venus de Lwów.
- Le camp soviétique reconnaît la frontière.Traité de Zgorzelec entre la RDA et la Pologne, 6 juillet 1950 : « frontière de paix et d'amitié ».
- La RFA la conteste au nom du droit.Référence aux frontières du 31 décembre 1937 en l'absence de traité de paix ; poids de la Fédération des expulsés fondée en 1957.
III. 1970-1990 : de la reconnaissance à la frontière définitive
- L'Ostpolitik change la position ouest-allemande.Traité de Varsovie du 7 décembre 1970 et agenouillement de Willy Brandt devant le monument du ghetto ; ratification par le Bundestag en mai 1972.
- Le principe d'inviolabilité s'impose à l'échelle européenne, avec une réserve.Acte final d'Helsinki (1er août 1975) ; la RFA ne peut engager une future Allemagne unie.
- La réunification lève le dernier doute.Traité « 2+4 » signé à Moscou le 12 septembre 1990 ; traité frontalier germano-polonais du 14 novembre 1990.
Conclusion rédigéeDe 1939 à 1990, la frontière germano-polonaise est passée du statut de ligne imposée par la conquête à celui de frontière reconnue par un traité librement consenti. Tracée par les vainqueurs à Potsdam, elle est restée pendant vingt-cinq ans une frontière de fait, reconnue à l'Est et contestée à l'Ouest, avant que l'Ostpolitik puis la réunification ne la fassent accepter par l'Allemagne entière. Son histoire montre qu'une frontière née de la violence peut devenir légitime, mais au prix d'un coût humain considérable et d'un long travail politique. Depuis l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne (2004) puis dans l'espace Schengen (2007), cette frontière est devenue une frontière intérieure que l'on franchit librement ; le rétablissement de contrôles de part et d'autre depuis 2023-2025 montre pourtant qu'elle peut encore retrouver une fonction de filtre.
Le piège — Raconter la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide sans jamais parler de la frontière elle-même : le sujet porte sur un tracé, son statut juridique et ses effets sur les populations, et chaque paragraphe doit y revenir.
Sujet 2 — Les frontières internes et externes de l'Union européenne
Analyse des termes — Les frontières internes séparent les États membres ; les frontières externes séparent l'Union, ou l'espace Schengen, des États tiers. Le sujet invite à confronter les deux, depuis les accords de Schengen (1985) jusqu'aux débats actuels, en montrant que leur tracé et leur fonction évoluent ensemble.
Problématique — L'Union européenne efface-t-elle ses frontières intérieures au prix d'un renforcement de ses frontières extérieures, et ce double mouvement fait-il consensus ?
Introduction rédigéeEntre Strasbourg et Kehl, on franchit le Rhin en tramway sans montrer de papiers ; à Melilla, enclave espagnole sur la côte marocaine, une double clôture sépare l'Union européenne de l'Afrique. Ces deux images résument le paradoxe des frontières européennes. Les frontières internes séparent les États membres, qui restent souverains ; les frontières externes séparent l'Union, ou l'espace Schengen, des États tiers. Depuis les accords de Schengen de 1985, les premières ont perdu leurs contrôles systématiques, tandis que les secondes, déplacées par chaque élargissement, ont été renforcées. L'Union européenne efface-t-elle ses frontières intérieures au prix d'un renforcement de ses frontières extérieures, et ce double mouvement fait-il consensus ? Nous verrons d'abord que les frontières internes deviennent des interfaces, puis que se construit une frontière extérieure mobile et commune, enfin que ces frontières sont aujourd'hui au cœur des débats européens.
I. Des frontières internes transformées en interfaces
- Schengen supprime les contrôles systématiques entre États participants.Accords du 14 juin 1985, convention appliquée le 26 mars 1995, intégrée au droit de l'Union par le traité d'Amsterdam (1999) ; 29 États en 2025.
- Des espaces transfrontaliers se construisent.Euregio (1958), programmes Interreg (depuis 1990), GECT (depuis 2006) : Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai, hôpital de Cerdagne (2014).
- D'anciennes frontières de guerre deviennent des frontières de passage.Entrée de la Pologne dans Schengen le 21 décembre 2007 : l'Oder-Neisse se franchit librement entre Francfort-sur-l'Oder et Słubice.
II. Une frontière extérieure mobile et commune
- Les élargissements déplacent la frontière extérieure.Critères de Copenhague (1993) ; de 15 à 25 membres le 1er mai 2004 ; statut de pays adhérent (Croatie, 2011-2013).
- Le contrôle de la frontière extérieure est mutualisé.Frontex créée en 2004, devenue Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes en 2016 ; Eurodac et règlement de Dublin.
- La frontière extérieure se matérialise.Clôtures de Ceuta et Melilla ; Evros (2012) ; clôture hongroise (2015) ; barrière polonaise face au Bélarus (2022).
III. Des frontières au cœur des débats européens
- Les frontières internes reviennent.Contrôles rétablis par la France depuis novembre 2015, par l'Allemagne sur toutes ses frontières terrestres depuis septembre 2024, par la Pologne en juillet 2025.
- La gestion des migrations divise les États.Environ un million d'arrivées par la mer en 2015 ; plus de 30 000 morts et disparus en Méditerranée depuis 2014 selon l'OIM ; pacte sur la migration et l'asile adopté en 2024.
- Les limites mêmes de l'Union sont discutées.Candidatures de l'Ukraine et de la Moldavie (juin 2022) ; Brexit (31 janvier 2020) et frontière irlandaise reportée en mer d'Irlande.
Conclusion rédigéeLes frontières de l'Union européenne ont connu depuis 1985 un double mouvement : ouverture à l'intérieur, où Schengen et les coopérations transfrontalières ont transformé d'anciennes lignes de front en espaces de vie communs, et contrôle accru à l'extérieur, sur une frontière que les élargissements ont déplacée vers l'est et le sud. Ce modèle n'est pas figé : le rétablissement durable de contrôles internes, les désaccords sur l'accueil des migrants et la question des futurs élargissements montrent que la fonction des frontières reste l'objet d'un débat entre souveraineté nationale et solidarité européenne. L'Union devra aussi dire jusqu'où s'étend l'Europe : la candidature de l'Ukraine pose cette question dans un contexte de guerre à ses portes.
Le piège — Confondre Union européenne et espace Schengen, ou écrire que Schengen « supprime les frontières » : il supprime les contrôles systématiques, que les États peuvent rétablir, et son périmètre n'est pas celui de l'Union.