Thème 1 — Axe 2 : avancées et reculs des démocraties
Tocqueville, le Chili de 1970 à 1973, Portugal et Espagne 1974-1982, l'Union européenne et la démocratie (spécialité HGGSP de 1re)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 1 — Axe 2 : avancées et reculs des démocraties » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Tocqueville : la démocratie, un état social fondé sur l'égalité des conditions, Tocqueville : les dangers que la démocratie porte en elle, Le Chili de 1970 à 1973 : la « voie chilienne vers le socialisme », Le Chili : l'effondrement d'une démocratie (1972-1973). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les premières élections libres au Portugal (1975) et en Espagne (1977 et 1982)
Facile
Tableau statistique (résultats électoraux officiels) · D'après les résultats officiels : Comissão Nacional de Eleições (Portugal), élection de l'Assemblée constituante du 25 avril 1975 ; ministère de l'Intérieur (Espagne), élections générales du 15 juin 1977 et du 28 octobre 1982. Pourcentages arrondis.
Au Portugal comme en Espagne, ces scrutins sont les premiers votes libres depuis des décennies : le Portugal n'en a plus connu depuis le coup d'État de 1926, l'Espagne depuis février 1936. Celui de 1982 est le premier qui porte au pouvoir un parti d'opposition.
Portugal, 25 avril 1975 (Constituante, 250 sièges)
Espagne, 15 juin 1977 (Congrès, 350 sièges)
Espagne, 28 octobre 1982 (Congrès, 350 sièges)
Participation
91,7 %
78,8 %
80,0 %
Parti socialiste (PS au Portugal, PSOE en Espagne)
37,9 % — 116 sièges
29,3 % — 118 sièges
48,1 % — 202 sièges
Centre (PPD au Portugal, UCD en Espagne)
26,4 % — 81 sièges
34,4 % — 165 sièges
6,8 % — 11 sièges
Droite (CDS au Portugal, Alliance populaire en Espagne)
7,6 % — 16 sièges
8,2 % — 16 sièges
26,4 % — 107 sièges
Parti communiste (PCP, PCE)
12,5 % — 30 sièges
9,3 % — 20 sièges
4,0 % — 4 sièges
Analysez ce document pour montrer comment le suffrage universel participe à l'installation et à la consolidation de la démocratie dans la péninsule Ibérique.
Présentez le document : de quels scrutins s'agit-il et qu'ont-ils en commun ?
Que révèle le taux de participation de 1975 et de 1977 ?
Quelles forces politiques les électeurs choisissent-ils en 1975 et en 1977 ? Qu'en déduire sur la nature des deux transitions ?
Comparez les résultats espagnols de 1977 et de 1982 : pourquoi l'élection de 1982 marque-t-elle la consolidation de la démocratie ?
Voir la réponse rédigée
1. Le tableau rassemble les résultats officiels de trois élections législatives au suffrage universel : l'élection de l'Assemblée constituante portugaise du 25 avril 1975, un an jour pour jour après la révolution des Œillets, et les élections générales espagnoles du 15 juin 1977 et du 28 octobre 1982. Les deux premières sont des élections fondatrices : ce sont les premiers votes libres et pluralistes après près d'un demi-siècle de dictature au Portugal et quatre décennies de franquisme en Espagne.
2. La participation est massive : 91,7 % au Portugal, 78,8 % en Espagne. Elle traduit l'enthousiasme de citoyens privés de vote libre depuis des générations et donne aux nouvelles assemblées une légitimité incontestable. Au Portugal, elle a une portée politique immédiate : au moment où une partie du MFA et les communistes veulent approfondir la révolution, le peuple tranche par les urnes en faveur de la voie parlementaire.
3. Les électeurs choisissent la modération. Au Portugal, le PS de Mário Soares (37,9 %) et le PPD de centre droit (26,4 %) rassemblent près des deux tiers des voix, tandis que le PCP, très influent dans l'armée et la rue, n'obtient que 12,5 %. En Espagne, l'UCD d'Adolfo Suárez (34,4 %), issue des réformateurs du régime, devance le PSOE (29,3 %) ; les extrêmes de chaque camp, communistes (9,3 %) et Alliance populaire de Manuel Fraga, fondée par d'anciens ministres de Franco (8,2 %), restent marginaux. Dans les deux pays, les urnes consacrent une démocratie parlementaire pluraliste ; en Espagne, elles valident en outre une transition par la réforme, conduite par un homme venu du régime.
4. En 1982, le PSOE de Felipe González passe de 29,3 % à 48,1 % et obtient la majorité absolue (202 sièges sur 350), tandis que l'UCD s'effondre de 165 à 11 sièges. C'est la première alternance depuis 1936 : la gauche, vaincue en 1939, arrive au pouvoir moins de deux ans après la tentative de putsch du 23 février 1981, et l'armée ne bouge pas. Pour les politistes, cette acceptation de la défaite par les gouvernants sortants est le signe de la consolidation : la démocratie est devenue la seule règle du jeu. Le tableau a toutefois ses limites : il ne montre ni la violence d'ETA, ni l'abstention plus forte au Pays basque lors du référendum de 1978.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler des chiffres électoraux : participation, rapport de forces, évolution, puis ce que les chiffres ne disent pas.
Document 2 — Tocqueville : « quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre »
Moyen
Extrait d'essai de philosophie politique · Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II, 1840, quatrième partie, chapitre VI « Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre ».
Tocqueville publie en 1840 le second tome de son ouvrage, consacré aux effets de l'égalité sur les idées, les sentiments et les mœurs. Il s'adresse aux lecteurs français, dans une monarchie de Juillet où seule une petite minorité vote, pour les avertir des dangers d'une démocratie qu'il juge inévitable.
« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »
Analysez ce texte pour montrer quels dangers Tocqueville perçoit dans la démocratie et ce qu'il nous apprend sur les conditions d'une démocratie vivante.
Présentez l'auteur et le contexte du texte.
Décrivez la société imaginée dans le premier paragraphe : quel trait des citoyens démocratiques Tocqueville met-il en évidence ?
Pourquoi ce pouvoir est-il à la fois « doux » et despotique ?
Quels remèdes Tocqueville propose-t-il ailleurs dans son œuvre, et quelle est la portée de ce texte aujourd'hui ?
Voir la réponse rédigée
1. Alexis de Tocqueville (1805-1859), magistrat et futur député de la Manche (1839), a voyagé aux États-Unis en 1831-1832. Il publie De la démocratie en Amérique en deux tomes : le premier (1835) décrit les institutions américaines, le second (1840), dont est tiré l'extrait, les effets de l'égalité des conditions sur les mœurs. Ce passage est une anticipation : Tocqueville « imagine » une forme nouvelle de despotisme, propre aux sociétés démocratiques, pour alerter ses lecteurs français.
2. Le premier paragraphe décrit « une foule innombrable d'hommes semblables et égaux » : c'est l'égalité des conditions. Mais ces égaux sont isolés : chacun est « retiré à l'écart », limité à « ses enfants et ses amis particuliers », indifférent au « demeurant de ses concitoyens ». Tocqueville décrit ici l'individualisme, qu'il définit ailleurs comme un sentiment qui pousse à s'isoler de la masse de ses semblables. Ces citoyens sont absorbés par de « petits et vulgaires plaisirs » ; la conclusion est forte : celui qui ne vit que pour lui « n'a plus de patrie », c'est-à-dire plus de vie civique.
3. Ce pouvoir est « doux » parce qu'il ne recourt ni à la terreur ni à la violence : il est « prévoyant », « travaille volontiers à leur bonheur », assure la sécurité et facilite les plaisirs. Mais il est despotique car il est « absolu » et veut être « l'unique agent et le seul arbitre » du bonheur de chacun ; il ne prépare pas les hommes « à l'âge viril » mais les fixe « dans l'enfance ». La dernière question, ironique, dit l'essentiel : en ôtant aux citoyens « le trouble de penser », il détruit leur liberté sans qu'ils s'en aperçoivent. Le paradoxe est que ce despotisme naît de la démocratie elle-même, de l'alliance entre des individus repliés et un État tutélaire.
4. Contre ce danger, Tocqueville propose ce qu'il a observé en Amérique : la vie communale, qui oblige les citoyens à s'occuper des affaires communes ; les associations, qui leur apprennent à agir ensemble ; la liberté de la presse, l'indépendance des juges, la décentralisation. Le texte n'annonce pas les totalitarismes du XXe siècle, fondés sur la terreur : il décrit une servitude consentie. Il est aujourd'hui souvent convoqué pour penser l'abstention, le repli sur la consommation ou la dépendance à l'égard de l'État, ce qui montre qu'une démocratie peut reculer de l'intérieur, sans coup d'État.
Ce que cette analyse apprend — Expliquer un texte théorique en citant ses mots exacts, puis le replacer dans l'œuvre et mesurer sa portée.
Document 3 — Le dernier discours de Salvador Allende
Moyen
Discours radiodiffusé (document d'époque) : extraits courts et résumé · Salvador Allende, dernier message radiodiffusé sur Radio Magallanes, Santiago du Chili, 11 septembre 1973 (traduction de l'espagnol).
Élu en 1970 et confirmé par le Congrès, Salvador Allende dirige depuis trois ans un gouvernement d'Unité populaire minoritaire au Parlement, dans un pays paralysé par la crise. Il parle aux Chiliens au moment même où la junte des chefs militaires prend le pouvoir.
Le 11 septembre 1973 au matin, alors que l'armée encercle le palais présidentiel de la Moneda et que les radios favorables au gouvernement sont réduites au silence une à une, le président Salvador Allende s'adresse une dernière fois aux Chiliens, par une liaison téléphonique avec Radio Magallanes. Il annonce d'abord qu'il ne démissionnera pas : « Placé dans un moment historique, je paierai de ma vie la loyauté du peuple. »
Il dénonce ensuite la trahison des chefs militaires qui avaient juré fidélité à la Constitution, et accuse le capital étranger et l'impérialisme, alliés à la réaction intérieure, d'avoir créé le climat qui a conduit l'armée à rompre avec sa tradition. Il s'adresse successivement aux travailleurs, aux femmes, aux membres des professions libérales et à la jeunesse. Il affirme : « Ils ont la force, ils pourront nous asservir, mais on n'arrête pas les processus sociaux ni par le crime ni par la force. »
Il demande au peuple de se défendre, mais de ne pas se sacrifier, puis conclut par une prophétie : « bien plus tôt que tard, s'ouvriront de nouveau les grandes avenues par où passera l'homme libre pour construire une société meilleure ». Quelques heures plus tard, après le bombardement du palais par l'aviation, Allende se donne la mort.
Analysez ce document pour montrer comment Allende interprète la chute de la démocratie chilienne, en confrontant son point de vue à vos connaissances.
Présentez le document : auteur, date, circonstances, destinataires.
Quels responsables Allende désigne-t-il ? Que dit-il de l'armée ?
Quelle conception de son pouvoir et de la démocratie Allende défend-il ?
Quelles sont les limites de ce document pour expliquer le coup d'État ? Quelle a été sa postérité ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit du dernier message du président chilien Salvador Allende, diffusé sur Radio Magallanes le matin du 11 septembre 1973, alors que la Moneda est encerclée. Élu le 4 septembre 1970 (36,6 %) puis confirmé par le Congrès le 24 octobre, Allende dirige l'Unité populaire. Il parle à tous les Chiliens, mais s'adresse surtout à ses partisans : travailleurs, femmes, professions libérales, jeunesse. Le document est à la fois un témoignage direct et un testament politique.
2. Allende désigne d'abord les chefs militaires, coupables de « trahison » envers la Constitution qu'ils avaient juré de respecter : il rappelle ainsi la tradition légaliste de l'armée chilienne, qui n'était plus intervenue depuis 1932. Il accuse ensuite des forces plus larges : le capital étranger, l'impérialisme, c'est-à-dire les États-Unis, et la « réaction » intérieure, qui auraient créé le climat du coup. Cette lecture s'appuie sur des faits : l'hostilité de l'administration Nixon est documentée, et la commission Church estime en 1975 à environ 8 millions de dollars les fonds secrets versés à l'opposition.
3. Allende se présente comme le président légitime, élu, qui refuse de démissionner : « je paierai de ma vie la loyauté du peuple ». Il oppose la force des putschistes à la légitimité des « processus sociaux », qu'on n'arrête pas « ni par le crime ni par la force » : c'est la logique de la « voie chilienne vers le socialisme », qui prétendait transformer la société par la loi et les urnes. En demandant au peuple de ne pas se sacrifier, il refuse la guerre civile. La prophétie finale sur « l'homme libre » associe le socialisme à la liberté politique.
4. Ce document est le point de vue d'un acteur, au moment le plus dramatique : il ne dit rien des causes internes de la crise. Or l'Unité populaire était minoritaire au Congrès, l'économie était désorganisée (grève d'octobre 1972, inflation de plusieurs centaines de pour cent en 1973), une partie de la gauche (MIR) contestait la voie légale, et la Chambre avait voté le 22 août 1973 une résolution accusant le gouvernement de violer la Constitution. Le coup a donc des causes internes autant qu'externes, et il est exécuté par des militaires chiliens. La postérité du discours est immense : il a fait d'Allende un symbole de la démocratie assassinée, et sa phrase sur les « grandes avenues » a été reprise par l'opposition à Pinochet jusqu'au retour de la démocratie en 1990.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un discours d'acteur : restituer son point de vue, puis le confronter aux faits qu'il tait.
Document 4 — L'Europe communautaire, ancrage des démocraties (1981-2013)
Difficile
Carte (croquis de synthèse) · Carte construite pour l'exercice d'après les dates officielles d'adhésion à la CEE puis à l'UE (1981, 1986, 1995, 2004, 2007, 2013) et les conclusions du Conseil européen de Copenhague (juin 1993).
La carte synthétise un demi-siècle d'élargissements. Elle permet de lire la construction européenne comme une réponse aux deux grandes vagues de démocratisation du continent, celle du Sud dans les années 1970 et celle de l'Est après 1989.
Fond de carte : l'Europe, de l'Atlantique à la mer Noire. Les États membres sont colorés selon l'origine de leur régime démocratique.
En bleu clair : les six fondateurs (1957), les pays entrés en 1973 (Royaume-Uni, Irlande, Danemark) et en 1995 (Autriche, Suède, Finlande), démocraties installées avant ou après 1945.
En orange : les trois démocraties du Sud issues de la fin des dictatures en 1974-1975 : Grèce (dictature des colonels, 1967-1974 ; adhésion le 1er janvier 1981), Portugal (Estado Novo renversé le 25 avril 1974 ; adhésion le 1er janvier 1986), Espagne (mort de Franco le 20 novembre 1975 ; adhésion le 1er janvier 1986).
En vert : les anciens pays communistes sortis de la dictature entre 1989 et 1991 : Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Estonie, Lettonie, Lituanie (adhésion le 1er mai 2004, en même temps que Malte et Chypre) ; Roumanie et Bulgarie (1er janvier 2007) ; Croatie (1er juillet 2013).
Flèches : de la fin de la dictature à l'adhésion, avec l'écart en années : Grèce 7 ans, Portugal 12 ans, Espagne 11 ans, Europe centrale environ 15 ans.
Encadré : les critères de Copenhague (1993) : institutions stables garantissant la démocratie, l'État de droit, les droits de l'homme, le respect et la protection des minorités ; économie de marché viable ; capacité d'assumer les obligations de membre.
Analysez cette carte pour montrer comment la construction européenne a accompagné les avancées de la démocratie en Europe, et discutez-en les limites.
Identifiez les deux vagues de démocratisation qui apparaissent sur la carte.
Pourquoi la Communauté européenne exige-t-elle que ses membres soient des démocraties ? Appuyez-vous sur des faits antérieurs à 1981.
Comment expliquer l'écart de plusieurs années entre la fin des dictatures et l'adhésion ? Qu'apporte l'adhésion aux nouvelles démocraties ?
L'adhésion garantit-elle la démocratie pour toujours ? Discutez en tenant compte de ce que la carte ne montre pas.
Voir la réponse rédigée
1. La carte fait apparaître deux vagues. La première, en orange, est celle de l'Europe du Sud : en 1974-1975, la dictature des colonels grecs s'effondre (juillet 1974), l'Estado Novo portugais est renversé (25 avril 1974) et Franco meurt (20 novembre 1975) ; ces pays entrent dans la Communauté en 1981 et 1986. La seconde, en vert, est celle de l'Europe centrale et orientale : les régimes communistes tombent entre 1989 et 1991 et les nouveaux États démocratiques adhèrent en 2004, 2007 et 2013. Le politiste Samuel Huntington a rattaché ces deux mouvements à une même « troisième vague » de démocratisation, ouverte au Portugal en 1974.
2. Dès 1962, le rapport Birkelbach, adopté par l'Assemblée parlementaire européenne, pose que seuls des États démocratiques respectant les droits fondamentaux peuvent adhérer ; la demande espagnole de 1962, sous Franco, n'aboutit donc pas à une association. En 1967, l'accord d'association avec la Grèce est gelé après le coup d'État des colonels. La Communauté se définit ainsi comme une union de démocraties : une intégration économique et politique suppose des partenaires qui partagent les mêmes règles et le même respect du droit.
3. L'écart (7 ans pour la Grèce, 11 à 12 ans pour la péninsule Ibérique, environ 15 ans pour l'Europe centrale) s'explique par la durée des négociations : il faut adapter les économies, reprendre l'acquis communautaire, et les États membres redoutent la concurrence agricole ou le coût des fonds structurels. L'adhésion apporte des marchés, des aides au développement, mais surtout un ancrage : elle rend très coûteux tout retour en arrière. Le Portugal et l'Espagne sont candidats dès 1977, alors que leurs transitions sont encore fragiles, et les dirigeants socialistes, Mário Soares comme Felipe González, présentent l'adhésion comme une consolidation de la démocratie. Pour l'Est, les critères de Copenhague (1993) rendent cette conditionnalité explicite.
4. La carte ne montre ni le fonctionnement interne des démocraties ni leur évolution après l'adhésion. Or l'appartenance à l'Union ne garantit pas tout : le traité de Lisbonne (2007) prévoit, à l'article 7 du traité sur l'Union européenne, une procédure contre un État qui violerait gravement les valeurs de l'article 2, et elle a été engagée contre la Pologne en 2017 et contre la Hongrie en 2018, ce qui montre que le contrôle se poursuit après l'entrée. La carte ne dit rien non plus du débat sur le « déficit démocratique » de l'Union elle-même. Enfin, elle date l'adhésion, non la consolidation : l'Espagne est une démocratie consolidée dès 1982, avant son entrée. L'Europe est donc un ancrage puissant, mais pas la cause unique des démocratisations, qui reposent d'abord sur les acteurs nationaux.
Ce que cette analyse apprend — Lire une carte de synthèse : identifier les ensembles, expliquer les dates, puis critiquer ce que la représentation laisse de côté.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.