À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 1 — Axe 2 : avancées et reculs des démocraties » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Tocqueville : la démocratie, un état social fondé sur l'égalité des conditions, Tocqueville : les dangers que la démocratie porte en elle, Le Chili de 1970 à 1973 : la « voie chilienne vers le socialisme », Le Chili : l'effondrement d'une démocratie (1972-1973). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Avancées et reculs de la démocratie : du Chili d'Allende aux transitions portugaise et espagnole (1970-1982)
Analyse des termes — La démocratie s'entend ici comme un régime où le pouvoir procède d'élections libres et pluralistes et reste limité par des droits garantis ; les avancées sont les transitions et leur consolidation, les reculs les ruptures de l'ordre démocratique. Les bornes vont de l'élection d'Allende (1970) à la double consolidation ibérique de 1982, et comparent deux espaces, le Chili et la péninsule Ibérique.
Problématique — Pourquoi la démocratie s'effondre-t-elle au Chili en 1973 alors qu'elle s'enracine, dans les années suivantes, au Portugal et en Espagne ?
Introduction rédigéeLe 11 septembre 1973, l'aviation chilienne bombarde le palais de la Moneda à Santiago, où le président Salvador Allende se donne la mort ; sept mois plus tard, le 25 avril 1974, de jeunes officiers portugais renversent presque sans combat la plus ancienne dictature d'Europe occidentale. Entre ces deux dates se croisent un recul et une avancée de la démocratie, entendue comme un régime où le pouvoir procède d'élections libres et pluralistes, et où il reste limité par des droits garantis et des contre-pouvoirs. De l'élection d'Allende en 1970 à 1982, année où le Portugal soumet définitivement son armée au pouvoir civil et où l'Espagne connaît sa première alternance, trois pays offrent ainsi des trajectoires opposées : une démocratie ancienne qui meurt, deux dictatures qui laissent place à des démocraties durables. Pourquoi la démocratie s'effondre-t-elle au Chili en 1973 alors qu'elle s'enracine, dans les années suivantes, au Portugal et en Espagne ? Nous verrons d'abord comment la démocratie chilienne se défait entre 1970 et 1973, puis comment les dictatures portugaise et espagnole s'effacent entre 1974 et 1978, avant de montrer ce qui permet aux démocraties ibériques de se consolider jusqu'en 1982.
I. Au Chili, une démocratie ancienne qui s'effondre (1970-1973)
- Une expérience socialiste menée dans la légalité démocratique.Allende arrive en tête avec 36,6 % le 4 septembre 1970 et est confirmé par le Congrès le 24 octobre (153 voix contre 35) ; nationalisation du cuivre votée à l'unanimité le 11 juillet 1971.
- Une polarisation qui détruit le compromis entre le centre et la gauche.Gouvernement minoritaire au Congrès ; grève des camionneurs d'octobre 1972 ; législatives de mars 1973 (environ 44 % pour l'Unité populaire) qui bloquent le système.
- Une armée qui abandonne sa tradition légaliste, dans un contexte de guerre froide.Résolution de la Chambre du 22 août 1973 ; Pinochet commandant en chef le 23 août ; coup d'État du 11 septembre ; fonds secrets américains estimés à environ 8 millions de dollars (commission Church, 1975).
II. Dans la péninsule Ibérique, des dictatures qui s'effacent (1974-1978)
- Au Portugal, une rupture née de l'armée et de la guerre coloniale.Révolution des Œillets du 25 avril 1974 ; programme des trois D du MFA ; indépendance de l'Angola et du Mozambique en 1975.
- En Espagne, une réforme conduite de l'intérieur du régime.Mort de Franco le 20 novembre 1975 ; Suárez nommé en juillet 1976 ; loi pour la réforme politique approuvée par référendum le 15 décembre 1976 (environ 94 % de oui).
- Dans les deux pays, le peuple souverain tranche.Constituante portugaise du 25 avril 1975 (91,7 % de participation) ; élections espagnoles du 15 juin 1977 ; Constitutions du 2 avril 1976 et du 6 décembre 1978.
III. Consolider : ce qui distingue les réussites ibériques de l'échec chilien (1975-1982)
- Soumettre l'armée au pouvoir civil.Échec du soulèvement du 25 novembre 1975 au Portugal ; échec du putsch du 23 février 1981 en Espagne ; suppression du Conseil de la révolution par la révision constitutionnelle portugaise de 1982.
- Préférer le compromis à l'affrontement.Pactes de la Moncloa (octobre 1977) et loi d'amnistie en Espagne, là où le dialogue entre démocratie chrétienne et Unité populaire échoue au Chili à l'été 1973.
- Accepter l'alternance et bénéficier d'un ancrage extérieur.Victoire du PSOE le 28 octobre 1982 (202 sièges sur 350) ; candidatures à la CEE en 1977 ; au contraire, le Chili de la guerre froide subit la pression américaine.
Conclusion rédigéeEntre 1970 et 1982, la démocratie recule brutalement au Chili et progresse durablement dans la péninsule Ibérique. L'élection légale d'Allende n'a pas suffi à protéger un régime miné par la polarisation, la crise économique, l'abandon du légalisme par l'armée et l'hostilité américaine ; au contraire, le Portugal par la rupture et l'Espagne par la réforme ont su installer puis consolider la démocratie, parce que l'armée a été soumise au pouvoir civil, que les forces politiques ont préféré le compromis et que l'alternance a été acceptée, avec l'horizon européen comme garantie. Une démocratie ne tient donc pas seulement par ses élections, mais par l'accord de tous les acteurs sur la règle du jeu : c'est ce que Tocqueville appelait les mœurs. Le Chili lui-même le montrera, en retrouvant la démocratie par un plébiscite en 1988, au terme d'une transition négociée avec les militaires qui rappelle, à bien des égards, le modèle espagnol.
Le piège — Juxtaposer trois récits (Chili, puis Portugal, puis Espagne) sans jamais comparer : le sujet exige de confronter les cas pour dégager les conditions qui font tomber ou tenir une démocratie.
Sujet 2 — La démocratie selon Tocqueville : une société d'égaux menacée par elle-même ?
Analyse des termes — Chez Tocqueville, la démocratie désigne d'abord un état social, l'égalité des conditions, avant d'être un régime politique ; « menacée par elle-même » invite à chercher des dangers internes, et non des ennemis extérieurs. Le sujet porte sur De la démocratie en Amérique (1835 et 1840), nourri du voyage de 1831-1832, et sur ce que Tocqueville en tire pour la France.
Problématique — Pourquoi Tocqueville, qui juge l'avènement de la démocratie irrésistible, redoute-t-il qu'elle détruise la liberté, et comment pense-t-il qu'on peut l'éviter ?
Introduction rédigée« Parmi les objets nouveaux qui, pendant mon séjour aux États-Unis, ont attiré mon attention, aucun n'a plus vivement frappé mes regards que l'égalité des conditions. » Par cette phrase s'ouvre, en 1835, De la démocratie en Amérique, qu'Alexis de Tocqueville tire d'un voyage de neuf mois effectué en 1831-1832, et qu'il complète par un second tome en 1840. Pour ce magistrat libéral issu de la noblesse normande, la démocratie n'est pas d'abord un régime politique, mais un état social : une société sans ordres ni privilèges, où chacun se pense l'égal de l'autre. Il juge ce mouvement irrésistible et l'observe en Amérique pour éclairer l'avenir de la France. Pourtant, son œuvre est traversée par une inquiétude : l'égalité pourrait bien s'accommoder de la servitude. Pourquoi Tocqueville, qui juge l'avènement de la démocratie irrésistible, redoute-t-il qu'elle détruise la liberté, et comment pense-t-il qu'on peut l'éviter ? Nous montrerons d'abord que l'égalité des conditions est pour lui un fait irrésistible, puis que cette égalité porte en elle des pentes dangereuses pour la liberté, avant d'étudier les moyens qu'il propose pour rester libres dans une société d'égaux.
I. Un fait irrésistible : l'égalité des conditions
- L'Amérique, laboratoire de la démocratie.Voyage de Tocqueville et Beaumont de mai 1831 à février 1832 ; première phrase de l'introduction de 1835 sur « l'égalité des conditions ».
- Un état social avant d'être un régime.Absence d'ordres et de privilèges héréditaires, mobilité, sentiment de similitude entre les citoyens, que Tocqueville oppose à la société aristocratique.
- Un mouvement « providentiel » qui atteindra l'Europe.Comparaison constante avec la France ; Tocqueville écrit pour préparer ses compatriotes, dans une monarchie de Juillet au suffrage censitaire.
II. Les pentes dangereuses de l'égalité
- La tyrannie de la majorité.Tome I (1835) : la maxime selon laquelle la majorité aurait « le droit de tout faire » est jugée « impie et détestable » ; la majorité « trace un cercle formidable autour de la pensée ».
- L'individualisme, repli de chacun sur sa sphère privée.Tome II (1840) : « un sentiment réfléchi et paisible » qui porte chacun à « s'isoler de la masse de ses semblables ».
- Le despotisme doux, servitude consentie.Tome II, quatrième partie, chapitre VI : un pouvoir « immense et tutélaire », « absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux ».
III. L'art d'être libre dans l'égalité
- La vie locale, école de la liberté.Le township de Nouvelle-Angleterre, le fédéralisme et la décentralisation, opposés à la centralisation française analysée dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856).
- Les associations, qui recréent du lien entre égaux.Tome II (1840) : les Américains de tous les âges et de toutes les conditions « s'unissent sans cesse ».
- Des contre-pouvoirs et des mœurs.Presse libre, jury, indépendance des juges, et la religion, « la première de leurs institutions politiques » (tome I, 1835).
Conclusion rédigéePour Tocqueville, la démocratie est un destin : l'égalité des conditions s'impose en Amérique et s'imposera en Europe. Mais ce destin est ambivalent, car l'égalité peut engendrer la tyrannie de la majorité, l'individualisme et un despotisme doux qui ne persécute personne mais endort tout le monde. La démocratie est donc bien menacée par elle-même ; elle ne se sauve que par l'art d'être libre : communes, associations, presse, juges et mœurs. Cette leçon a ses angles morts, que Tocqueville voit sans les résoudre : la démocratie qu'il décrit exclut les esclaves, les Amérindiens et les femmes. Elle garde pourtant une grande actualité : lorsque les démocraties contemporaines s'inquiètent de l'abstention ou de l'affaiblissement des corps intermédiaires, c'est souvent Tocqueville qu'elles relisent.
Le piège — Faire de Tocqueville un admirateur naïf des États-Unis ou, à l'inverse, un adversaire de la démocratie : il l'accepte comme un fait et en analyse lucidement les dangers.