Thème 1 — Axe 1 : penser la démocratie, directe ou représentative
Athènes au Ve siècle av. J.-C., Benjamin Constant et la liberté des Modernes, démocratie directe et représentative (spécialité HGGSP de 1re)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 1 — Axe 1 : penser la démocratie, directe ou représentative » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Penser la démocratie : de quoi parle-t-on ?, Naissance de la démocratie athénienne (594-429 av. J.-C.), Les institutions d'une démocratie directe, Être citoyen à Athènes : fondements et limites. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Périclès fait l'éloge de la démocratie athénienne
Facile
Discours (oraison funèbre) rapporté par un historien, extraits courts et résumé · Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre II, chapitres 37 à 41 (discours prononcé par Périclès durant l'hiver 431-430 av. J.-C. ; œuvre rédigée jusque vers 400 av. J.-C.), traduction adaptée.
Le discours est prononcé au début de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), devant les citoyens et les familles des morts rassemblés au cimetière public du Céramique. Thucydide, Athénien et ancien stratège exilé en 424, le reconstitue en historien : ce sont les idées de Périclès, pas ses mots exacts.
Présentation : durant l'hiver 431-430 av. J.-C., Athènes honore ses premiers morts de la guerre contre Sparte. Périclès, stratège, prononce leur éloge public. Thucydide en donne sa version ; on en lit ci-dessous de courts extraits, reliés par un résumé entre crochets.
« Notre constitution n'a rien à envier aux lois de nos voisins. » (II, 37) [Périclès ajoute qu'Athènes sert de modèle aux autres cités plutôt qu'elle ne les imite.]
« Parce que la cité est gouvernée dans l'intérêt du plus grand nombre et non d'une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. » (II, 37)
[Résumé : dans les différends privés, tous sont égaux devant la loi ; pour les charges publiques, on distingue chacun selon son mérite plutôt que selon sa naissance, et la pauvreté n'empêche pas celui qui peut servir la cité de le faire. Chacun respecte les magistrats et les lois, surtout celles qui protègent les victimes d'injustice.]
« Nous sommes les seuls à considérer celui qui ne se mêle pas de politique non comme un citoyen paisible, mais comme un inutile. » (II, 40)
[Résumé : les Athéniens jugent et discutent eux-mêmes les affaires ; ils pensent que le débat, loin de freiner l'action, l'éclaire avant d'agir.]
« En un mot, j'affirme que notre cité est, dans son ensemble, l'école de la Grèce. » (II, 41)
Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle de la conception athénienne de la démocratie au Ve siècle av. J.-C., et quelles en sont les limites.
Présentez le document : auteur, orateur, date, circonstances et destinataires.
Comment Périclès définit-il la démocratie athénienne ?
Quelle conception du citoyen se dégage des chapitres 40 et 41 ?
Montrez les limites de ce portrait en le confrontant à ce que vous savez d'Athènes.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'une oraison funèbre, discours officiel prononcé par Périclès, stratège réélu presque chaque année de 443 à 429 av. J.-C., durant l'hiver 431-430 av. J.-C., pour honorer les premiers Athéniens tombés dans la guerre du Péloponnèse. Nous le connaissons par Thucydide, historien athénien qui l'a réécrit dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse (livre II). Le discours s'adresse aux citoyens et aux familles des morts, mais aussi, à travers eux, aux autres Grecs : c'est un texte de mobilisation autant qu'un éloge.
2. Périclès justifie le nom du régime par son but : la cité est gouvernée « dans l'intérêt du plus grand nombre et non d'une minorité ». Il en donne trois caractères. L'égalité devant la loi d'abord, dans les affaires privées : c'est l'isonomie héritée de Clisthène (508-507). Ensuite, l'accès aux charges selon le mérite et non la naissance, la pauvreté n'étant pas un obstacle : c'est ce que permettent le tirage au sort et le misthos, institué pour les juges sous Périclès. Enfin le respect des lois et des magistrats : la démocratie n'est pas le désordre de la foule, contrairement à ce que disent ses adversaires.
3. Le citoyen idéal est un citoyen actif. Périclès juge que celui qui se tient à l'écart n'est pas « un citoyen paisible, mais [...] un inutile » : la participation à l'Ecclésia, au Conseil et aux tribunaux est un devoir moral. Il valorise le débat, qui éclaire l'action : c'est l'iségorie, le droit de chacun de prendre la parole à l'assemblée. Athènes devient ainsi « l'école de la Grèce », un modèle que les autres devraient suivre ; l'expression justifie aussi, implicitement, la domination athénienne.
4. Le texte est un éloge en temps de guerre, pas une description neutre. Le « plus grand nombre » ne désigne que les citoyens, hommes adultes nés, depuis la loi de 451-450, de père et de mère athéniens : entre 30 000 et 60 000 selon les estimations, une minorité de l'Attique. Femmes, métèques et esclaves sont exclus. Le discours tait aussi l'empire : le tribut de la ligue de Délos, dont le trésor est à Athènes depuis 454, finance en partie la flotte et les monuments. Enfin, Thucydide lui-même nuance ce tableau : sous Périclès, c'était selon lui « de nom une démocratie, en fait le gouvernement du premier citoyen » (II, 65). Le document montre donc l'idéal démocratique athénien tel qu'il se pense, plus que son fonctionnement réel.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer ce qu'un discours officiel dit du régime et ce que l'historien sait de sa réalité.
Document 2 — Les institutions de la démocratie athénienne en chiffres
Moyen
Tableau chiffré construit à partir d'une source antique · Tableau construit pour l'exercice d'après Aristote (ou son école), Constitution des Athéniens, rédigée vers 330-322 av. J.-C., chapitres 22, 24, 26, 43 et 62 ; estimations de population : ordres de grandeur admis par les historiens.
La Constitution des Athéniens, retrouvée sur papyrus à la fin du XIXe siècle, est attribuée à Aristote ou à ses élèves et décrit le régime au IVe siècle av. J.-C., avec un historique de ses étapes. Certains chiffres valent donc pour le IVe siècle et doivent être appliqués avec prudence au Ve siècle.
Institution
Effectif
Désignation
Durée, fréquence
Rôle
Ecclésia (assemblée)
Tous les citoyens ; quorum de 6 000 votants pour l'ostracisme
Aucune : présence libre
40 séances régulières par an (IVe s.)
Vote des lois et décrets, guerre et paix, élection des stratèges
Boulè (Conseil)
500 citoyens de plus de 30 ans, 50 par tribu
Tirage au sort
1 an, au plus 2 fois dans une vie
Prépare les décisions, contrôle les magistrats
Héliée (tribunaux)
6 000 juges de plus de 30 ans par an
Tirage au sort parmi les volontaires
1 an ; jurys de plusieurs centaines
Juge, contrôle la légalité des décrets
Archontes
9 (et un secrétaire)
Tirage au sort depuis 487 av. J.-C.
1 an, une seule fois
Fonctions religieuses et judiciaires
Stratèges
10
Élection
1 an, rééligibles
Armée, flotte, poids politique
Autres magistrats
Environ 700 dans la cité selon Aristote (chap. 24)
Surtout tirage au sort
1 an
Administration courante
Misthos des juges
2 oboles par jour, puis 3 vers 425 av. J.-C.
—
Par journée de séance
Permettre aux pauvres de siéger
Citoyens (vers 431 av. J.-C.)
Entre 30 000 et 60 000 selon les estimations
—
—
Minorité de la population de l'Attique
À partir du tableau, montrez comment la démocratie athénienne organise la participation directe des citoyens, et discutez les limites du document.
Classez les institutions selon leur mode de désignation. Que révèle ce classement ?
Évaluez l'ampleur de la participation des citoyens à partir des effectifs.
Expliquez le rôle du misthos et des règles de rotation.
Quelles sont les limites de ce document pour connaître la démocratie du Ve siècle ?
Voir la réponse rédigée
1. Trois modes se distinguent. L'Ecclésia est ouverte à tous les citoyens sans désignation : c'est le cœur de la démocratie directe. Le tirage au sort désigne la Boulè, l'Héliée, les archontes et la plupart des 700 magistrats : il repose sur l'idée que tout citoyen est capable d'exercer une charge. L'élection est réservée aux dix stratèges, dont la fonction militaire demande une compétence. Ce classement montre une démocratie qui se méfie de l'élection, jugée favorable aux riches et aux familles connues, et ne la conserve que là où l'erreur serait dangereuse.
2. Chaque année, environ 500 bouleutes, 6 000 juges et 700 magistrats, soit plus de 7 000 citoyens, exercent une fonction publique. Rapporté à 30 000 à 60 000 citoyens, cela représente, en ordre de grandeur, entre un citoyen sur huit et un sur quatre chaque année, sans compter les milliers de participants à chacune des quarante séances de l'Ecclésia. La participation n'est donc pas un principe abstrait : une grande partie des citoyens a siégé au moins une fois au Conseil ou au tribunal au cours de sa vie.
3. Le misthos, deux oboles par jour puis trois vers 425 av. J.-C., compense la journée de travail perdue : sans lui, seuls les riches auraient le loisir de juger. La rotation (mandats d'un an, Boulè au plus deux fois dans une vie, archontat une seule fois) empêche qu'un groupe s'installe au pouvoir et oblige les citoyens à gouverner et à être gouvernés tour à tour, ce qu'Aristote tient pour le propre de la liberté démocratique.
4. Le document a trois limites. Il s'appuie sur une source du IVe siècle : les quarante séances ou certaines procédures ne sont pas attestées telles quelles au Ve siècle. Les chiffres de population sont des estimations débattues, d'où la fourchette de 30 000 à 60 000 citoyens. Enfin, le tableau décrit le corps civique sans montrer ceux qui en sont exclus : femmes, métèques, esclaves, sans lesquels les citoyens n'auraient pas eu le loisir de siéger. Il décrit une démocratie directe intense, mais réservée à une minorité.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau institutionnel par le calcul d'ordres de grandeur, puis critiquer la date et la nature de la source.
Document 3 — Des ostraka au nom de Thémistocle
Moyen
Objets archéologiques (tessons de céramique inscrits), description · Ostraka portant le nom de Thémistocle, fils de Néoclès, inscrits vers 482-471 av. J.-C. ; lot d'environ 190 exemplaires découvert en 1937 par les fouilles américaines sur la pente nord de l'Acropole ; musée de l'Agora antique, Athènes.
L'ostracisme, attribué à Clisthène (508-507 av. J.-C.), est appliqué de 488-487 à vers 416 av. J.-C. Ces tessons sont les rares traces matérielles directes d'un vote de citoyens athéniens.
Description. Les ostraka sont des tessons de vases brisés, de la taille d'une paume, en terre cuite rouge ou noire. Sur chacun, un citoyen a incisé à la pointe le nom d'un homme politique, souvent suivi du nom de son père ou de son dème. Ceux du lot présenté portent le nom de « Thémistocle, fils de Néoclès », le vainqueur de Salamine (480 av. J.-C.).
Particularité du lot. Retrouvés ensemble dans un puits comblé de la pente nord de l'Acropole, environ 190 ostraka au nom de Thémistocle ont été gravés par un petit nombre de mains seulement, une quinzaine selon les épigraphistes : ils semblent avoir été préparés à l'avance, puis jamais distribués.
Ensemble plus large. Les fouilles de l'Agora et du quartier du Céramique ont livré plusieurs milliers d'ostraka au Ve siècle av. J.-C., aux noms d'Aristide, de Cimon, de Mégaclès, de Périclès ou d'Hyperbolos.
Procédure (rappel). Chaque année, l'Ecclésia décide s'il y aura un ostracisme. Si oui, les citoyens déposent leur tesson sur l'Agora ; il faut au moins 6 000 votants, et l'homme dont le nom revient le plus souvent part en exil dix ans, sans perdre ses biens. Thémistocle est ostracisé vers 471 av. J.-C.
Analysez ces objets pour montrer ce qu'ils révèlent du fonctionnement et des usages de la démocratie athénienne au Ve siècle av. J.-C.
Présentez les objets : nature, date, lieu de découverte, personnage visé.
Expliquez la procédure de l'ostracisme et son but.
Que suggère le lot de 190 ostraka écrits par une quinzaine de mains ?
Que nous apprennent ces objets sur la démocratie athénienne ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce sont des ostraka, tessons de céramique réutilisés comme bulletins de vote, inscrits vers 482-471 av. J.-C. au nom de Thémistocle, fils de Néoclès, l'artisan de la flotte athénienne et de la victoire de Salamine en 480. Le lot étudié, environ 190 exemplaires, a été découvert en 1937 sur la pente nord de l'Acropole ; il est conservé au musée de l'Agora antique d'Athènes. Ce sont des sources archéologiques directes, non des récits.
2. Chaque année, l'Ecclésia vote d'abord pour savoir s'il y a lieu de procéder à un ostracisme. Si oui, les citoyens inscrivent sur l'Agora le nom de celui qu'ils veulent écarter ; avec au moins 6 000 votants, l'homme le plus souvent désigné est exilé dix ans, sans confiscation de ses biens ni perte de sa citoyenneté. Attribuée à Clisthène, la procédure vise à empêcher un homme trop puissant de devenir tyran, comme Pisistrate au VIe siècle : ce n'est pas une peine pour un crime, mais une mesure préventive.
3. Que 190 bulletins soient écrits par une quinzaine de mains suggère une préparation organisée : des adversaires de Thémistocle auraient fait graver des tessons à l'avance pour les distribuer à des citoyens, peut-être à ceux qui écrivaient mal. Cela révèle l'existence de campagnes politiques, de groupes rivaux et d'une compétition pour l'opinion. Le lot, jamais utilisé, montre que ces pratiques sont une hypothèse forte, pas une preuve de fraude.
4. Ces objets montrent une démocratie où le citoyen ordinaire tient entre ses mains le sort des plus grands : Aristide (482), Thémistocle (vers 471) ou Cimon (461) sont écartés par le vote. Ils révèlent aussi une vigilance permanente contre la tyrannie. Mais ils éclairent les usages moins nobles du régime : l'ostracisme devient une arme dans les rivalités entre chefs, ce qui explique son abandon après celui d'Hyperbolos vers 416. Ils posent enfin la question de l'alphabétisation : voter supposait de savoir écrire un nom, ou de se le faire écrire. La démocratie directe est un système de participation réelle, mais traversé par l'influence des élites.
Ce que cette analyse apprend — Décrire un objet archéologique avec précision avant de l'interpréter, en distinguant l'hypothèse de la certitude.
Document 4 — Benjamin Constant compare la liberté des Anciens et celle des Modernes
Difficile
Discours d'époque (conférence publique), extraits courts et résumé · Benjamin Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », discours prononcé à l'Athénée royal de Paris en 1819.
Sous la Restauration, la Charte de 1814 établit une monarchie constitutionnelle où quelque 100 000 électeurs censitaires élisent la Chambre des députés ; Constant, libéral, y est élu député de la Sarthe en 1819. Son discours répond aussi aux révolutionnaires qui, inspirés par Rousseau et Mably, avaient voulu faire revivre la vertu civique antique.
Présentation : en 1819, Benjamin Constant donne une conférence à l'Athénée royal, lieu d'enseignement libre fréquenté par la bourgeoisie libérale parisienne. Extraits courts, reliés par un résumé entre crochets.
« Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. »
[Résumé : les Anciens délibéraient sur la place publique de la guerre et de la paix, votaient les lois, jugeaient et contrôlaient les magistrats ; mais ils acceptaient que la cité surveille leurs mœurs, leur religion et leur vie privée.]
« Ainsi chez les anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous ses rapports privés. »
« Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées ; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances. »
[Résumé : l'étendue des États modernes réduit le poids de chaque citoyen ; le commerce a remplacé la guerre et occupe le temps de chacun ; l'abolition de l'esclavage a privé les hommes libres du loisir qui permettait aux Anciens de délibérer sans cesse.]
« Nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. »
[Résumé : Constant présente le système représentatif comme] « une organisation à l'aide de laquelle une nation se décharge sur quelques individus de ce qu'elle ne peut ou ne veut pas faire elle-même ».
« Le danger de la liberté moderne, c'est qu'absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée » [...], les citoyens renoncent trop facilement à leur part du pouvoir politique. [Résumé : il conclut qu'il faut apprendre à combiner les deux libertés et que les institutions doivent former les citoyens à la vie publique.]
Analysez ce document afin de montrer comment Benjamin Constant pense le passage de la démocratie directe des Anciens au gouvernement représentatif des Modernes.
Présentez l'auteur et le contexte du discours.
Définissez les deux libertés opposées par Constant, en vous appuyant sur le texte.
Pourquoi, selon lui, les Modernes ne peuvent-ils plus vivre comme les Anciens ?
Le texte est-il une condamnation de la démocratie antique ? Justifiez en vous appuyant sur la fin de l'extrait et sur vos connaissances.
Voir la réponse rédigée
1.Benjamin Constant (1767-1830), né à Lausanne, écrivain et homme politique, est l'un des fondateurs du libéralisme français. Opposant à Napoléon, puis rédacteur de l'Acte additionnel pendant les Cent-Jours (1815), il devient en 1819 député de la Sarthe. Il prononce ce discours la même année à l'Athénée royal de Paris, devant un public cultivé et libéral. La France vit sous la Charte de 1814 : le roi gouverne avec des Chambres, et seuls les plus riches votent. Le texte réfléchit donc au meilleur régime après l'expérience de la Révolution et de l'Empire.
2. La liberté des Anciens consiste dans « le partage du pouvoir social entre tous les citoyens » : délibérer, voter les lois, juger, contrôler les magistrats, comme à l'Ecclésia et à l'Héliée d'Athènes. Mais elle s'accompagne d'une soumission de l'individu : il est « souverain [...] dans les affaires publiques » mais « esclave dans tous ses rapports privés ». La liberté des Modernes est au contraire « la sécurité dans les jouissances privées » : sûreté, liberté d'opinion et de culte, propriété, garanties par des institutions. L'une est une liberté-participation, l'autre une liberté-indépendance.
3. Constant avance trois causes historiques, résumées dans le texte. La taille des États : dans une cité de quelques dizaines de milliers de citoyens, chacun pèse ; dans un royaume de trente millions d'habitants, la voix d'un individu se perd. Le commerce, qui a remplacé la guerre et absorbe le temps de chacun. La fin de l'esclavage en Europe, qui supprime le loisir dont jouissaient les citoyens antiques. D'où le système représentatif, par lequel la nation « se décharge sur quelques individus » de ce qu'elle ne peut ou ne veut faire elle-même, comme Sieyès l'avait soutenu dès le 7 septembre 1789.
4. Ce n'est pas une condamnation. Constant refuse seulement de transposer la liberté antique chez les Modernes : c'est la faute qu'il reproche aux révolutionnaires lecteurs de Rousseau (Du contrat social, 1762), dont la volonté de régénérer la vertu civique a nourri l'arbitraire de la Terreur (1793-1794). La fin du texte renverse même la perspective : le « danger de la liberté moderne » est l'apathie de citoyens absorbés par leurs affaires, qui laisseraient leurs représentants sans contrôle. Il faut donc combiner les deux libertés : garanties individuelles et participation civique. Le texte est ainsi une justification libérale de la représentation, mais aussi un rappel que la démocratie athénienne, qui faisait du citoyen retiré un « inutile » selon Périclès, garde une leçon pour les Modernes. Il reste un texte de son temps : Constant défend alors un suffrage censitaire, loin de la démocratie au sens actuel.
Ce que cette analyse apprend — Replacer une théorie politique dans son contexte pour éviter le contresens, puis la confronter à l'expérience historique qu'elle commente.
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