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Histoire-Géographie 1ʳᵉ

Ressources · 1ʳᵉ · Histoire-Géographie

La mise en œuvre du projet républicain

Enracinement de la République, lois scolaires, libertés, laïcité et loi de 1905, affaire Dreyfus, crises, antisémitisme (programme d'histoire de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en première sur « La mise en œuvre du projet républicain » suit le programme officiel d'histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Fonder la République : des monarchistes aux républicains (1870-1879), Les libertés fondamentales et les symboles républicains, L'école gratuite, obligatoire et laïque, La République contestée : boulangisme, Panama, attentats (1886-1894). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — La loi de séparation des Églises et de l'État

Facile

Texte de loi (extraits) · Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, articles 1er, 2 et 4, Journal officiel de la République française, 11 décembre 1905.

La loi est votée par la Chambre le 3 juillet 1905 et par le Sénat le 6 décembre, sous le gouvernement Rouvier, après la rupture avec le Saint-Siège (juillet 1904). Son rapporteur est Aristide Briand ; elle s'adresse à tous les citoyens et aux Églises reconnues depuis le Concordat de 1801.

Article 1er. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.

Article 4. Dans le délai d'un an à partir de la promulgation de la présente loi, les biens mobiliers et immobiliers des menses, fabriques, conseils presbytéraux, consistoires et autres établissements publics du culte seront, avec toutes les charges et obligations qui les grèvent et avec leur affectation spéciale, transférés par les représentants légaux de ces établissements aux associations qui, en se conformant aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice, se seront légalement formées […] pour l'exercice de ce culte dans les anciennes circonscriptions desdits établissements.

Analysez ce document en montrant ce que la loi de 1905 change dans les rapports entre l'État et les cultes, et pourquoi elle est à la fois une rupture et un compromis.

  1. Présentez le document : nature, date, auteurs et contexte du vote.
  2. Quels principes les articles 1er et 2 posent-ils ? Montrez qu'ils se complètent.
  3. Quelle exception l'article 2 prévoit-il, et comment s'explique-t-elle ?
  4. Pourquoi l'article 4 est-il un compromis, et comment l'Église catholique réagit-elle en 1906 ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'extraits de la loi du 9 décembre 1905, publiée au Journal officiel le 11 décembre, texte juridique adopté par les deux chambres du Parlement : la Chambre des députés le 3 juillet 1905 (341 voix contre 233) et le Sénat le 6 décembre. Elle est préparée par une commission dont le rapporteur est le socialiste Aristide Briand. Elle intervient au terme d'un conflit ouvert entre la République et l'Église catholique : lutte contre les congrégations (loi de 1901, interdiction d'enseigner en 1904), rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904, dans le climat laissé par l'affaire Dreyfus.

2. L'article 1er pose un principe de liberté : la République « assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes », avec pour seule limite l'ordre public. L'article 2 pose un principe de neutralité : elle « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », ce qui supprime le budget des cultes et met fin au Concordat de 1801. Les deux articles se complètent : c'est parce que l'État ne privilégie plus aucune religion qu'il peut garantir à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. La laïcité n'est donc pas dirigée contre la religion ; elle protège les consciences.

3. L'article 2 autorise des dépenses d'« aumônerie » dans les « lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons ». L'exception découle de l'article 1er : les personnes enfermées ou internes, qui ne peuvent pas se rendre dans un lieu de culte, doivent pouvoir pratiquer. L'État paie donc non un culte, mais les moyens de rendre effective la liberté qu'il garantit.

4. L'article 4 transfère les biens des anciens établissements publics du culte à des associations cultuelles formées « en se conformant aux règles d'organisation générale du culte ». Cette formule, défendue par Briand et Jaurès contre les partisans d'une séparation plus dure, assure que les associations catholiques resteront soumises aux évêques et au pape : la loi respecte la hiérarchie de chaque Église. Le compromis ne suffit pas à Rome : Pie X condamne la loi dans l'encyclique Vehementer nos (11 février 1906), puis interdit aux catholiques de former des associations cultuelles (août 1906). Les inventaires des biens d'Église provoquent des heurts, comme à Boeschepe le 6 mars 1906, avant que la loi du 2 janvier 1907 laisse les églises à la disposition des fidèles.

Ce que cette analyse apprend — Face à un texte de loi, citer l'article précis, expliquer ce qu'il change par rapport à la situation antérieure, puis confronter le texte à sa mise en œuvre.

Document 2 — Quatre votes qui fondent et achèvent la République (1875-1905)

Moyen

Tableau statistique (résultats de scrutins parlementaires) · D'après le Journal officiel de la République française, comptes rendus des séances de l'Assemblée nationale (30 janvier 1875), de la Chambre des députés (19 juin 1877 et 3 juillet 1905) et du Sénat (6 décembre 1905).

Ces quatre scrutins jalonnent la mise en œuvre du projet républicain, de la fondation du régime par une assemblée monarchiste à la séparation votée par une majorité de gauche. Ils sont publiés au Journal officiel, que lisent les élus et la presse.

DateAssembléeObjet du votePourContre
30 janvier 1875Assemblée nationaleAmendement Wallon (mode d'élection du « Président de la République »)353352
19 juin 1877Chambre des députésOrdre du jour de défiance contre le ministère du duc de Broglie363158
3 juillet 1905Chambre des députésProjet de loi de séparation des Églises et de l'État341233
6 décembre 1905SénatProjet de loi de séparation des Églises et de l'État179103

Analysez ce document en montrant ce que ces votes révèlent de l'installation puis de l'affirmation de la République entre 1875 et 1905.

  1. Calculez l'écart de voix et la part des « pour » pour chacun des quatre votes (arrondis au dixième).
  2. Que révèle le vote du 30 janvier 1875 sur la naissance du régime ?
  3. Expliquez le vote du 19 juin 1877 et ses conséquences jusqu'en 1879.
  4. Que montrent les votes de 1905 ? Quelles sont les limites de ce type de document ?
Voir la réponse rédigée

1. Écart et part des voix favorables (par rapport aux suffrages exprimés) : amendement Wallon, 1 voix d'écart, 353 sur 705, soit 50,1 % ; défiance de 1877, 205 voix d'écart, 363 sur 521, soit 69,7 % ; loi de séparation à la Chambre, 108 voix d'écart, 341 sur 574, soit 59,4 % ; au Sénat, 76 voix d'écart, 179 sur 282, soit 63,5 %.

2. Le vote de 1875 montre une République fondée à une voix près, par une Assemblée élue en février 1871 et dominée par les monarchistes. L'amendement du député Henri Wallon se contente d'organiser l'élection du « Président de la République » pour sept ans ; mais en écrivant le mot, il fait de la République le régime légal. C'est une République par défaut : les monarchistes, divisés et bloqués par le refus du comte de Chambord d'abandonner le drapeau blanc, n'ont pas pu restaurer la monarchie, et une partie des orléanistes accepte une République conservatrice en attendant mieux.

3. Le 16 mai 1877, le président Mac Mahon a contraint le républicain Jules Simon à démissionner et nommé le monarchiste duc de Broglie. Le 19 juin, les 363 députés républicains lui refusent leur confiance, par près de 70 % des voix : la Chambre affirme que le gouvernement doit avoir sa confiance, et non seulement celle du président. Mac Mahon dissout la Chambre, mais les « 363 » restent majoritaires aux élections d'octobre 1877 ; Gambetta avait prévenu qu'il faudrait « se soumettre ou se démettre ». Les républicains gagnent le Sénat en janvier 1879 et Mac Mahon démissionne le 30 janvier : le régime devient parlementaire.

4. En 1905, la loi de séparation obtient une majorité nette dans les deux chambres, près de 60 % à la Chambre et 63,5 % au Sénat, pourtant plus modéré : trente ans après 1875, les républicains dominent toutes les institutions et peuvent achever la laïcisation. Mais ces chiffres ont leurs limites. Ils mesurent un rapport de forces parlementaire, pas l'opinion du pays : les 233 opposants de 1905 représentent une France catholique qui résistera aux inventaires en 1906. Ils ne disent rien non plus de la moitié de la population, les femmes, exclues du vote. Enfin, un vote n'est qu'un moment : la mise en œuvre de la loi, de 1906 à 1907, compte autant que son adoption.

Ce que cette analyse apprend — Un tableau de votes se lit en calculant les écarts, puis en replaçant chaque chiffre dans son contexte politique, sans confondre majorité parlementaire et opinion du pays.

Document 3 — Le Monument à la République, place de la République à Paris

Moyen

Monument public (sculpture en bronze et en pierre) · Léopold Morice (sculpteur) et François-Charles Morice (architecte), Monument à la République, place de la République, Paris ; lauréats du concours ouvert par la Ville de Paris en 1879, monument inauguré le 14 juillet 1883.

En 1879, le conseil municipal de Paris, à majorité républicaine, ouvre un concours pour élever un monument à la République ; les frères Morice l'emportent. Le monument est inauguré le 14 juillet 1883, quatre ans après la victoire définitive des républicains, devant les Parisiens venus fêter la fête nationale.

Au centre de la place, sur un haut piédestal de pierre, se dresse une statue colossale en bronze de la République, sous les traits d'une femme debout, coiffée du bonnet phrygien. De la main droite, elle lève un rameau d'olivier ; sa main gauche s'appuie sur une tablette portant l'inscription « Droits de l'homme ».

Au pied du piédestal sont assises trois statues de pierre qui personnifient la Liberté, l'Égalité et la Fraternité, la devise de la République. Devant le monument, un lion de bronze veille sur une urne marquée « Suffrage universel ».

Tout autour du socle, douze bas-reliefs de bronze racontent l'histoire de la France républicaine, du serment du Jeu de paume (20 juin 1789) à la première fête nationale du 14 juillet 1880 ; parmi les scènes figurent la prise de la Bastille et la proclamation de la République du 4 septembre 1870.

Analysez ce monument en montrant comment il participe à l'enracinement de la culture républicaine.

  1. Présentez le document : nature, auteurs, commanditaire, date et lieu d'inauguration.
  2. Identifiez les symboles de la statue principale et des statues du socle. Quelles valeurs expriment-ils ?
  3. Que signifient le lion et l'urne, puis le choix des bas-reliefs, de 1789 à 1880 ?
  4. En quoi ce monument est-il un instrument de la mise en œuvre du projet républicain ? Nuancez sa portée.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un monument public, œuvre du sculpteur Léopold Morice et de son frère l'architecte François-Charles Morice. Il est commandé par le conseil municipal de Paris, qui ouvre un concours en 1879, l'année où les républicains prennent le contrôle de toutes les institutions. Il est inauguré le 14 juillet 1883 sur l'ancienne place du Château-d'Eau, devenue place de la République : le choix de la fête nationale, instituée en 1880, fait de l'inauguration une cérémonie civique.

2. La statue principale est une allégorie de la République, représentée en femme, que l'on appelle couramment Marianne. Le bonnet phrygien, porté par les révolutionnaires de 1792, rappelle la liberté conquise ; le rameau d'olivier signifie que la République se veut pacifique et rassurante, à l'opposé de l'image sanglante de 1793 ou de la Commune ; la tablette « Droits de l'homme » l'ancre dans la Déclaration de 1789. Au pied, les trois statues assises incarnent la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». L'ensemble présente la République comme un régime fondé sur des principes universels.

3. Le lion, symbole de force, garde l'urne du « Suffrage universel » : le vote est présenté comme le fondement et le trésor du régime, qu'il faut défendre contre ceux qui voudraient le confisquer, comme Louis-Napoléon Bonaparte en 1851. Les douze bas-reliefs, du serment du Jeu de paume de 1789 à la fête nationale de 1880, écrivent une histoire continue où la République devient l'aboutissement naturel de l'histoire de France : le 4 septembre 1870 y prend place à côté de la prise de la Bastille. Les épisodes les plus violents de la Terreur ne sont pas mis en avant : c'est une mémoire choisie.

4. Le monument participe à l'enracinement d'une culture républicaine : comme les bustes de Marianne dans les mairies, La Marseillaise (1879) ou le 14 Juillet (1880), il rend le régime visible et familier dans l'espace public, et il s'adresse aux foules, pas seulement aux élites. Sa portée a pourtant des limites. Il est parisien, alors que l'enracinement se joue surtout dans les campagnes, par l'école et la mairie. Il exprime la vision des républicains au pouvoir : pour les monarchistes et une grande partie des catholiques, Marianne reste l'emblème d'un camp. Enfin, l'allégorie féminine contraste avec l'exclusion des femmes du suffrage universel que le lion est censé garder.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une œuvre commandée, c'est identifier chaque symbole, dire à qui il s'adresse et ce qu'il laisse de côté.

Document 4 — Émile Zola, « J'accuse… ! »

Difficile

Lettre ouverte publiée dans la presse (document d'époque) · Émile Zola, « J'accuse… ! Lettre au Président de la République », L'Aurore, n° 87, 13 janvier 1898, Paris.

Le 11 janvier 1898, un conseil de guerre acquitte le commandant Esterhazy, véritable auteur du bordereau pour lequel Dreyfus a été condamné en 1894. Deux jours plus tard, le romancier Émile Zola publie en une de L'Aurore, quotidien dont Georges Clemenceau est l'éditorialiste, cette lettre ouverte adressée au président Félix Faure.

« J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis. […]

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Éclair et dans L'Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour !

J'attends. »

Analysez ce document en montrant comment Zola transforme l'affaire Dreyfus en une crise de la République et quelles valeurs il défend.

  1. Présentez le document : auteur, support, date, destinataire et contexte immédiat.
  2. Qui Zola accuse-t-il, et de quoi ? Classez les accusations.
  3. Pourquoi Zola cite-t-il la loi du 29 juillet 1881 ? Quelle est sa stratégie ?
  4. Quelles valeurs Zola oppose-t-il à ses adversaires ? En quoi l'Affaire devient-elle une crise de la République ?
  5. Quelles sont la portée et les limites de ce texte ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est la fin de la lettre ouverte « J'accuse… ! » d'Émile Zola, écrivain naturaliste célèbre, publiée en une du quotidien L'Aurore le 13 janvier 1898. Adressée au président de la République Félix Faure, elle vise en réalité l'opinion publique. Elle paraît deux jours après l'acquittement d'Esterhazy par un conseil de guerre, le 11 janvier 1898, qui semble fermer toute possibilité de réviser le procès du capitaine Dreyfus, condamné le 22 décembre 1894 à la déportation à vie et détenu à l'île du Diable.

2. Zola accuse nommément les plus hauts responsables de l'armée, en trois groupes. D'abord les auteurs de l'« erreur judiciaire » : du Paty de Clam, qui a mené l'enquête de 1894, et le général Mercier, ministre de la Guerre à l'époque. Ensuite ceux qui l'ont couverte : le général Billot, ministre en 1896-1898, accusé d'avoir « étouffé » les preuves de l'innocence de Dreyfus pour « sauver l'état-major compromis », et les « bureaux de la guerre », accusés d'avoir manipulé la presse. Enfin la justice militaire elle-même : le premier conseil de guerre a condamné Dreyfus « sur une pièce restée secrète », le second a acquitté Esterhazy « sciemment ».

3. Zola cite les « articles 30 et 31 » de la loi sur la presse de 1881, qui punissent la diffamation, et affirme : « c'est volontairement que je m'expose ». Sa stratégie est de provoquer un procès devant une cour d'assises, c'est-à-dire devant un jury civil et en public, là où l'armée a jugé à huis clos : il veut que « l'enquête ait lieu au grand jour ». Il retourne ainsi une loi républicaine de liberté contre le secret militaire. La stratégie réussit en partie : Zola est condamné le 23 février 1898 à un an de prison et s'exile en Angleterre en juillet, mais l'Affaire est désormais publique.

4. Zola oppose au secret et à la raison d'État « la vérité et la justice », « la lumière » et « l'humanité ». Il défend le droit de tout accusé à un procès régulier, principe hérité de 1789, contre ceux qui placent l'honneur de l'armée au-dessus d'un homme. En accusant des généraux et des ministres, il pose une question politique : dans une République, l'armée est-elle soumise au droit ? L'Affaire divise alors le pays entre dreyfusards (Ligue des droits de l'homme, 1898) et antidreyfusards (Ligue de la patrie française), sur fond d'antisémitisme ; elle culmine avec la tentative de coup de force de Déroulède en février 1899 et le gouvernement de défense républicaine de Waldeck-Rousseau en juin 1899.

5. La portée du texte est immense : il fait de l'engagement des écrivains et des savants un acte politique, et impose la révision, qui aboutit au procès de Rennes (1899) puis à la réhabilitation de Dreyfus le 12 juillet 1906. Mais c'est un texte polémique : Zola dit lui-même accomplir « un moyen révolutionnaire », et certaines accusations sont formulées avec prudence (« je veux le croire », « tout au moins par faiblesse d'esprit »). En janvier 1898, il ne dispose pas de toutes les preuves ; le faux du lieutenant-colonel Henry ne sera découvert qu'en août 1898. Le texte doit donc être lu comme un plaidoyer, non comme un jugement.

Ce que cette analyse apprend — Face à un texte polémique, dégager la stratégie de l'auteur autant que son contenu, puis confronter ses affirmations à ce que l'on sait des faits.

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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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