Lycée · 1ʳᵉ · Histoire-Géographie
La IIIe République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial
De l'enracinement républicain à l'Empire colonial français — programme de 1re, Thème 2 : La France, une République
À propos de cette page
La naissance et l'enracinement de la IIIe République (1870–1879)
La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870, au lendemain de la capitulation de Napoléon III à Sedan face à la Prusse. Elle s'impose progressivement malgré de nombreuses résistances.
Les débuts sont difficiles : la Commune de Paris (mars–mai 1871) est une insurrection ouvrière et républicaine radicale brutalement réprimée (« Semaine sanglante »). Le traité de Francfort (mai 1871) impose à la France de céder l'Alsace-Lorraine et de payer une lourde indemnité de guerre.
Les monarchistes dominent l'Assemblée nationale au début des années 1870. Le Maréchal Mac-Mahon est élu président de la République en 1873. Pourtant, les républicains s'imposent progressivement :
- Les lois constitutionnelles de 1875 organisent définitivement le régime républicain.
- Les élections législatives de 1876 donnent la majorité aux républicains à la Chambre des députés.
- La crise du 16 mai 1877 : Mac-Mahon dissout la Chambre mais les républicains remportent à nouveau les élections. C'est une victoire décisive pour la République.
- En 1879, les républicains conquièrent le Sénat et Mac-Mahon démissionne. Jules Grévy est élu président. La République est désormais solidement ancrée.
Les institutions républicaines : un régime parlementaire
Les lois constitutionnelles de 1875 mettent en place un régime parlementaire bicaméral. Elles ne constituent pas une véritable constitution mais trois lois distinctes.
| Institution | Composition | Rôle |
|---|---|---|
| Président de la République | Élu par les deux chambres réunies en Congrès pour 7 ans | Chef de l'État, nomme le gouvernement, peut dissoudre la Chambre (rarement utilisé après 1877) |
| Chambre des députés | Élus au suffrage universel masculin pour 4 ans | Vote les lois et le budget, contrôle le gouvernement |
| Sénat | Sénateurs élus par les notables locaux pour 9 ans (renouvellement par tiers) | Chambre haute, vote les lois, représente les communes |
| Gouvernement (ministres) | Nommés par le président | Responsables devant les Chambres (régime parlementaire) |
La pratique de la IIIe République est marquée par l'instabilité ministérielle : les gouvernements se succèdent rapidement (104 gouvernements en 70 ans) car la Chambre des députés renverse souvent le cabinet. En revanche, les ministres reviennent souvent, assurant une certaine continuité.
Le suffrage universel masculin est la base de la légitimité républicaine. Les femmes n'ont pas encore le droit de vote (elles l'obtiendront en 1944).
L'école républicaine et la laïcité
L'un des grands chantiers de la IIIe République est la construction d'une école républicaine, gratuite, obligatoire et laïque. Les républicains, notamment Jules Ferry, voient dans l'école le moyen de former des citoyens républicains et de lutter contre l'influence de l'Église catholique.
Les grandes lois scolaires (1881–1886)
- 1881 : gratuité de l'enseignement primaire public.
- 1882 : obligation scolaire de 6 à 13 ans ; suppression de l'instruction religieuse dans les programmes des écoles publiques ; retrait des crucifix des salles de classe.
- 1886 (loi Goblet) : laïcisation du personnel enseignant des écoles publiques (remplacement des instituteurs religieux par des laïcs).
La loi de séparation de l'Église et de l'État (1905)
La loi du 9 décembre 1905, portée par Aristide Briand et Émile Combes, constitue le point culminant de la politique laïque :
- Elle établit la séparation totale entre l'État et toutes les Églises.
- L'État ne reconnaît plus, ne salarie plus, ne subventionne plus aucun culte.
- La liberté de conscience et le libre exercice du culte sont garantis.
Crises et consolidation : l'affaire Dreyfus et le bloc des gauches
La IIIe République traverse plusieurs crises graves qui menacent le régime mais finissent par le renforcer.
Le boulangisme (1886–1889)
Le général Boulanger, populaire et nationaliste, rassemble mécontents de droite et de gauche. On craint un coup d'État, mais il fuit en Belgique en 1889. La République a résisté à cette tentative antiparlementaire.
L'affaire Dreyfus (1894–1906)
C'est la crise la plus profonde de la IIIe République.
- 1896–1897 : le commandant Picquart découvre la vérité mais est écarté par l'armée.
- Janvier 1898 : Émile Zola publie J'accuse…! dans L'Aurore, accusant l'armée de complot.
- La France se divise entre dreyfusards (Zola, Jaurès, Clemenceau) et antidreyfusards (nationalistes, antisémites, catholiques conservateurs).
- 1906 : Dreyfus est réhabilité et réintégré dans l'armée.
Le Bloc des gauches (1899–1905)
Après l'affaire Dreyfus, les républicains, socialistes et radicaux s'unissent dans le Bloc des gauches pour défendre la République et accélérer les réformes laïques. C'est sous ce gouvernement que sont votées les lois sur les associations (1901) et la séparation de 1905.
La France et ses partis politiques avant 1914
La vie politique de la IIIe République est marquée par un multipartisme et la prédominance des radicaux au centre gauche.
| Famille politique | Principaux partis | Idées défendues |
|---|---|---|
| Droite monarchiste et conservatrice | Action française (Maurras), boulangistes | Restauration monarchique ou autoritaire, nationalisme, religion |
| Centre droit républicain | Républicains modérés (opportunistes) | République conservatrice, liberté, ordre |
| Centre gauche radical | Parti radical et radical-socialiste (1901) | Défense de la République, laïcité, anticléricisme, réformes sociales modérées |
| Gauche socialiste | SFIO (1905) — Jean Jaurès | Socialisme démocratique, internationalisme, réformes sociales |
La presse joue un rôle essentiel dans la vie politique (affaire Dreyfus, propagande coloniale). Les syndicats se développent : la CGT (Confédération Générale du Travail), fondée en 1895, défend les droits des travailleurs et adopte la Charte d'Amiens (1906), affirmant son indépendance vis-à-vis des partis politiques.
L'empire colonial français : formation et justifications
La France constitue entre 1870 et 1914 le deuxième empire colonial du monde après la Grande-Bretagne, couvrant environ 10 millions de km² pour 55 millions d'habitants.
Les grandes conquêtes
- Afrique du Nord : Algérie (1830, antérieure à la IIIe République), Tunisie (protectorat 1881), Maroc (protectorat 1912).
- Afrique subsaharienne : Afrique occidentale française (AOF), Afrique équatoriale française (AEF), Madagascar (1895).
- Asie : Indochine française (Vietnam, Cambodge, Laos — 1858–1907).
- Océanie : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française.
- Amériques : Antilles, Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon.
Les justifications de la colonisation
La colonisation est justifiée par plusieurs discours :
- Mission civilisatrice : Jules Ferry affirme que la France a le devoir d'apporter « la civilisation » aux peuples colonisés (discours du 28 juillet 1885).
- Intérêts économiques : accès aux matières premières, débouchés pour l'industrie française, investissements.
- Rivalité internationale : concurrence avec l'Angleterre et l'Allemagne pour la puissance mondiale.
- Prestige national : compensation à la défaite de 1871 et à la perte de l'Alsace-Lorraine.
Administration et exploitation coloniale
L'administration des colonies repose sur deux modèles principaux :
Le statut des populations colonisées
Les populations colonisées ne sont pas des citoyens français mais des sujets. Elles sont soumises au code de l'indigénat, un ensemble de règlements spéciaux qui limitent leurs libertés (liberté de circulation, interdiction de réunion) et les soumet à des corvées et à l'impôt.
L'exploitation économique
L'empire colonial est exploité au profit de la métropole :
- Extraction de matières premières : caoutchouc, coton, arachide, riz, minerais.
- Travail forcé et cultures imposées.
- Construction de voies ferrées et d'infrastructures au profit du commerce colonial.
- Commerce inégal imposé : les colonies doivent acheter des produits manufacturés français.
La résistance des peuples colonisés
Les conquêtes et l'administration coloniales rencontrent des résistances : révoltes de la Sénussia en Libye, résistance au Maroc, révoltes en Indochine. Ces résistances sont brutalement réprimées.
Frise chronologique des dates-clés
Voici les principales dates à retenir sur la IIIe République avant 1914 :
- La IIIe République est proclamée en 1870 et s'enracine après la victoire républicaine de 1879.
- Elle repose sur un régime parlementaire bicaméral (Chambre + Sénat) au suffrage universel masculin.
- Jules Ferry construit l'école républicaine laïque (lois 1881–1882) ; la séparation Église-État est votée en 1905.
- L'affaire Dreyfus (1894–1906) divise la France mais renforce finalement les républicains laïques.
- La France possède le 2e empire colonial du monde en 1914 (Afrique, Asie, Océanie).
- La colonisation est justifiée par la « mission civilisatrice » mais repose sur l'exploitation et la domination des peuples colonisés.
Cours particuliers de histoire-géographie à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.
Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs