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Histoire-Géographie · Classe de 1ʳᵉ

La IIIe République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial

De l'enracinement républicain à l'Empire colonial français — programme de 1re, Thème 2 : La France, une République

À propos de cette page
Ce cours de histoire-géographie en première sur « La IIIe République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial » suit le programme officiel de histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La naissance et l'enracinement de la IIIe République (1870–1879), Les institutions républicaines : un régime parlementaire, L'école républicaine et la laïcité, Crises et consolidation : l'affaire Dreyfus et le bloc des gauches. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.
Au programme
1 · La naissance et l'enracinement de la IIIe République (1870–1879)
2 · Les institutions républicaines : un régime parlementaire
3 · L'école républicaine et la laïcité
4 · Crises et consolidation : l'affaire Dreyfus et le bloc des gauches
5 · La France et ses partis politiques avant 1914
6 · L'empire colonial français : formation et justifications
7 · Administration et exploitation coloniale
8 · Frise chronologique des dates-clés
1La naissance et l'enracinement de la IIIe République (1870–1879)

La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870, au lendemain de la capitulation de Napoléon III à Sedan face à la Prusse. Elle s'impose progressivement malgré de nombreuses résistances.

Définition. La IIIe République est le régime républicain qui gouverne la France de 1870 à 1940. C'est le plus long régime de la France contemporaine.

Les débuts sont difficiles : la Commune de Paris (mars–mai 1871) est une insurrection ouvrière et républicaine radicale brutalement réprimée (« Semaine sanglante »). Le traité de Francfort (mai 1871) impose à la France de céder l'Alsace-Lorraine et de payer une lourde indemnité de guerre.

Les monarchistes dominent l'Assemblée nationale au début des années 1870. Le Maréchal Mac-Mahon est élu président de la République en 1873. Pourtant, les républicains s'imposent progressivement :

  • Les lois constitutionnelles de 1875 organisent définitivement le régime républicain.
  • Les élections législatives de 1876 donnent la majorité aux républicains à la Chambre des députés.
  • La crise du 16 mai 1877 : Mac-Mahon dissout la Chambre mais les républicains remportent à nouveau les élections. C'est une victoire décisive pour la République.
  • En 1879, les républicains conquièrent le Sénat et Mac-Mahon démissionne. Jules Grévy est élu président. La République est désormais solidement ancrée.
Astuce mémo. Retiens l'expression « République des républicains » à partir de 1879 : c'est à partir de cette date que les républicains contrôlent toutes les institutions.
2Les institutions républicaines : un régime parlementaire

Les lois constitutionnelles de 1875 mettent en place un régime parlementaire bicaméral. Elles ne constituent pas une véritable constitution mais trois lois distinctes.

InstitutionCompositionRôle
Président de la RépubliqueÉlu par les deux chambres réunies en Congrès pour 7 ansChef de l'État, nomme le gouvernement, peut dissoudre la Chambre (rarement utilisé après 1877)
Chambre des députésÉlus au suffrage universel masculin pour 4 ansVote les lois et le budget, contrôle le gouvernement
SénatSénateurs élus par les notables locaux pour 9 ans (renouvellement par tiers)Chambre haute, vote les lois, représente les communes
Gouvernement (ministres)Nommés par le présidentResponsables devant les Chambres (régime parlementaire)
Définition — Régime parlementaire. Dans un régime parlementaire, le gouvernement est responsable devant le Parlement. Si le Parlement retire sa confiance au gouvernement (vote de défiance), celui-ci doit démissionner.

La pratique de la IIIe République est marquée par l'instabilité ministérielle : les gouvernements se succèdent rapidement (104 gouvernements en 70 ans) car la Chambre des députés renverse souvent le cabinet. En revanche, les ministres reviennent souvent, assurant une certaine continuité.

Attention ! Le Président de la République a un rôle surtout symbolique sous la IIIe République : c'est le Président du Conseil (chef du gouvernement) qui exerce réellement le pouvoir exécutif.

Le suffrage universel masculin est la base de la légitimité républicaine. Les femmes n'ont pas encore le droit de vote (elles l'obtiendront en 1944).

3L'école républicaine et la laïcité

L'un des grands chantiers de la IIIe République est la construction d'une école républicaine, gratuite, obligatoire et laïque. Les républicains, notamment Jules Ferry, voient dans l'école le moyen de former des citoyens républicains et de lutter contre l'influence de l'Église catholique.

Définition — Laïcité. La laïcité est le principe de séparation des institutions publiques et des organisations religieuses. L'État est neutre en matière de religion.

Les grandes lois scolaires (1881–1886)

  • 1881 : gratuité de l'enseignement primaire public.
  • 1882 : obligation scolaire de 6 à 13 ans ; suppression de l'instruction religieuse dans les programmes des écoles publiques ; retrait des crucifix des salles de classe.
  • 1886 (loi Goblet) : laïcisation du personnel enseignant des écoles publiques (remplacement des instituteurs religieux par des laïcs).
Exemple. Avant Jules Ferry, de nombreuses écoles étaient tenues par des congrégations religieuses (frères des Écoles chrétiennes, sœurs). La loi Goblet oblige ces écoles publiques à employer uniquement des instituteurs laïcs.

La loi de séparation de l'Église et de l'État (1905)

La loi du 9 décembre 1905, portée par Aristide Briand et Émile Combes, constitue le point culminant de la politique laïque :

  • Elle établit la séparation totale entre l'État et toutes les Églises.
  • L'État ne reconnaît plus, ne salarie plus, ne subventionne plus aucun culte.
  • La liberté de conscience et le libre exercice du culte sont garantis.
Astuce. La loi de 1905 est toujours en vigueur aujourd'hui. Elle constitue le fondement juridique de la laïcité en France.
4Crises et consolidation : l'affaire Dreyfus et le bloc des gauches

La IIIe République traverse plusieurs crises graves qui menacent le régime mais finissent par le renforcer.

Le boulangisme (1886–1889)

Le général Boulanger, populaire et nationaliste, rassemble mécontents de droite et de gauche. On craint un coup d'État, mais il fuit en Belgique en 1889. La République a résisté à cette tentative antiparlementaire.

L'affaire Dreyfus (1894–1906)

C'est la crise la plus profonde de la IIIe République.

L'affaire Dreyfus. En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif de l'armée française, est condamné à tort pour espionnage au profit de l'Allemagne et déporté à l'île du Diable. L'affaire révèle que la condamnation repose sur des faux documents et sur l'antisémitisme ambiant.
  • 1896–1897 : le commandant Picquart découvre la vérité mais est écarté par l'armée.
  • Janvier 1898 : Émile Zola publie J'accuse…! dans L'Aurore, accusant l'armée de complot.
  • La France se divise entre dreyfusards (Zola, Jaurès, Clemenceau) et antidreyfusards (nationalistes, antisémites, catholiques conservateurs).
  • 1906 : Dreyfus est réhabilité et réintégré dans l'armée.
À retenir. L'affaire Dreyfus a des conséquences politiques durables : elle aboutit à la victoire des républicains laïques et conduit à la loi de séparation de l'Église et de l'État (1905).

Le Bloc des gauches (1899–1905)

Après l'affaire Dreyfus, les républicains, socialistes et radicaux s'unissent dans le Bloc des gauches pour défendre la République et accélérer les réformes laïques. C'est sous ce gouvernement que sont votées les lois sur les associations (1901) et la séparation de 1905.

5La France et ses partis politiques avant 1914

La vie politique de la IIIe République est marquée par un multipartisme et la prédominance des radicaux au centre gauche.

Famille politiquePrincipaux partisIdées défendues
Droite monarchiste et conservatriceAction française (Maurras), boulangistesRestauration monarchique ou autoritaire, nationalisme, religion
Centre droit républicainRépublicains modérés (opportunistes)République conservatrice, liberté, ordre
Centre gauche radicalParti radical et radical-socialiste (1901)Défense de la République, laïcité, anticléricisme, réformes sociales modérées
Gauche socialisteSFIO (1905) — Jean JaurèsSocialisme démocratique, internationalisme, réformes sociales
Définition — Parti radical. Fondé en 1901, le Parti républicain radical et radical-socialiste est le parti central de la IIIe République. Laïc et républicain, il domine la vie politique jusqu'aux années 1930.

La presse joue un rôle essentiel dans la vie politique (affaire Dreyfus, propagande coloniale). Les syndicats se développent : la CGT (Confédération Générale du Travail), fondée en 1895, défend les droits des travailleurs et adopte la Charte d'Amiens (1906), affirmant son indépendance vis-à-vis des partis politiques.

Attention ! Ne confonds pas le Parti radical (républicain bourgeois, défenseur de la laïcité) avec le socialisme révolutionnaire. Les radicaux s'opposent aux socialistes sur la question de la propriété privée et des réformes économiques.
6L'empire colonial français : formation et justifications

La France constitue entre 1870 et 1914 le deuxième empire colonial du monde après la Grande-Bretagne, couvrant environ 10 millions de km² pour 55 millions d'habitants.

Les grandes conquêtes

  • Afrique du Nord : Algérie (1830, antérieure à la IIIe République), Tunisie (protectorat 1881), Maroc (protectorat 1912).
  • Afrique subsaharienne : Afrique occidentale française (AOF), Afrique équatoriale française (AEF), Madagascar (1895).
  • Asie : Indochine française (Vietnam, Cambodge, Laos — 1858–1907).
  • Océanie : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française.
  • Amériques : Antilles, Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon.

Les justifications de la colonisation

La colonisation est justifiée par plusieurs discours :

  • Mission civilisatrice : Jules Ferry affirme que la France a le devoir d'apporter « la civilisation » aux peuples colonisés (discours du 28 juillet 1885).
  • Intérêts économiques : accès aux matières premières, débouchés pour l'industrie française, investissements.
  • Rivalité internationale : concurrence avec l'Angleterre et l'Allemagne pour la puissance mondiale.
  • Prestige national : compensation à la défaite de 1871 et à la perte de l'Alsace-Lorraine.
Attention ! La notion de « mission civilisatrice » est aujourd'hui considérée comme un discours idéologique qui masque la réalité de l'exploitation et des violences coloniales. Des voix s'y opposent dès l'époque (Clemenceau, Jean Jaurès).
7Administration et exploitation coloniale

L'administration des colonies repose sur deux modèles principaux :

Colonie directe vs protectorat. Dans une colonie directe (ex : Algérie, AOF), la France administre directement le territoire et y impose sa loi. Dans un protectorat (ex : Tunisie, Maroc, Indochine), le souverain local est maintenu en apparence mais la France contrôle réellement les affaires extérieures et l'administration.

Le statut des populations colonisées

Les populations colonisées ne sont pas des citoyens français mais des sujets. Elles sont soumises au code de l'indigénat, un ensemble de règlements spéciaux qui limitent leurs libertés (liberté de circulation, interdiction de réunion) et les soumet à des corvées et à l'impôt.

Exemple. En Algérie, les Algériens musulmans sont sujets français mais non citoyens. Seule une infime minorité d'Algériens (les « évolués » ayant renoncé au statut personnel islamique) peut accéder à la citoyenneté française.

L'exploitation économique

L'empire colonial est exploité au profit de la métropole :

  • Extraction de matières premières : caoutchouc, coton, arachide, riz, minerais.
  • Travail forcé et cultures imposées.
  • Construction de voies ferrées et d'infrastructures au profit du commerce colonial.
  • Commerce inégal imposé : les colonies doivent acheter des produits manufacturés français.

La résistance des peuples colonisés

Les conquêtes et l'administration coloniales rencontrent des résistances : révoltes de la Sénussia en Libye, résistance au Maroc, révoltes en Indochine. Ces résistances sont brutalement réprimées.

À retenir. Il existe une contradiction fondamentale entre les valeurs républicaines (liberté, égalité, droits de l'homme) affichées par la France et le système colonial fondé sur l'inégalité et la domination. Cette contradiction est dénoncée par certains contemporains comme Jean Jaurès.
8Frise chronologique des dates-clés

Voici les principales dates à retenir sur la IIIe République avant 1914 :

Méthode. Pour une épreuve d'histoire, apprends à situer les événements dans leur contexte : une date seule ne suffit pas. Associe chaque date à son contexte politique (crise, loi, conflit) et à ses conséquences.
À retenir
En bref :
• La IIIe République est proclamée en 1870 et s'enracine après la victoire républicaine de 1879.
• Elle repose sur un régime parlementaire bicaméral (Chambre + Sénat) au suffrage universel masculin.
• Jules Ferry construit l'école républicaine laïque (lois 1881–1882) ; la séparation Église-État est votée en 1905.
• L'affaire Dreyfus (1894–1906) divise la France mais renforce finalement les républicains laïques.
• La France possède le 2e empire colonial du monde en 1914 (Afrique, Asie, Océanie).
• La colonisation est justifiée par la « mission civilisatrice » mais repose sur l'exploitation et la domination des peuples colonisés.
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