La France et ses territoires ultramarins dans la mondialisation
Géographie 1re, thème 2 « Une diversification des espaces et des acteurs de la production » : les outre-mer comme cas de la question sur la France, « les systèmes productifs entre valorisation locale et intégration européenne et mondiale ».
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en première sur « La France et ses territoires ultramarins dans la mondialisation » suit le programme officiel d'histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Onze territoires, trois océans, plusieurs statuts, Des colonies aux départements, Une présence mondiale sur tous les océans, Des systèmes productifs hérités, tournés vers la métropole. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les cinq départements et régions d'outre-mer en chiffres
Facile
Tableau statistique · INSEE, populations légales 2021 (publiées fin 2023) ; pour Mayotte, estimation de population au 1er janvier 2024 (INSEE) ; superficies INSEE ; distances orthodromiques entre Paris et chaque chef-lieu, calculées pour l'exercice. Valeurs arrondies.
Le tableau réunit des données de l'INSEE sur les cinq DROM, qui relèvent de l'article 73 de la Constitution et sont des régions ultrapériphériques de l'UE. Il permet de mesurer d'un coup d'œil la diversité de ces territoires et leur éloignement.
Territoire (chef-lieu)
Superficie (km²)
Population (habitants)
Densité (hab./km²)
Distance à Paris (km)
Guadeloupe (Basse-Terre)
≈ 1 630
≈ 384 000
≈ 235
≈ 6 750
Martinique (Fort-de-France)
≈ 1 130
≈ 361 000
≈ 320
≈ 6 850
Guyane (Cayenne)
≈ 83 500
≈ 287 000
≈ 3,4
≈ 7 100
La Réunion (Saint-Denis)
≈ 2 510
≈ 871 000
≈ 347
≈ 9 350
Mayotte (Mamoudzou)
≈ 375
≈ 321 000 (estimation 2024)
≈ 856
≈ 8 050
France métropolitaine
≈ 544 000
≈ 66 millions
≈ 120
—
Pour Mayotte, le dernier recensement complet (2017) comptait environ 257 000 habitants ; l'estimation de 2024 est discutée en raison de l'importance de la population en situation irrégulière. Les distances sont mesurées à vol d'oiseau.
Après avoir présenté le document, montrez qu'il révèle à la fois l'unité et la diversité des DROM, puis identifiez les contraintes qu'il permet de comprendre.
Présentez le document et localisez les cinq DROM par océan.
Comparez les superficies et les densités : quels contrastes apparaissent ?
Que révèle la colonne des distances sur les contraintes de ces territoires ?
Quelles sont les limites de ce document pour étudier la place des DROM dans la mondialisation ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique, construit à partir des données de l'INSEE (populations légales 2021 et estimation 2024 pour Mayotte), présente la superficie, la population, la densité et la distance à Paris des cinq départements et régions d'outre-mer. Deux se trouvent dans la Caraïbe, dans l'océan Atlantique (Guadeloupe, Martinique), un sur le continent sud-américain, au bord de l'Atlantique (Guyane), et deux dans l'océan Indien, au large de l'Afrique (La Réunion, Mayotte).
2. Les contrastes sont très forts. La Guyane, avec environ 83 500 km², est presque aussi vaste que le Portugal, mais sa densité n'atteint que 3,4 hab./km², car la forêt amazonienne couvre l'essentiel de son intérieur et la population se concentre sur le littoral. À l'inverse, Mayotte, sur seulement 375 km², approche 856 hab./km², soit plus de sept fois la densité métropolitaine (≈ 120). Les îles des Antilles et La Réunion ont des densités intermédiaires mais élevées (235 à 347 hab./km²). Le statut commun de DROM recouvre donc des territoires très différents : un espace continental presque vide, des îles densément peuplées.
3. Tous les DROM sont situés à plus de 6 700 km de Paris, et La Réunion à plus de 9 000 km. Cet éloignement explique des coûts de transport élevés pour les importations, qui fournissent l'essentiel de la consommation, et donc en partie la vie chère. Il explique aussi le besoin d'une politique de continuité territoriale pour les déplacements des habitants. C'est précisément l'un des handicaps reconnus par l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'UE, qui fonde le statut de région ultrapériphérique.
4. Le document ne donne aucune donnée économique (PIB par habitant, chômage, échanges), ni sur l'âge de la population, alors que Mayotte et la Guyane sont très jeunes et les Antilles vieillissantes. Il mélange aussi deux dates (2021 et 2024), et le chiffre de Mayotte reste incertain. Surtout, il ne montre pas les flux (marchandises, touristes, lancements spatiaux) qui disent comment ces territoires s'intègrent à la mondialisation. Il faudrait le compléter par une carte des flux et par des données sur la ZEE.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau, c'est comparer les lignes entre elles et avec une référence (ici la métropole), puis dire ce que les chiffres ne montrent pas.
Document 2 — L'Union européenne reconnaît les régions ultrapériphériques
Moyen
Extrait de traité (texte juridique européen) · Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), article 349, issu du traité de Lisbonne signé le 13 décembre 2007 et entré en vigueur le 1er décembre 2009 ; version consolidée intégrant Mayotte (décision du Conseil européen 2012/419/UE, applicable au 1er janvier 2014).
Cet article du traité de Lisbonne reprend et précise l'article 299 introduit par le traité d'Amsterdam (1997). Il s'adresse aux institutions européennes (Conseil, Commission, Parlement) et fonde toutes les politiques de l'UE en faveur des neuf régions ultrapériphériques.
« Compte tenu de la situation économique et sociale structurelle de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique, de Mayotte, de la Réunion, de Saint-Martin, des Açores, de Madère et des îles Canaries, qui est aggravée par leur éloignement, l'insularité, leur faible superficie, le relief et le climat difficiles, leur dépendance économique vis-à-vis d'un petit nombre de produits, facteurs dont la permanence et la combinaison nuisent gravement à leur développement, le Conseil, sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen, arrête des mesures spécifiques visant, en particulier, à fixer les conditions de l'application des traités à ces régions, y compris les politiques communes. […] Les mesures visées au premier alinéa portent notamment sur les politiques douanières et commerciales, la politique fiscale, les zones franches, les politiques dans les domaines de l'agriculture et de la pêche, les conditions d'approvisionnement en matières premières et en biens de consommation de première nécessité, les aides d'État, et les conditions d'accès aux fonds structurels et aux programmes horizontaux de l'Union. Le Conseil arrête les mesures visées au premier alinéa en tenant compte des caractéristiques et contraintes particulières des régions ultrapériphériques sans nuire à l'intégrité et à la cohérence de l'ordre juridique de l'Union, y compris le marché intérieur et les politiques communes. »
En analysant ce document, montrez comment l'Union européenne intègre les territoires ultramarins tout en reconnaissant leurs spécificités.
Présentez le document : nature, date, auteur, destinataires.
Relevez les contraintes reconnues par le texte et classez-les.
Quels leviers d'action l'Union se donne-t-elle ? Donnez un exemple concret pour deux d'entre eux.
Montrez que ce texte concilie intégration et différenciation, et indiquez quels territoires français il ne concerne pas.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit de l'article 349 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, un texte juridique de rang constitutionnel pour l'UE. Il est issu du traité de Lisbonne (signé en 2007, en vigueur le 1er décembre 2009) et a été modifié pour inclure Mayotte à partir du 1er janvier 2014. Ses auteurs sont les États membres qui ont signé et ratifié le traité. Ses destinataires sont les institutions européennes, en particulier le Conseil, chargé d'arrêter « des mesures spécifiques », sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement.
2. Le texte énumère des contraintes de trois ordres. Des contraintes géographiques : « leur éloignement, l'insularité, leur faible superficie, le relief et le climat difficiles ». Une contrainte économique : « leur dépendance économique vis-à-vis d'un petit nombre de produits », comme la banane et le rhum aux Antilles ou le sucre à La Réunion. Un diagnostic structurel enfin : ces facteurs sont durables (« leur permanence ») et cumulés (« leur combinaison »), et ils « nuisent gravement » au développement. L'UE reconnaît donc des handicaps permanents, et pas une simple difficulté passagère.
3. Le deuxième alinéa liste les leviers : politiques douanières et commerciales, politique fiscale, zones franches, agriculture et pêche, approvisionnement, aides d'État, accès aux fonds structurels. Deux exemples concrets : la politique fiscale permet le maintien de l'octroi de mer, une taxe sur les marchandises entrant dans les DROM qui finance les communes ; les fonds structurels (FEDER, FSE+) financent des routes, des ports ou des réseaux d'eau à des niveaux par habitant parmi les plus élevés de l'Union. On peut citer aussi le programme agricole POSEI, qui soutient les filières banane et canne.
4. Le texte intègre ces territoires, puisqu'il leur applique « les traités » et « les politiques communes » : les RUP font pleinement partie de l'UE et utilisent l'euro. Mais il les différencie, puisqu'il autorise des adaptations. La dernière phrase fixe la limite : les dérogations ne doivent pas nuire au « marché intérieur » ni à la « cohérence de l'ordre juridique de l'Union ». L'intégration reste la règle, la différenciation l'exception encadrée. Le texte ne concerne en revanche ni la Polynésie française, ni la Nouvelle-Calédonie, ni Wallis-et-Futuna, ni Saint-Pierre-et-Miquelon, ni Saint-Barthélemy, ni les TAAF : ce sont des PTOM, associés à l'Union sans en faire partie. L'échelle européenne accentue donc la diversité des outre-mer français.
Ce que cette analyse apprend — Face à un texte juridique, relevez les mots exacts, classez-les, puis reliez chaque disposition à un exemple géographique concret.
Document 3 — Les espaces maritimes sous juridiction française
Moyen
Carte (planisphère), décrite pour l'exercice · Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), cartes des espaces maritimes français diffusées sur le portail national des limites maritimes (limitesmaritimes.gouv.fr), limites fixées en application de la convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982). Description et superficies arrondies, en ordres de grandeur, établies pour l'exercice en 2026.
Le SHOM, établissement public rattaché au ministère des Armées, publie les limites officielles des espaces maritimes français, fixées par décret en application de la convention de Montego Bay (1982). Ces cartes servent aux services de l'État, aux marins et aux négociations avec les États voisins.
Description de la carte. Le planisphère, centré sur l'océan Pacifique et l'océan Indien, figure en bleu les zones économiques exclusives françaises, en trait fin la limite des 200 milles marins et en hachures les zones où la France a demandé l'extension de son plateau continental. Les terres françaises sont en rouge et portent leur nom. Trois ensembles se dégagent : dans le Pacifique, une immense surface bleue autour de la Polynésie française (archipels de la Société, des Marquises, des Tuamotu, des Gambier et des Australes), une autre autour de la Nouvelle-Calédonie, de plus petites autour de Wallis-et-Futuna et de Clipperton ; dans l'océan Indien, des cercles autour de La Réunion, de Mayotte, des îles Éparses (canal du Mozambique), et, plus au sud, de Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul ; dans l'Atlantique, les ZEE de la métropole, des Antilles, de la Guyane et de Saint-Pierre-et-Miquelon. La Terre Adélie, en Antarctique, n'a pas de ZEE en raison du traité sur l'Antarctique. Des signes indiquent les espaces revendiqués par d'autres États : Tromelin (Maurice), les îles Éparses (Madagascar), Mayotte (Comores), Matthew et Hunter (Vanuatu).
Ensemble
ZEE (millions de km², ordre de grandeur)
Polynésie française
≈ 4,8
TAAF (Kerguelen, Crozet, Amsterdam et Saint-Paul, îles Éparses)
En vous appuyant sur la carte, montrez que les territoires ultramarins donnent à la France une dimension maritime mondiale, puis nuancez.
Dans quels océans se trouvent les principaux espaces maritimes français ? Quel territoire domine ?
Calculez la part approximative de la ZEE située outre-mer et commentez-la.
Quels droits la ZEE donne-t-elle à la France, et quelles ressources peut-elle y exploiter ?
Montrez, à partir des revendications signalées et de vos connaissances, que ce domaine maritime est aussi une charge.
Voir la réponse rédigée
1. Les espaces maritimes français se répartissent sur les trois grands océans, mais c'est l'Indo-Pacifique qui domine. La Polynésie française représente à elle seule environ 4,8 millions de km², près de la moitié du total, parce que ses 118 îles sont dispersées en cinq archipels sur une surface comparable à celle de l'Europe. Viennent ensuite les TAAF (≈ 2,3 millions de km²) et la Nouvelle-Calédonie (≈ 1,4). L'Atlantique, où se trouve pourtant la métropole, ne pèse qu'une petite part.
2. La métropole ne compte qu'environ 0,35 million de km² sur ≈ 10,2 millions. La part ultramarine est donc d'environ (10,2 − 0,35) / 10,2, soit à peu près 97 %. Sans ses outre-mer, la France aurait une ZEE de taille moyenne. Avec eux, elle possède le deuxième domaine maritime du monde, derrière les États-Unis. Les îles, même minuscules et inhabitées comme Clipperton ou les îles Éparses, génèrent chacune un disque de ZEE : c'est l'effet de la dispersion insulaire.
3. La convention de Montego Bay (1982) accorde à l'État côtier des droits souverains d'exploration et d'exploitation des ressources, vivantes et minérales, jusqu'à 200 milles marins. La France peut ainsi réglementer la pêche (la légine australe autour de Kerguelen et de Crozet, sous quotas), autoriser des recherches sur les fonds marins ou des installations énergétiques, et protéger des aires marines. En revanche, la navigation et le survol restent libres pour tous les États : la ZEE n'est pas un territoire.
4. La carte signale plusieurs contestations : Maurice revendique Tromelin, Madagascar les îles Éparses, l'Union des Comores Mayotte, le Vanuatu les îlots Matthew et Hunter. La France doit défendre ses droits par la diplomatie et par une présence effective. Ce domaine immense est aussi difficile à surveiller : la Marine nationale dispose de peu de navires pour patrouiller sur 10 millions de km², et la pêche illégale reste un problème, notamment dans le Pacifique. Le domaine maritime est donc un atout de puissance qui suppose des moyens, et il reste fragile tant qu'il n'est pas contrôlé.
Ce que cette analyse apprend — Analyser une carte, c'est hiérarchiser ce qu'elle montre (où, combien), puis confronter l'image de puissance aux limites qu'elle laisse deviner.
Document 4 — De la colonie au département, du département à la diversité des statuts
Difficile
Corpus de deux textes juridiques : une loi d'époque (1946) et des articles de la Constitution (texte en vigueur) · Document A : loi n° 46-451 du 19 mars 1946 tendant au classement comme départements français de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française, articles 1 à 3 (Journal officiel du 20 mars 1946). Document B : Constitution du 4 octobre 1958, articles 72-3 (alinéas 1 et 2), 73 (alinéa 1) et 74 (alinéa 1), dans leur rédaction issue des révisions constitutionnelles du 28 mars 2003 et du 23 juillet 2008.
La loi de 1946, votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale constituante sur le rapport d'Aimé Césaire, répond à la demande d'égalité des élus des « vieilles colonies ». Les articles constitutionnels résultent de la révision de 2003, qui a créé les DROM et les COM, et de celle de 2008, qui a intégré Saint-Barthélemy et Saint-Martin, devenus COM en 2007.
Document A — Loi du 19 mars 1946 « Article 1er. Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en départements français. Article 2. Les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliqués à ces colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l'objet de décrets d'application à ces nouveaux départements. Article 3. Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements, sur mention expresse insérée aux textes. »
Document B — Constitution de la Ve République « Article 72-3. La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité. La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française sont régis par l'article 73 pour les départements et les régions d'outre-mer et pour les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l'article 73, et par l'article 74 pour les autres collectivités. […] Article 73. Dans les départements et les régions d'outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l'objet d'adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités. […] Article 74. Les collectivités d'outre-mer régies par le présent article ont un statut qui tient compte des intérêts propres de chacune d'elles au sein de la République. […] »
Confrontez les deux documents pour montrer comment le statut des territoires ultramarins est passé de l'assimilation juridique à la différenciation, et ce que cela implique pour leur place dans la mondialisation.
Présentez les deux documents en les situant dans leur contexte.
Quel est l'objectif de la loi de 1946 ? Relevez les termes qui traduisent une logique d'assimilation juridique.
En quoi le document B nuance-t-il cette logique ? Comparez l'article 73 et l'article 74.
Quels territoires cités par aucun des deux documents révèlent les limites de ce cadre ?
Montrez que ces choix de statut expliquent l'insertion des outre-mer dans la mondialisation par l'intermédiaire de la France et de l'Europe.
Voir la réponse rédigée
1. Le document A est une loi votée par l'Assemblée nationale constituante et promulguée le 19 mars 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand l'empire colonial est remis en cause. Le rapporteur en est Aimé Césaire, député de la Martinique. Le document B réunit des articles de la Constitution de 1958 dans leur rédaction actuelle, issue des révisions de 2003 et de 2008. Le corpus confronte donc un moment fondateur et le cadre en vigueur, à plus de soixante ans d'écart.
2. La loi vise à mettre fin au statut colonial de quatre territoires. Le verbe « érigées en départements français » marque une promotion : la colonie devient une partie du territoire national, sur le même plan qu'un département de métropole. La logique est celle de l'assimilation juridique : les lois « en vigueur dans la France métropolitaine » doivent s'y appliquer « avant le 1er janvier 1947 », et les « lois nouvelles » s'y appliqueront aussi. Pour les élus ultramarins, il s'agit d'obtenir l'égalité sociale (protection sociale, écoles, salaires de la fonction publique). Il faut toutefois noter la réserve de l'article 3 : l'application exige une « mention expresse ». Dès l'origine, l'alignement n'est donc pas automatique, et il sera en réalité lent.
3. Le document B maintient le principe d'alignement pour les DROM (« applicables de plein droit »), mais il y ajoute des « adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières ». Il ouvre aussi une autre voie : l'article 74 donne aux COM un statut « qui tient compte des intérêts propres de chacune d'elles ». On passe d'une logique uniforme à une différenciation. L'article 72-3 reconnaît enfin des « populations d'outre-mer » au sein du peuple français, formule qui admet une identité propre dans l'unité républicaine.
4. Aucun des deux textes ne cite la Nouvelle-Calédonie, régie par un titre spécifique de la Constitution (titre XIII) depuis l'accord de Nouméa de 1998, avec une citoyenneté calédonienne et des consultations sur l'indépendance (2018, 2020, 2021). Les TAAF et Clipperton, sans population permanente, relèvent d'un régime fixé par la loi. Ces absences montrent que le cadre constitutionnel ne suffit pas à régler toutes les situations : la question de l'autodétermination y reste posée.
5. Le choix de l'alignement explique que les DROM soient devenus des régions ultrapériphériques de l'UE : ils utilisent l'euro, reçoivent des fonds européens et appliquent les normes du marché unique. Leur insertion dans la mondialisation passe donc d'abord par Paris et Bruxelles, qui financent des services publics et orientent les échanges, au détriment des liens avec les voisins, qui ne respectent pas ces normes. À l'inverse, les COM du Pacifique, plus autonomes et hors de l'UE (PTOM), peuvent conduire leur propre politique fiscale et adhérer à des organisations régionales, comme le Forum des îles du Pacifique depuis 2016. Le statut juridique est donc un facteur géographique : il dessine les réseaux par lesquels chaque territoire se connecte au monde.
Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents, c'est repérer ce qui continue, ce qui change et ce qui manque, puis en tirer une conclusion géographique et pas seulement juridique.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.