Faire d’un bâtiment un personnage suppose qu’on lui prête un corps, une volonté et une évolution. Le sujet invite à vérifier cette métaphore critique, et à mesurer ce qui, dans la maison, résiste à l’idée de personne.
La maison de la rue de Choiseul est-elle un personnage à part entière, ou une machine dont le roman décrit le fonctionnement ?
Le plan en trois parties
Un corps, avec sa façade et ses entrailles
- La visite initiale décrit l’immeuble comme une apparence trompeuse dont il ne faut pas sonder les murs : un corps qui cache ses organes.« c’est bâti pour faire de l’effet », chapitre I
- L’escalier respire une paix morte : le lieu est doté d’un souffle, ou plutôt de son absence, comme un vivant malade.« une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos », chapitre I
- La cour est un boyau par lequel la maison digère et rejette : le lexique anatomique est celui du roman lui-même.« du fond de ce boyau, montaient des éclats de voix canailles », chapitre I
Une volonté : la maison impose sa loi à ceux qui l’habitent
- La règle est énoncée à l’arrivée du nouveau locataire comme la condition de son séjour : la maison pose ses exigences.« pas de tapage ici, surtout pas de femme! », chapitre I
- Gourd n’est que la bouche du bâtiment, et sa maxime formule la politique du lieu : ignorer pour préserver.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- Deux ans plus tard, le même discours de digue contre la débauche montre une volonté constante, indépendante des locataires.« opposer une digue à la débauche », chapitre XVIII
Mais un personnage sans intériorité : une machine à répétition
- L’égout de la maison fonctionne comme un organe automatique, qui charrie sans rien vouloir ni comprendre.« C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes », chapitre VI
- La querelle d’héritage prouve que la maison est d’abord un bien, un objet de spéculation entre héritiers.« Voleur! voleur!... », chapitre XII
- La réponse du médecin ramène tout l’immeuble à un régime impersonnel : ce qui s’y produit n’a ni intention ni sujet.« C’est la vie. », chapitre XVII
Faire d’un lieu le héros d’un roman était neuf en 1882 : le cinéma a-t-il hérité de ce dispositif quand il enferme un récit dans un seul immeuble ?