Télumée vit entourée de disparus dont elle répète les paroles et les gestes. Le sujet oppose une fidélité qui retiendrait dans le passé et une fidélité qui donnerait au présent ses moyens.
Le souvenir des morts est-il dans le roman un lien qui immobilise, ou l’outillage grâce auquel les vivants tiennent debout ?
Le plan en trois parties
Les morts ne quittent jamais le récit
- Les paroles laissées par la grand-mère continuent d’être entendues après sa mort : la disparue reste une interlocutrice.Deuxième partie, les dernières paroles et la mort de Reine Sans Nom
- La mort d’Amboise organise le reste de la vie de Télumée : c’est un absent qui donne sa mesure au temps qui suit.Deuxième partie, les années de vie commune avec Amboise et leur fin
- La fillette morte dans l’incendie reste un point de référence pour toute la lignée : les vivantes se situent par rapport à ce deuil fondateur.Première partie, l’incendie de la case et la mort de Meranée
Mais cette fidélité s’exerce en gestes, non en dolorisme
- Refuser de se laisser aller après la mort d’Amboise est présenté comme une manière de lui être fidèle : le deuil s’accomplit en travail.Deuxième partie, le deuil de Télumée et la reprise des travaux
- Le savoir des plantes reçu d’une morte sert à soigner des vivants : l’héritage n’a de sens qu’employé.Deuxième partie, l’apprentissage des plantes auprès de Man Cia
- Les visites de ceux qui viennent se faire soigner montrent une fidélité devenue service public : on hérite pour rendre.Deuxième partie, la vieillesse de Télumée et les visites du village
Une fidélité qui rend le monde habitable pour les suivants
- La métamorphose de Man Cia installe les morts dans le paysage plutôt qu’au cimetière : ils ne retiennent pas, ils accompagnent.Deuxième partie, la métamorphose de Man Cia
- Transmettre à une enfant les gestes et les paroles des disparues convertit la dette en legs.Deuxième partie, l’éducation de la petite Sonore
- Envisager sa propre mort sans crainte, depuis son jardin, montre une femme qui a fait place aux morts sans y prendre la sienne.Deuxième partie, les dernières pages, la narratrice à son jardin
Peut-on hériter sans consentir à trahir une part de ce que l’on reçoit ?