Le roman est réputé sombre, et sa matière est faite de deuils et de violences. Mais il consacre des pages entières à des moments heureux, ce qui oblige à se demander quelle fonction le bonheur y occupe.
Le bonheur n’est-il dans le roman qu’une parenthèse destinée à rendre le malheur plus sensible, ou l’un des objets que le récit cherche à définir ?
Le plan en trois parties
Le roman ménage de vraies pages de bonheur
- La rencontre du couple, la maison bâtie et l’admiration du village composent un tableau de félicité que le récit prend le temps de développer.Première partie, la vie commune de Toussine et Jérémie
- Les jeux, les courses et les conversations d’enfance sur la vie à venir donnent au bonheur sa version promise, à l’état de projet.Deuxième partie, l’enfance et les promesses partagées avec Elie
- La case, le jardin et l’organisation de la vie commune installent un bonheur concret, fait de tâches et d’habitudes.Deuxième partie, l’installation avec Elie, la case et le jardin
Mais ce bonheur est toujours atteint par ce qui vient du dehors
- L’incendie détruit en une nuit la maison du bonheur conjugal : le roman rappelle qu’aucune réussite privée ne met à l’abri.Première partie, l’incendie de la case et la mort de Meranée
- La fin des chantiers défait le couple de l’intérieur : c’est l’économie qui congédie le bonheur, avant les caractères.Deuxième partie, l’arrêt des chantiers et le désœuvrement d’Elie
- Même les années avec Amboise, faites de silences habités et d’attention réciproque, sont interrompues par un conflit social qui les dépasse.Deuxième partie, les années de vie commune avec Amboise
Le roman redéfinit alors ce qu’il faut appeler bonheur
- Élever un enfant qui n’est pas né de soi, en lui donnant les gestes et les mots reçus, déplace le bonheur du côté de la transmission.Deuxième partie, l’éducation de la petite Sonore
- Les visites de ceux qui viennent se faire soigner ou parler font du bonheur une affaire d’utilité pour autrui.Deuxième partie, la vieillesse de Télumée et les visites du village
- Le bilan final, où la narratrice dit avoir aimé et souffert sans regretter, définit un bonheur rétrospectif, compatible avec la douleur.Deuxième partie, les dernières pages et le bilan de la narratrice
Un bonheur qui se sait menacé est-il encore le même bonheur ?