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1ʳᵉ · Français · La rage de l’expression, Ponge

Un critique affirme : « Chaque fois recommencée, sans aboutissement possible, l’œuvre s’explore, progresse péniblement, cherche sa propre fluidité, son bon écoulement ». En quoi cette réflexion vous paraît-elle pouvoir éclairer le travail à l’œuvre dans La rage de l’expression ?

Sujet de dissertation · Bac 2024 · Centres étrangers, groupe 1 — La rage de l’expression, Ponge, 1ère

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Analyse des termes

Le jugement enchaîne trois idées : la reprise, l’absence de terme, et la recherche d’un mouvement propre au texte. Il faut se demander si cette « fluidité » est un idéal de style ou, plus profondément, l’ajustement de la phrase au régime de l’objet décrit.

Problématique

En quoi la reprise indéfinie conduit-elle le texte, non à un achèvement, mais à un mouvement qui lui soit propre ?

Le plan en trois parties

I

Une œuvre chaque fois recommencée

  1. Le chantier sur la guêpe s’ouvre par des traits élémentaires qui seront repris et déplacés pendant quatre ans : l’entrée en matière est explicitement un premier essai.« La guêpe », premières entrées (1939)
  2. Les dernières entrées du même chantier n’apportent pas de synthèse mais de nouvelles hypothèses : le recommencement est la dernière chose que le texte donne à lire.« La guêpe », dernières entrées (1943)
  3. L’observation du tapis d’aiguilles revient plusieurs fois dans le carnet, chaque passage reprenant le précédent d’un cran : la progression se fait par couches.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
TransitionRecommencer n’aurait pas de sens si le texte croyait encore pouvoir conclure.
II

Sans aboutissement possible : le renoncement assumé à la clôture

  1. L’exclamation du « Mimosa » sur la difficulté d’atteindre le propre des choses énonce en clair qu’aucune formule ne fermera le dossier.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
  2. L’enquête sur le mot provençal qui donne son titre au dernier chantier multiplie les hypothèses sans trancher : même le nom du lieu reste ouvert.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
  3. Le rapprochement entre l’odeur de l'œillet et l’épice qui a donné son nom populaire à la fleur reste une piste parmi d’autres, reprise et jamais close.« L'œillet », notations sur l’odeur et sur le nom de la fleur
TransitionL’absence de terme libère la recherche d’un mouvement juste, qui devient le véritable enjeu.
III

Chercher sa fluidité : le texte trouve son mouvement dans la forme de l’objet

  1. Le principe d’une rhétorique par objet donne son sens à l’idée d'« écoulement » : le bon rythme n’est pas un idéal de style, c’est celui que la chose dicte.« Berges de la Loire », fin du texte liminaire
  2. Rapprocher la guêpe d’un petit mécanisme en marche fait passer dans la phrase la vibration et l’intermittence du vol : la comparaison règle le mouvement du texte.« La guêpe », entrées sur le vol et le bruit
  3. Les notations sur la chaleur du corps de l’oiseau et la rapidité de son cœur appellent une écriture brève et pressée, accordée à l’intensité de l’animal.« Notes prises pour un oiseau », notations sur le corps et la chaleur de l’animal
Ouverture

Ce que le critique nomme fluidité n’est-il pas, chez Ponge, le nom même de l’exactitude ?

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