L’atelier désigne un lieu, des outils, des gestes appris et des déchets ; c’est une métaphore artisanale appliquée à l’écriture. Il faut vérifier qu’elle n’est pas seulement commode et qu’elle éclaire la manière dont Ponge conçoit le métier d’écrire.
La métaphore de l’atelier rend-elle compte de ce que Ponge fait de l’écriture ?
Le plan en trois parties
Oui : le livre montre des outils, des gestes et des déchets
- L’abandon puis la reprise d’un chantier correspondent à la temporalité d’un atelier, où l’ouvrage attend sur l’établi.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
- Les dates échelonnées sur quatre ans tiennent lieu de registre d’atelier : elles enregistrent les séances comme un carnet de commandes.« La guêpe », entrées datées de 1939 à 1943
- Les reproches adressés à ses tics relèvent du contrôle qualité de l’artisan, qui reconnaît les défauts de sa main.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
L’atelier a ses matériaux, qui ne sont pas indifférents
- Le jaune pulvérulent du mimosa est traité comme une matière à rendre, avec ses difficultés propres, comme une couleur pour un peintre.« Le mimosa », notations sur la couleur et la forme des fleurs
- Le tapis d’aiguilles est observé comme un matériau produit par l’arbre lui-même, ce qui donne à l’atelier un modèle naturel de fabrication.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
- Le corps de l’oiseau, peu de matière et beaucoup de chaleur, fournit une leçon d’économie applicable à l’écriture.« Notes prises pour un oiseau », notations sur le corps et la chaleur de l’animal
Mais l’atelier est aussi une thèse sur la littérature
- Exiger une rhétorique par objet, c’est refuser l’atelier comme lieu de savoir-faire transmissible : chaque ouvrage impose de réapprendre.« Berges de la Loire », fin du texte liminaire
- Le refus du mimosa trop joli est une position critique sur le goût de l’époque, et non une simple question d’exécution.« Le mimosa », premières entrées (1941)
- L’enquête étymologique du dernier chantier montre que l’atelier travaille aussi la mémoire de la langue, ce qu’aucun artisanat ne fait.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
Parler d’atelier, n’est-ce pas déjà refuser l’idée d’inspiration ?