La répétition passe pour un défaut de style : elle signale l’insistance ou le manque d’invention. Chez Ponge, elle est systématique et conservée, ce qui oblige à se demander si elle ne constitue pas un instrument.
Répéter est-il, dans ce recueil, un aveu d’impuissance ou une technique d’approche ?
Le plan en trois parties
Elle pourrait passer pour une faiblesse
- Le poète reconnaît lui-même ses tournures habituelles et ses facilités : la répétition est d’abord dénoncée comme un tic.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
- Revenir sans cesse sur le charme du mimosa sans le dépasser pourrait sembler tourner en rond autour d’un blocage.« Le mimosa », premières entrées (1941)
- Rouvrir pendant des années un chantier présenté comme une note écrite après coup peut donner l’impression d’un ressassement.« La mounine », sous-titre et premières pages (1941-1944)
Elle est en vérité une méthode d’approche
- Reprendre la comparaison avec l’abeille sous plusieurs angles permet d’affiner par différences successives ce qui appartient en propre à la guêpe.« La guêpe », entrées comparant l’insecte à l’abeille
- Consulter le dictionnaire après avoir déjà décrit, c’est répéter l’opération avec un autre outil pour éprouver la première description.« Notes prises pour un oiseau », emprunts au dictionnaire et aux naturalistes
- Revenir plusieurs fois à la disposition des troncs permet de passer de l’impression d’ensemble à une véritable analyse de l’espace du bois.« Le carnet du bois de pins », notations sur la disposition des arbres
Elle dit quelque chose de l’objet lui-même
- L’odeur de la fleur, insaisissable, ne peut être approchée que par tentatives renouvelées : la répétition épouse la nature fuyante du parfum.« L'œillet », notations sur l’odeur et sur le nom de la fleur
- L’exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses justifie par avance toute reprise : un objet inépuisable appelle un texte répétitif.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
- Puisque l’objet est seul juge, il faut revenir autant de fois qu’il le faudra : la répétition est la conséquence logique du principe liminaire.« Berges de la Loire », développement central du liminaire
Y a-t-il une différence de nature entre répéter et approfondir, ou seulement une différence de résultat ?