Le savant procède par observation, protocole et vérification, et vise un énoncé valable pour tous. Le recueil emprunte ces gestes, mais son objet, le propre singulier d’une chose, échappe par définition à toute loi générale.
Les procédures savantes de Ponge produisent-elles une connaissance, et de quelle espèce ?
Le plan en trois parties
Des gestes de savant
- Le recours au dictionnaire et aux naturalistes relève de la revue de littérature scientifique : on s’informe avant d’observer.« Notes prises pour un oiseau », emprunts au dictionnaire et aux naturalistes
- L’observation que le pin couvre le sol de ses aiguilles et empêche les autres plantes de pousser est un énoncé écologique vérifiable.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
- La comparaison entre guêpe et abeille fonctionne comme une classification par traits distinctifs, selon la méthode des naturalistes.« La guêpe », entrées comparant l’insecte à l’abeille
Mais un protocole irréductiblement subjectif
- Faire entrer le souvenir du Midi dans l’observation du mimosa disqualifie toute prétention à l’objectivité scientifique.« Le mimosa », passage de souvenir personnel
- Écrire après coup sur un ciel de Provence, c’est travailler sur une impression et non sur un phénomène reproductible.« La mounine », sous-titre et premières pages (1941-1944)
- Abandonner puis reprendre un sujet selon l’humeur et les circonstances ruine l’idée d’un protocole réglé.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
Une science des qualités, non des lois
- Décrire les pétales par le linge froissé produit un savoir sensible que nulle mesure ne remplacerait.« L'œillet », notations sur la corolle et les pétales
- L’exclamation sur le propre des choses désigne l’objet même de cette science : non la loi générale, mais la caractéristique singulière.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
- Publier les tentatives plutôt que les conclusions revient à publier le protocole avec ses échecs, ce que la science, elle, ne fait jamais.« Berges de la Loire », texte liminaire (juillet 1941)
La poésie serait-elle la seule discipline capable de dire ce qui n’arrive qu’une fois ?