La lenteur peut être un simple fait, celui d’un travail étalé sur des années, ou une valeur revendiquée contre la production rapide. Le recueil rend cette lenteur visible, ce qui suppose qu’elle soit tenue pour significative.
La durée du travail est-elle, dans ce recueil, une contrainte subie ou un principe défendu ?
Le plan en trois parties
Une lenteur affichée
- Les dates échelonnées sur quatre ans rendent visible un travail qui n’avance que par saisons : la lenteur est inscrite dans la page.« La guêpe », entrées datées de 1939 à 1943
- L’enregistrement des interruptions montre que le texte accepte de s’arrêter longtemps, contre toute logique de production.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
- Se donner pour programme d’observer un bois jour après jour, c’est adopter d’emblée le rythme de l’arbre plutôt que celui de l’écrivain.« Le carnet du bois de pins », première entrée (août 1940, Coligny)
Une lenteur rendue nécessaire par le projet
- Si l’objet est seul juge, il faut lui laisser le temps de récuser les formules trop rapides : la lenteur découle du principe liminaire.« Berges de la Loire », développement central du liminaire
- Rendre la chaleur et la rapidité de l’oiseau demande paradoxalement de longues approches : la vitesse de l’objet impose la lenteur du texte.« Notes prises pour un oiseau », notations sur le corps et la chaleur de l’animal
- L’enquête sur l’origine d’un nom de lieu ne peut être qu’un travail long, qui suppose recherches et hypothèses successives.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
Une lenteur érigée en éthique de l’écriture
- Relire ses entrées et les juger manquées suppose d’avoir pris le temps de s’éloigner de soi : la lenteur est la condition de la lucidité.« Le carnet du bois de pins », entrées de relecture et de jugement
- L’exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses donne à la lenteur sa justification morale : mieux vaut tarder que mentir.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
- Revenir par étapes sur l’odeur et le nom de l'œillet montre qu’une intuition demande de mûrir : la lenteur est une forme de respect.« L'œillet », notations sur l’odeur et sur le nom de la fleur
Écrire lentement est-il, aujourd’hui encore, une manière de résister à ce qu’on attend d’un livre ?