Le parcours désigne l’angle imposé par le programme : lire l'œuvre comme le lieu d’un travail exposé. Le risque est qu’il réduise un livre sur des objets du monde à une simple leçon de fabrication.
Lire le recueil comme un atelier permet-il encore de voir ce dont il parle ?
Le plan en trois parties
Le parcours éclaire l’essentiel : on visite bien un atelier
- Les reproches du poète à ses propres tournures sont exactement ce qu’on attend d’un atelier : un artisan jugeant son geste pendant qu’il l’accomplit.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
- Un chantier resté à l’état de notes montre l’établi plutôt que l’objet fini : le livre est fait des pièces détachées d’un texte.« Notes prises pour un oiseau », titre et état final du chantier
- L’aveu initial que la fleur résiste nomme la matière rétive avec laquelle l’atelier doit composer.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
Mais il risque de faire oublier les objets eux-mêmes
- Les notations sur la chaleur du corps de l’oiseau constituent un savoir sur l’animal, que la seule lecture méthodologique laisserait perdre.« Notes prises pour un oiseau », notations sur le corps et la chaleur de l’animal
- Le bois de pins comparé à une salle à colonnes est d’abord une vision de promeneur : la beauté du lieu précède toute leçon d’écriture.« Le carnet du bois de pins », notations sur la disposition des arbres
- La confrontation de la guêpe et de l’abeille est un propos sur l’utilité et sur les préjugés, qui déborde largement la question du métier.« La guêpe », entrées comparant l’insecte à l’abeille
L’atelier bien compris est un lieu de connaissance et de langue
- L’enquête sur le nom provençal montre que le travail d’atelier est aussi une recherche sur le monde, puisque le mot porte une histoire de lieu.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
- Puisque l’objet est seul juge, l’atelier n’est pas replié sur lui-même : il est tout entier orienté vers un dehors qui le sanctionne.« Berges de la Loire », développement central du liminaire
- Le souvenir du Midi mêlé au chantier du mimosa rappelle que l’atelier est aussi une vie : la méthode n’abolit pas l’expérience.« Le mimosa », passage de souvenir personnel
Un parcours scolaire peut-il jamais coïncider avec le projet d’une œuvre sans l’appauvrir un peu ?