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1ʳᵉ · Français · La rage de l’expression, Ponge

Le lecteur de La rage de l’expression est-il un lecteur ou un témoin ?

Sujet de dissertation — La rage de l’expression, Ponge, 1ère

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Analyse des termes

Le « lecteur » reçoit un texte fini et destiné ; le « témoin » assiste à une opération qui ne lui était pas d’abord destinée. Le recueil joue de cette ambiguïté en publiant ce qui a l’apparence d’archives privées.

Problématique

Que fait au lecteur un livre qui lui donne à lire ce qui semblait ne pas lui être adressé ?

Le plan en trois parties

I

Le dispositif place le lecteur en témoin d’une séance de travail

  1. Assister à la relecture sévère que le poète fait de ses propres entrées, c’est entrer dans un moment ordinairement clos : on regarde par-dessus l’épaule.« Le carnet du bois de pins », entrées de relecture et de jugement
  2. Les reproches que Ponge s’adresse sur ses tournures habituelles sont d’ordinaire réservés au for intérieur : leur publication institue un spectateur.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
  3. L’aveu que la fleur résiste fonctionne comme une confidence de métier : le lecteur est mis dans le secret d’une difficulté d’atelier.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
TransitionL’impression d’indiscrétion se dissipe dès qu’on observe la construction des pages.
II

Il lit pourtant un texte composé, qui calcule ses effets

  1. La remarque sur les cinq voyelles du nom de l’oiseau est trop élégante pour être un pur résidu de travail : elle vise un effet et suppose un destinataire.« Notes prises pour un oiseau », remarque sur le nom français de l’animal (1938)
  2. L’insertion d’éléments de dictionnaire et de notations savantes organise des ruptures de ton qui ne se comprennent que pour un lecteur.« Notes prises pour un oiseau », emprunts au dictionnaire et aux naturalistes
  3. Le liminaire s’achève sur une exigence de rhétorique nouvelle : c’est un manifeste, donc un texte écrit pour être lu et discuté.« Berges de la Loire », fin du texte liminaire
TransitionCe lecteur averti n’est pourtant pas rendu passif, car le texte lui laisse une part du travail.
III

Témoin, il devient collaborateur : l’inachèvement lui délègue une tâche

  1. Un chantier qui s’arrête sur des hypothèses laisse au lecteur le soin de les prolonger : la fin ouverte est une invitation au travail.« La guêpe », dernières entrées (1943)
  2. L’exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses transforme un aveu en question posée à tous : elle concerne quiconque écrit.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
  3. Les dernières pages du recueil élargissent l’échec en réflexion générale sur l’expression : le témoin d’un cas particulier devient l’élève d’une leçon.« La mounine », dernières pages du recueil
Ouverture

Un livre qui ne conclut pas ne transforme-t-il pas nécessairement son lecteur en écrivain ?

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