« Désordre » suppose l’absence de principe organisateur ; « variété » peut au contraire résulter d’une règle qui commande de ne jamais répéter la même forme. Le recueil oblige à décider si sa diversité est une négligence ou une conséquence.
La diversité formelle du recueil trahit-elle une absence de composition ou l’application d’un principe ?
Le plan en trois parties
Une variété d’abord déconcertante
- Le recueil juxtapose un texte liminaire théorique, des séries d’approches étalées sur des années et un carnet daté : aucune unité de forme n’apparaît.Ensemble du recueil, de « Berges de la Loire » à « La mounine »
- Un chantier présenté comme note écrite après coup n’a rien de commun, dans sa présentation, avec un carnet tenu au jour le jour.« La mounine », sous-titre et premières pages (1941-1944)
- La forme du journal, adoptée pour le bois de pins, tranche avec la série de notes discontinues des autres chantiers.« Le carnet du bois de pins », première entrée (août 1940, Coligny)
Chaque forme a pourtant sa raison dans son objet
- Un insecte mobile et intermittent appelle des notations brèves et discontinues, qui épousent son apparition et sa disparition.« La guêpe », premières entrées (1939)
- Un bois, objet stable et vaste, appelle au contraire une description d’ensemble, architecturale, tenue dans la durée.« Le carnet du bois de pins », notations sur la disposition des arbres
- Le sol d’aiguilles, qui se forme par accumulation, justifie une écriture par couches successives : la forme imite le processus observé.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
L’unité est ailleurs : dans le problème posé
- Chaque chantier commence par le même constat de résistance, formulé pour l'œillet comme pour les autres : c’est la difficulté qui fait série.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
- Le refus du mimosa trop joli reconduit, sous une autre espèce, le même combat contre les formes disponibles.« Le mimosa », premières entrées (1941)
- Le traitement du mot comme objet, visible dans la remarque sur les voyelles du nom de l’oiseau, se retrouve dans tous les chantiers.« Notes prises pour un oiseau », remarque sur le nom français de l’animal (1938)
Un livre peut-il être unifié par une question plutôt que par un genre ?