Se mettre en scène suppose un regard extérieur porté sur soi et un effet recherché sur le lecteur. Or ce que Ponge donne à voir de lui n’est pas un portrait avantageux, mais un homme empêché, ce qui interdit de réduire le procédé à une complaisance.
L’exhibition du poète au travail sert-elle son image ou sa démonstration ?
Le plan en trois parties
Il se montre au travail
- La première entrée du carnet met en scène un homme, un lieu et une date : la scène d’écriture est décrite comme un épisode.« Le carnet du bois de pins », première entrée (août 1940, Coligny)
- Les reproches adressés à ses propres habitudes donnent à voir un écrivain en train de se surveiller, donc un personnage.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
- Enregistrer l’abandon puis la reprise, c’est raconter sa propre histoire de travail, avec ses épisodes et ses retours.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
Mais il se montre surtout en échec
- Les dernières pages du recueil constatent que l’impression première reste hors d’atteinte : le portrait final est celui d’un vaincu.« La mounine », dernières pages du recueil
- L’arrêt du chantier de la guêpe sur de simples hypothèses refuse au poète la posture du maître qui conclut.« La guêpe », dernières entrées (1943)
- Laisser un chantier à l’état de notes, c’est signer une insuffisance plutôt qu’une performance.« Notes prises pour un oiseau », titre et état final du chantier
La mise en scène sert une démonstration
- Exiger que chaque objet impose sa rhétorique suppose de prouver, en acte, que les formes reçues échouent : la scène d’échec est un argument.« Berges de la Loire », fin du texte liminaire
- La description du bois en salle à colonnes montre ce qu’une observation patiente permet d’obtenir : la démonstration passe par le résultat.« Le carnet du bois de pins », notations sur la disposition des arbres
- Le choix explicite de publier le carnet transforme l’exhibition en thèse : on montre le travail parce qu’on tient qu’il vaut le texte.« Le carnet du bois de pins », remarques finales sur le sort du carnet
Faut-il se montrer en train d’échouer pour convaincre qu’on a cherché sincèrement ?