La description est un mode d’exposition qui vise à faire voir un objet stable ; elle suppose un observateur discret et un résultat lisible. Or le recueil met en scène un observateur qui doute, qui se corrige et qui interroge la langue autant que la chose.
L’entreprise de Ponge se ramène-t-elle à décrire, ou la description n’y est-elle qu’un moyen ?
Le plan en trois parties
L'œuvre est massivement descriptive
- Le bois de pins est saisi comme un édifice à colonnes, avec sa disposition et ses proportions : c’est une description d’espace en règle.« Le carnet du bois de pins », notations sur la disposition des arbres
- Les notations sur la couleur et la forme des fleurs du mimosa relèvent du relevé visuel le plus classique.« Le mimosa », notations sur la couleur et la forme des fleurs
- La corolle de l'œillet est décrite par comparaison avec une étoffe sortant d’un étui : l’analogie reste au service de la vision.« L'œillet », notations sur la corolle et les pétales
Mais la description y est un acte, non un état
- Comparer la guêpe à un mécanisme en marche ne décrit pas une apparence mais une énergie : la description devient interprétation.« La guêpe », entrées sur le vol et le bruit
- Insérer des définitions empruntées introduit dans la description un discours rapporté, qui la met à distance.« Notes prises pour un oiseau », emprunts au dictionnaire et aux naturalistes
- Montrer que le pin fabrique son propre sol, c’est décrire un processus et non un tableau : le temps entre dans la description.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
Elle est débordée par l’enquête et par le jugement
- L’enquête sur l’origine d’un nom de lieu ne décrit rien : elle interroge une histoire de la langue, ce qui excède la description.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
- Relire ses propres entrées et les déclarer manquées introduit un discours critique que la description ne comporte pas.« Le carnet du bois de pins », entrées de relecture et de jugement
- Publier les tentatives plutôt que leur résultat revient à publier autre chose qu’une description : la trace d’une recherche.« Berges de la Loire », texte liminaire (juillet 1941)
Décrire une chose, n’est-ce pas toujours, en dernière instance, décrire l’effort pour la dire ?