« Avouer » suppose un aveu adressé, donc rendu public ; « moteur » implique que l’échec produise du texte au lieu de l’interrompre. Il faut distinguer l’échec subi, qui ferait taire, et l’échec exploité, qui relance.
Comment un aveu d’impuissance peut-il devenir le principe productif d’une œuvre ?
Le plan en trois parties
Un échec avoué, daté, répété
- Le constat que la fleur ne se laisse pas rendre par les mots trouvés ouvre le chantier de l'œillet : l’aveu est inaugural, non final.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
- Les dates portées sur les entrées de la guêpe rendent l’échec mesurable : le lecteur voit les mois qui séparent deux tentatives également insatisfaisantes.« La guêpe », entrées datées de 1939 à 1943
- Poser que la difficulté du mimosa tient à son charme même, c’est avouer un échec particulier : celui d’une fleur déjà occupée par la littérature.« Le mimosa », premières entrées (1941)
Chaque constat d’échec produit une nouvelle approche
- Faute d’atteindre l’insecte par la description, le texte tente l’analogie mécanique : l’impasse d’un procédé appelle l’essai d’un autre.« La guêpe », entrées sur le vol et le bruit
- Le détour par l’abeille est une seconde stratégie de rattrapage : puisque la définition directe manque, on procède par différence.« La guêpe », entrées comparant l’insecte à l’abeille
- L’ouverture du dictionnaire et des naturalistes est un recours après épuisement des ressources personnelles : l’échec envoie chercher ailleurs.« Notes prises pour un oiseau », emprunts au dictionnaire et aux naturalistes
L’échec devient la forme même de l'œuvre publiée
- Choisir de livrer le carnet plutôt que le texte qu’on pourrait en tirer transforme l’échec en décision éditoriale, donc en proposition esthétique.« Le carnet du bois de pins », remarques finales sur le sort du carnet
- La juxtaposition d’un liminaire théorique, de séries d’approches et d’un carnet daté fait de l’inabouti la structure du livre, et non son accident.Ensemble du recueil, de « Berges de la Loire » à « La mounine »
- Le programme posé dès la première entrée du carnet, observer jusqu’à obtenir le texte, est un pari dont l’échec était contenu d’avance : l'œuvre est ce pari tenu.« Le carnet du bois de pins », première entrée (août 1940, Coligny)
Une œuvre qui s’installe dans l’échec ne risque-t-elle pas d’en faire, à son tour, une réussite convenue ?