Ce chantier est le seul à prendre explicitement la forme d’un journal daté, avec un lieu et un programme énoncés d’emblée. Il faut examiner s’il concentre les traits du livre ou s’il en constitue un cas particulier.
Le carnet est-il le modèle du recueil ou sa forme limite ?
Le plan en trois parties
Il condense le programme du livre
- Les remarques finales posent explicitement l’alternative du livre entier : tirer un texte de ses notes ou livrer les notes elles-mêmes.« Le carnet du bois de pins », remarques finales sur le sort du carnet
- Cette alternative est celle que le liminaire avait déjà tranchée : le carnet en donne la démonstration pratique.« Berges de la Loire », texte liminaire (juillet 1941)
- L’aveu de résistance de l'œillet montre que le même constat fonde les autres chantiers : le carnet ne fait que l’exposer plus clairement.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
Il présente les procédures communes à tous les chantiers
- L’entrée en matière par notations élémentaires, visible dès les premières pages sur la guêpe, est la procédure que le carnet systématise.« La guêpe », premières entrées (1939)
- L’alternance d’interruptions et de reprises, consignée pour le mimosa, structure aussi la progression du carnet.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
- La clôture sans conclusion, éprouvée à la fin du chantier de la guêpe, est le régime de fin que le carnet partage.« La guêpe », dernières entrées (1943)
Mais il ne rend pas compte de tout le recueil
- Un texte écrit après coup sur une impression passée obéit à une temporalité inverse de celle du journal tenu sur place.« La mounine », sous-titre et premières pages (1941-1944)
- L’enquête sur un nom de lieu relève de la recherche documentaire, absente du protocole d’observation du carnet.« La mounine », recherches sur l’origine du nom du lieu
- Le combat contre le charme du mimosa pose un problème esthétique, et non un problème d’observation : le carnet ne l’anticipe pas.« Le mimosa », premières entrées (1941)
Un livre a-t-il besoin d’un texte modèle, ou vit-il de ce qui, en lui, échappe au modèle ?