Analyse des termes
L’émotion est ce que la poésie lyrique met au centre et ce que Ponge paraît congédier au profit de l’objet. Mais un livre qui s’intitule une rage ne saurait être sans affect : il s’agit de voir où celui-ci se loge.
Problématique
Si le recueil refuse l’effusion, quelle place l’émotion y conserve-t-elle ?
Le plan en trois parties
I
Une œuvre apparemment froide
- Laisser un chantier à l’état de notes techniques, sans lyrisme conclusif, éloigne toute émotion attendue.« Notes prises pour un oiseau », titre et état final du chantier
- La datation systématique donne au livre l’allure d’un registre comptable plutôt que d’un recueil d’effusions.« La guêpe », entrées datées de 1939 à 1943
- Exiger une rhétorique par objet subordonne le sentiment à la propriété de la chose : l’affect n’a pas de droit propre.« Berges de la Loire », fin du texte liminaire
TransitionCette froideur apparente est démentie par le ton de plusieurs passages décisifs.
II
Mais un livre traversé d’affects
- L’exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses est un cri : la syntaxe exclamative trahit l’émotion contenue.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
- Les reproches que le poète s’adresse relèvent de l’irritation contre soi, affect violent et constamment présent.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
- Écrire après coup sur un ciel de Provence suppose qu’une impression forte ait marqué : c’est l’émotion qui a lancé le chantier.« La mounine », sous-titre et premières pages (1941-1944)
TransitionIl faut alors chercher l’émotion là où on ne l’attendait pas, du côté du métier.
III
L’émotion est déplacée : elle tient au rapport au travail
- Se juger manqué en se relisant produit une émotion d’un genre nouveau, liée non à l’objet mais à l’insuffisance du texte.« Le carnet du bois de pins », entrées de relecture et de jugement
- Le choix de publier le carnet transmet cette émotion au lecteur, qui éprouve à son tour la tension d’un travail inabouti.« Le carnet du bois de pins », remarques finales sur le sort du carnet
- La forme même du recueil, qui accumule des chantiers sans les résoudre, organise une émotion de la persévérance.Ensemble du recueil, de « Berges de la Loire » à « La mounine »
Ouverture
Le travail lui-même peut-il devenir un objet lyrique ?