Analyse des termes
La date relève d’ordinaire de l’appareil documentaire : elle situe, elle n’exprime pas. Chez Ponge, elle est pourtant conservée à l’impression, ce qui suppose qu’on lui reconnaisse une valeur de sens.
Problématique
Pourquoi conserver, dans un livre publié, la datation d’un travail privé ?
Le plan en trois parties
I
La date semble un résidu de brouillon
- Les premières entrées sur la guêpe portent leur date comme un carnet ordinaire : rien n’y paraît d’abord composé pour le lecteur.« La guêpe », premières entrées (1939)
- L’aveu initial sur l'œillet, situé dans un chantier étalé sur plusieurs années, ressemble à une note de travail prise pour soi.« L'œillet », entrées initiales (1941-1944)
- Les essais successifs sur le jaune du mimosa se présentent comme des ébauches accumulées, que seul le classement chronologique relie.« Le mimosa », notations sur la couleur et la forme des fleurs
TransitionCe qui ressemble à un reste d’écriture privée remplit en fait une fonction précise.
II
Elle est en réalité un instrument de méthode
- Enregistrer l’abandon puis la reprise du sujet fait de l’interruption une donnée de l’expérience : la date mesure la distance prise avec l’objet.« Le mimosa », entrées d’interruption et de reprise
- La relecture datée d’entrées antérieures permet de comparer deux états de soi : sans date, le jugement du poète sur lui-même perdrait son objet.« Le carnet du bois de pins », entrées de relecture et de jugement
- Une clôture datée de 1943 qui n’apporte pas de conclusion montre que la date remplace la fin : elle dit quand on s’est arrêté, non qu’on a fini.« La guêpe », dernières entrées (1943)
TransitionAu-delà de l’outil, la date porte une signification pour l’objet comme pour celui qui l’observe.
III
Elle fait sens : elle inscrit dans le texte le temps de l’objet et celui du sujet
- Les pétales de l'œillet sont observés à des moments différents de la floraison : la date rend perceptible que l’objet lui-même change.« L'œillet », notations sur la corolle et les pétales
- L’odeur et le nom de la fleur sont explorés par retours successifs : la date montre qu’une intuition demande du temps pour se formuler.« L'œillet », notations sur l’odeur et sur le nom de la fleur
- À l’échelle du recueil, les datations composent une chronologie de 1938 à 1944 qui fait du livre le journal d’une période.Ensemble du recueil, de « Berges de la Loire » à « La mounine »
Ouverture
Dater un texte, n’est-ce pas déjà reconnaître qu’aucune formulation n’est définitive ?